Perversions en psychiatrie

Perversions en psychiatrie et leurs caractéristiques

Perversions en psychiatrie. Le terme général de « perversion » répond à des faits tellement disparates qu’il doit se contenter d’une définition très vague : la « déviation » des tendances « normales ».

Encore convient-il de préciser que la normalité s’entend ici du type moyen conventionnel du même groupe d’âge dans la même société, car l’expression des instincts évolue avec la maturation de la personnalité. On se souviendra en outre que les tendances attribuées aux instincts sont loin d’être simples et directs en vue de la finalité que semble leur assigner la nature (Henri Ey).

Pour générale qu’elle soit, la définition ci-dessus écarte l’examen des perversions purement sensorielles (ouïe, odorat, toucher, etc.), appartenant plutôt au neurologiste, les perversions esthétiques (mauvais goût, singularités diverses), dont le psychiatre ne saurait toujours se désintéresser, les perversions intellectuelles (poétiques, politiques), appartenant à la philosophie, etc. Elle se réfère explicitement aux instances de ce versant de l’inconscient que l’on convient d’appeler l’instinct. C’est ce que l’un précise généralement quand on parle de « perversions instinctives ».

Même ainsi comprises, les perversions forment un lot indéfiniment extensible d’anomalies de natures fort variables. Les étudier en fonction des instincts dont elles constitueraient une viciation, entraîne à multiplier abusivement les modalités des instincts. Accepter au contraire, à la suite de Dupré, de ramener les cadres de ceux-ci à l’instinct de conservation et à l’instinct de reproduction (auquel l’instinct « social » ne s’adjoint pas sans forcer le sens des mots) conduit à des classements parfois arbitraires.

Perversions en psychiatrie

Les faits considérés sont, en réalité, complexes et intrigués. La cupidité, par exemple, dérive de l’instinct de conservation, mais ses incidences sur le plan social l’opposent à l’altruisme. Le proxénétisme est une perversion de l’instinct d’association, mais utilise une dépravation sexuelle. D’autre part, les compromis nécessaires entre les instincts font que la paresse est une perversion sur le plan de la vie collective, alors qu’elle répond, sur le plan de la conservation, à la loi biologique de l’économie de l’effort.

On ne peut songer davantage à classer les perversions selon leurs conséquences et la conduite du pervers. Le vaniteux ou le prodigue ne portent pas fatalement tort à autrui ou à soi-même. Au rebours, il est certain que tout acte nuisible peut être sous la dépendance directe d’une perversion de son auteur.

Ce n’est pas donc tant le groupement nosologique des perversions qui doit retenir l’intérêt en psychiatrie, que l’analyse de la personnalité du pervers.

Le substratum organique de la perversion instinctive, généralement impossible à mettre en lumière par les méthodes anatomocliniques actuelles (même appuyées par les données de l’endocrinologie, de l’électron-encéphalographie, de la sérologie, etc.), est, cependant, suggéré par des notions étiologiques tirées de l’observation des faits d’hérédité, ainsi que par la constatation quasi expérimentale des perversions acquises – sur lesquelles revenait récemment N. Rojas – à la suite de certaines encéphalites (Bonhoeffer, Fribourg-Blanc) et encéphalopathies (surtout infantiles) ou de traumatismes crâniens (Krafft-Ebing, Lattes, A. Porot, L. Vervaeck, Henderson), d’intoxications accidentelles (saturnisme) ou chroniques dites de luxe (alcool en particulier).

Perversions en psychiatrie

Du point de vue clinique, la perversion peut constituer la seule anomalie du psychisme; mais, le plus souvent, elle se trouve conjuguée à des déficits intellectuels plus ou moins graves (états d’arriération) ou un déséquilibre constitutionnel (hyperémotivité instabilité). Elle est parfois latente et peut ne s’extérioriser qu’à la faveur d’une psychose intercurrente.

Le niveau intellectuel du pervers conditionne largement son comportement social et rend compte du plan d’organisation plus ou moins habile de ses méfaits. Aux actes rapides et brutaux de l’idiot s’opposent les entreprises plus variées des débiles et les machinations subtiles que permettent l’ingéniosité, la ruse et la persévérance aux sujets intelligents.

D’autres anomalies constitutionnelles compliquant éventuellement les perversions, modifient le déclenchement et l’évolution de leurs manifestations. La paranoïa imprime un aspect hostile à la conduite instinctive du sujet et ajoute à la malignité de ses réactions. La cyclothymie entraîne l’alternance de paroxysmes malfaisants (manie coléreuse) et de rémissions avec apathie paresseuse : elle tiendrait sous sa dépendance l’instabilité morale de Mairet et Euzières. L’hyperémotivité constitutionnelle confère à certaines perversions l’allure obsédante et impulsive qui se traduit par l’irritabilité et la colère avec leurs raptus destructeurs, lorsque l’instinct pervers se trouve contrarié.

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Chez l’enfant et l’adolescent, on peut observer en raison de la « réaction d’opposition », décrite par Heuyer et Dublineau, de véritables états d’hostilité avec malignité; on a même décrit sous le nom de « perversions conditionnelles » (Michaux, Gallot et Bureau, Mlle Baston), une malignité élective pour une ou deux personnes de la famille résultant d’un conflit affectif qui a blessé très vivement l’enfant. Cette malignité spéciale peut disparaître quand se liquide le conflit affectif, mais peut reparaître avec lui.

Du caractère dépend le degré d’adaptation sociale du pervers. Selon qui joue plus ou moins bien l’inhibition volontaire ou que se donnent libre cours l’esprit d’opposition, la paresse, la vanité, etc.

Parmi les incidentes pathologiques susceptibles de nuancer profondément les comportements des pervers instinctifs, il faut souligner surtout l’épilepsie qui aggrave dangereusement leurs réactions, l’hystérie qui trouve dans l’anomalie même des instincts des éléments de conflits et de crises, l’alcoolisme qui apporte son appoint excitant – et parfois confusionnel – au sujet qui pouvait hésiter à céder à ses tentations.

Les perversions apparaissent très tôt dans l’existence, en règle générale. Dès l’enfance, on constate la malignité ou la cruauté, la violence du caractère, l’indiscipline, la dissimulation et le mensonge, tous « défauts » que l’éducateur et la famille sont d’ordinaire impuissants à rectifier et qu’il est à peine possible souvent de « socialiser ».

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Le pervers règle sa conduite sur la réalisation de ses désirs, de ses appétits. Sans égard pour ce qu’on peut appeler le sentiment de la dignité individuelle et le respect d’autrui. Ou par carence de ces éléments modérateurs habituels.

Il verse ainsi dans l’usage abusif des toxiques (boissons surtout) la passion du jeu. Et son corollaire fréquent la tricherie, le vagabondage et la désertion. Le vol et ses multiples variantes, le pillage et la destruction, l’incendie volontaire, la prostitution, etc.

Le pervers trouve trop souvent dans l’association de malfaiteurs l’aide et l’émulation qui étendent son champ d’action et exaltent sa nocivité.

L’unité médico-légale de la question des perversions et de la perversité se trouve établie un moment par la notion de « folie morale » ou « cécité morale. Or, nous avons vu précédemment qu’une perversion peut fort bien n’avoir aucun rapport direct avec un aspect quelconque de la morale. D’autre part, au regard des faits susceptibles d’être réprimés par la loi. Cette conception de folie morale ne tendait à rien moins qu’à faire absorber par la psychiatrie toute ou presque toute la criminologie.

La situation devenait la suivante : le « fou moral » absous par les juges devait être interné comme aliéné. À l’asile, le plus souvent à l’abri des occasions de mal faire, ou bien dissimulant soigneusement ses tendances perverses, il s’efforçait d’obtenir son exéat « la loi de 1838 » à la main » (Rogues de Fursac). L’ayant obtenu ou s’étant évadé, il récidivait dans la délinquance. Passait à nouveau devant des juges qui, tenant compte des internements antérieurs, reconnaissaient facilement l’irresponsabilité. Et la série alternée des internements et des délits continuait pour lui. C’était la « chauve-souris » de M. Briand.

Perversions en psychiatrie

En fait, le « sens moral » n’existe certainement pas comme tel. L’individu s’adapte plus ou mois bien à la vie sociale. Il est plus ou moins apte à connaître et à comprendre les contraintes qu’elle lui impose. En fait, il apporte plus ou moins de consentement à ces contraintes. Là est le critère qui permet de déterminer la responsabilité des pervers quand ils contreviennent aux lois.

Dans l’état actuel de la législation et des mesures visant la protection sociale, il convient que l’expert. En présence d’un pervers, procède à une exacte appréciation des divers éléments. À un bilan du psychisme du sujet. Il ne devra déclarer irresponsable que celui qui présente des altérations mentales suffisantes pour être considéré comme un aliéné. (Affaiblissement intellectuel, épisode maniaque, délire authentique). Les tares morales existant seules ne peuvent suffire à faire absoudre la conduite d’un inculpé. Généralement, celui-ci dans l’accomplissement de son méfait, a poursuivi le but conscient et utilitaire. Le but de se procurer une satisfaction directe on non (vol, attentat vengeur).

Il faut convenir d’ailleurs que la société est actuellement mal protégée contre de tels sujets, délinquants « à répétition ». En fait, les infractions qu’ils commettent sont loin d’être toutes sanctionnées. Cela du fait de leur multiplicité et du soin souvent apport à leur exécution. Ainsi que du peu de gravité pénale de la plupart de ces infractions (abus de confiance en particulier). Quelques mois de prison ne moralisent pas davantage ces récidivistes que quelques années d’asile.

La création d’établissements spéciaux avec un régime médico-judiciaire approprié devrait permettre à leur égard une ségrégation salutaire et prolongée.

On vit une vie intérieure. compliquée. Photo de Megan Jorgensen. Les premières nations, les inuit, les métis.

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