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Vieillissement

Vieillissement

Un mystère de la vie

Claude de Launière (texte paru dans Les Diplômés, n° 348, hiver 1985)

Dès l’âge de 20 ans, on commence à vieillir. Le processus semble inexorable. Et les biologistes cherchent encore le coupable !

La compréhension du vieillissement constitue un secteur de recherche relativement nouveau dans nos sociétés modernes. «J’ai l’impression que l’on en est encore beaucoup plus au stade de la collecte des symptômes observables qu’à celui d’une explication acceptable de la réalité biologique de cette dernière phase de développement de l’organisme », avoue le professeur Pierre Couillard, du Département de sciences biologiques de l’Université de Montréal.

Dès l’âge de vingt ans, on est déjà bien engagé sur la pente de la vieillesse. On peut déjà noter, à l’aide de tests physiologiques et biologiques, une baisse de performance pour une série de fonctions. Au niveau biologique, par exemple, on observe avec le temps l’accroissement de la lipofuchsine, ces débris cellulaires dont le volume et la concentration dans la cellule croissent avec l’âge. Plus tard s’ajoutent les corps amylacés, dont la nature chimique exacte demeure une énigme.

« Le métabolisme devient moins actif et l’A.D.N. devient moins facile à lire », ajoute le professeur Couillard. « Dans tous ces phénomènes, il est très difficile de différencier l’effet de la cause. On ne sait pas, par exemple, si telle cellule qui accumule un pigment fonctionne mal à cause de ce pigment ou si celui-ci n’est qu’un effet secondaire du vieillissement de la cellule. »

Facteurs internes ou externes ?

«Un autre des grands problèmes dans l’élude de la sénescence, c’est de savoir si elle est le résultat de facteurs externes, ou si, au contraire, elle est programmée d’une façon quelconque par une ou des horloges qui seraient à l’intérieur du corps.» Des horloges qui, selon Pierre Couillard, pourraient intervenir au niveau cérébral, de l’hypophyse ou encore à l’intérieur de chaque cellule. Le vieillissement pourrait ainsi être une étape déterminée par les mêmes types de déclencheurs biologiques responsables de la période de gestation, de la naissance, de la croissance, de la puberté et de la ménopause ou de l’andropause.

Certains résultats tendent à confirmer l’hypothèse d’une certaine programmation des défenses de l’organisme au niveau cellulaire. Notamment ceux du docteur Hayflick qui a constaté, il y a une quinzaine d’années, que des cellules mises en culture de tissus, donc soustraites aux influences de l’organisme, vieillissaient tout aussi bien que les cellules à l’intérieur du corps humain.

Un autre argument, selon M. Couillard, apporte du poids à l’hypothèse du vieillissement intrinsèque. «Toutes les forces de la civilisation et tous les artifices de la médecine n’ont pas ajouté un iota à la durée maximale possible de notre vie. Notre espérance de vie a bien augmenté ; au lieu de mourir à 40 ans comme au Moyen Âge, on décède maintenant vers 70 ans, mais la durée théorique maximale de 105-110 ans n’a pas été dépassée.»

Ainsi, selon cette approche, même si un être humain se retrouvait dans les meilleures conditions de survie, à l’abri de toutes infections ou accidents possibles, sa durée maximale possible de vie ne s’en trouverait pas accrue.

Trois hypothèses

Il existe présentement trois grandes hypothèses pour expliquer le vieillissement, souligne le professeur Couillard. La première, l’hypothèse métabolique, suppose, comme le disait Hans Selye, que le vieillissement est la sommation de tous les stress. Cette hypothèse a connu un net recul au cours des dernières années.

Une deuxième théorie présume que le vieillissement provient d’un dérèglement graduel du système immunitaire.

Selon cette hypothèse, le système immunitaire serait le premier à flancher, entraînant par la suite les autres systèmes. De fait, cette décroissance fonctionnelle observée dans le vieillissement commence très tôt pour le système immunitaire.

Le thymus, glande située dans le thorax où s’effectue la maturation et l’éducation des lymphocytes pour la défense de l’organisme, en constitue un élément important. Durant la période embryonnaire et au début de l’enfance, il joue un rôle dominant dans le développement de notre compétence immunologique.

Le système immunitaire, centré autour de cet organe, nous protège contre les microorganismes envahisseurs. Il doit de plus détecter et éliminer les cellules qui ont changé et que l’organisme ne reconnaît plus comme siennes. On lui prête de plus en plus un rôle important dans la répression des cellules cancéreuses.

Avec le temps, ces fonctions immunitaires déclinent. Cette dégradation du système de défense précède souvent l’apparition de plusieurs maladies associées au vieillissement.

Le système immunitaire peut même, avec le temps, devenir suffisamment perturbé pour percevoir les cellules normales de l’organisme comme des intruses et les attaquer à l’aide d’anticorps. Cela occasionne des maladies auto-immunitaires dont l’arthrite est la plus connue.

Cette approche immunitaire du vieillissement a l’avantage d’être compatible avec l’idée d’horloges internes responsables de la mise en branle du processus de vieillissement.

La théorie génétique

Selon l’approche génétique, la théorie qui semble la plus plausible actuellement selon M. Couillard, le vieillissement résulterait d’erreurs dans l’échange d’informations biologiques à l’intérieur des cellules. Toutefois, ces mutations néfastes ne s’exprimeraient qu’après l’âge de reproduction.

Ainsi, selon cette théorie, la détérioration des défenses immunitaires serait due à quelque chose qui se trouve dans les gênes et qui ne s’exprime pas lorsqu’on est jeune, mais uniquement lorsque l’âge de reproduction est passé. «Ainsi, votre foie pourrait être programmé pour commencer à 45 ans à détoxiquer moins bien votre organisme.

À 45 ans, l’effort de reproduction est fait, et que l’on disparaisse ne changera rien à la survie de l’espèce», de conclure Pierre Couillard.

Cette hypothèse a l’avantage de pouvoir recouper les autres théories. On pourrait, par exemple, supposer que c’est le système immunitaire qui vieillit et qui entraîne la détérioration de tous les autres systèmes.

Mais la dégradation de la protection immunologique pourrait elle-même dépendre de causes génétiques. On pourrait également y inclure l’idée d’horloge génétique…

Mais, on le voit, on est encore loin d’une compréhension exacte des multiples facteurs et des processus de détérioration et de dégénérescence de ce phénomène multidimensionnel que constitue le vieillissement.

Un sujet qui intéressera, dans les prochaines années, un nombre croissant de chercheurs des pays industrialisés, ces pays où les populations prennent un sérieux coup de vieux.

Andropause

Expression récemment utilisée par quelques auteurs pour désigner l’arrêt de la fonction sexuelle chez l’homme. Cette suppression s’accompagne parfois d’un syndrome d’anxiété, de ralentissement intellectuel et de diminution flagrante de la puissance génésique. En fait, il est d’observation bien plus rare que la ménopause ou son équivalent chez la femme. En outre, alors que chez cette dernière l’arrêt des fonctions ovariennes se situe à un âge assez déterminé, variant entre 40 et 55 ans, l’arrêt sexuel de l’homme a des variations beaucoup plus grandes, apparaissant parfois peu après la trentaine et pouvant ne se produire qu’après 70 ans.

Quand on observe ce syndrome, il faut le différencier d’avec certains états dépressifs et anxieux de l’involution présénile indépendants de la vie sexuelle et d’avec certains ralentissements psychiques d’origine somatique.

On a donné comme critérium de cette andropause et comme moyen de diagnostic spécifique de cette manifestation, l’efficacité des injections de propionate de testostérone.

vieillissement

Le vieillissement, est-il vraiment inexorable ? Illustration : Zvi Kaplan.

Apprentissage de l’abandon

Grandir, évoluer, mûrir, c’est se préparer à vivre l’abandon. Le premier abandon, c’est le ventre de la mère. Le nouveau-né quitte ce milieu tiède, silencieux et liquide pour se retrouver dans un milieu froid, bruyant et sec où il n’a plus la garantie d’être en permanence nourri.

Le second abandon, c’est le sein. Alors que le nouveau-né garde une connexion chimique à sa mère par le sein nourricier, survient le jour où on le lui refuse pour le remplacer par un biberon en plastique. Beaucoup ne se remettront jamais de cette première escroquerie de la part des gens censés les aimer…

Le troisième abandon, c’est la mère elle-même. L’enfant prend conscience que parfois elle s’éloigne et ne revient pas tout de suite. C’est pour lui un traumatisme.

Ensuite l’enfant devra progressivement abandonner tout ce qui le rassure : ses dents de lait, sa crèche, son école, ses parents…

Il abandonnera ses illusions de jeunesse, sa croyance au père Noël, au père Fouettard, à la souris qui vient chercher ses dents sous l’oreiller, à l’idée qu’il se faisait du prince ou de la princesse charmante, à la justice, à la morale, à la richesse. Puis viendront son premier déménagement, son premier licenciement, son premier divorce. Selon son évolution et ses addictions, il devra abandonner la sexualité libre, la cigarette, la drogue, l’alcool, la graisse de son ventre, les jeux vidéos. Puis il perdra ses cheveux.

Une existence complète n’est qu’un lent et progressif dépouillement.

À chaque perte, correspondent un traumatisme et un gain d’autonomie.

Ce ne sera qu’en fin de vie qu’on essaiera de reconstituer les éléments de son début de vie. L’hospice remplacera l’école. L’hôpital remplacera la crèche. À nouveau, l’individu retrouvera la nourriture liquide, le lit tiède qu’il ne quitte plus, la croyance dans les entités invisibles bienveillantes.

L’idéal serait qu’aux derniers jours de la vie, l’individu retrouve une place dans un décor chaud, humide et sombre semblable à celui d’un ventre protecteur maternel. Ainsi la boucle serait bouclée, tout ce qui a été abandonné serait retrouvé.

Edmond Wells, Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, Tome VII. Bernard Werber, Troisième Humanité. Éditions Albin Michel et Bernard Werber, Paris, 2012.

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