Sante

Lettre à une maman mécontente

Lettre à une maman mécontente

Mille regrets

Par le Dr. Adrien Plouffe, collaboration spéciale du journal Le Canada, lettre à une lectrice publiée le 26 février 1941 dans la section Bulletin de la bonne santé.

J’ai le regret de vous dire, chère madame, que je ne saurais vous approuver. Une infirmière reçoit du médecin inspecteur de l’école les instructions d’aller voir une maman dont l’enfant est malade. C’est une messagère de bonne santé. Elle est en service commandé. Vous auriez, à la rigueur, le droit de ne pas la recevoir. Et encore… Êtes-vous bien sûre d’avoir le droit d’être impolie avec une femme qui vous rend visite dans l’intérêt de votre enfant qui est menacé de tuberculose ?

Non, madame, vous n’avez pas ce droit.

Dans un sketch de propagande une infirmière s’écrie : « Quand donc le peuple comprendra-t-il que nous nous battons pour protéger ses foyers contre la maladie ! »

Oui, madame, c’est pour vous servir, vous et les vôtres, que l’examen médical des écoliers existe. C’est pour vous servir, vous, vous et les vôtres, que l’infirmière va vous rendre visite !

Vous avez une enfant gâtée qui devrait peser douze livres de plus et qui maigrit et qui tousse. Et quand, par un geste de haute portée sociale, on ose aller vous déranger pour vous avertir du danger qui est suspendu sur la tête de votre petite fille, vous vous indignez, vous devenez rouge de colère et vous lancez des invectives à l’adresse de ceux qui vous tendent une planche de salut !

Vous ne vous attendez pas, je suppose, à ce que les gardiens de la santé publique vous donnent raison, alors que vous agissez à l’encontre du gros bon sens !

L’infirmière d’hygiène sociale est un des types les plus beaux et les plus utiles de la femme moderne. Sous la direction du médecin inspecteur de l’école, par exemple, elle donne le signal d’alarme aux parents. Sin un élève a de mauvaises dents, de grosses amygdales, des végétations adénoïdes; s’il souffre de dénutrition ou d’une maladie quelconque ; s’il est affecté d’une vision défectueuse ou d’un audition insuffisante, en un mot, si son organisme physique n’est pas en parfaite santé, le médecin de l’école vous avertit par un avis et l’infirmière vous rend visite.

La plupart des mères de famille comprennent que cette infirmière est une amie qui vient vous rendre service. De temps à autre, cette brave infirmière reçoit une rebuffade qu’elle ne mérite point. Or, madame, vous appartenez à une classe qui doit avant tout se piquer de la politesse élémentaire inséparable de toute bonne éducation.

Monsieur N’importe-quoi comprend sans peine qu’il ne soit pas plaisant pour une maman de reconnaître la façon déplorable avec laquelle elle a élevé sa fille. Mais est-ce le personnel médical de l’école qui doit être tenu responsable de la carence des parents en l’art d’éduquer leurs enfants ?

Vous avez formé une enfant gâtée et sa santé s’en ressent. Pourquoi vous en prendre à une jeune personne qui, avec un tact parfait, vient vous dire que votre fillette n’a pas un organisme physique en bon état ? Cette infirmière fait son devoir. Est-ce sa faute si jusqu’à présent vous avez manqué à vos obligations de mère de famille ?

Votre fillette n’aime rien de ce qui fabrique un corps sain et robuste ; le lait, les œufs, la viande, les légumes, les fruits ! Elle mange du steak à condition qu’il soit archi cuit et mince comme une feuille de papier ! À part cela, elle n’accepte que du poulet ! Elle devrait peser douze livres de plus, elle a mauvaise mine, elle maigrit et elle tousse, et vous osez agonir de sottises une infirmière qui a l’audace de venir vous parler de cela !

Mille regrets, madame, amis il n’y a pas un honnête homme au monde qui vous approuverait. Vous connaissez votre affaire, peut-être, chère madame, occupez-vous alors de vos affaires en faisant soigner votre enfant. Tant pis pour vous et tant pis pour elle, si vous n’avez pas le bon esprit de comprendre votre rôle de vraie maman !


« Tu es l’être le plus important sur cette terre, car, en ce lieu, tous sont égaux. » (Danis Bois, professeur et chercheur). Photo: Graffite de Montréal. Par Megan Jorgensen.
« Tu es l’être le plus important sur cette terre, car, en ce lieu, tous sont égaux. » (Danis Bois, professeur et chercheur). Photo: Graffiti de Montréal. Par Megan Jorgensen.

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