Saguenay-Lac-St-Jean

Le Saguenay au XIXe siècle

Le Saguenay au XIXe siècle

Histoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean au XIXe siècle

Vers 1820, le pays du Saguenay et du lac St-Jean était inconnu du public. On l’avait probablement mieux connu sous la domination française.

Ce fut une surprise quand vers 1820, M. Pascal Taché, qui avait fait la traite dans la région pendant plus de vingt ans, fit connaître à l’Assemblée Législative la valeur de ce pays, la fertilité de son sol, la qualité de ses bois et les beautés de son climat. Une exploration, décidée immédiatement, fut faite en 1828 et démontra que le haut Saguenay et les terres du lac St-Jean étaient parfaitement colonisables. Pourtant le gouvernement n’osa pas immédiatement faire arpenter les terres et les offrir aux colons. La Compagnie de la Baie d’Hudson alors concessionnaire du privilège exclusif de chasse et de pêche dans le Domaine du Roi, s’y opposait et son bail ne prenait fin qu’au mois d’octobre 1842.

L’âme d’un peuple, cependant, fait plus pour diriger les événement que les calculs des politiciens et des commerçants. L’humeur aventureuse et colonisatrice des Canadiens dont les habitants de Charlevoix fournissaient un type remarquable devait ici démontrer cette vérité. Avant même que le pays fut divisé en fermes et en cantons, les défricheurs allaient tout à coup s’y implanter, saper la forêt, défoncer le sol et lui faire produire des récoltes.

Les guerres napoléoniennes avaient créé pour la marine anglaise un immense besoin de bois. William Price, une des figures qui domine l’histoire Saguenayenne de cette époque, était venu au Canada, comme agent de l’Angleterre, pour acheter les bois nécessaires à la construction de navires. Sa mission remplie, il s’était établi en ce pays, faisant pour son compte le commerce du bois, créant une forte demande.

En 1837, Alexis Tremblay (dit le Pocoté) de la Malbaie organise une « Société des Vingt et Un » dans le but d’exploiter les forêts du Saguenay et dès 1838, la nouvelle Compagnie s’installait au Saguenay. Le groupe le plus important, quatorze personnes, se fixait à la Baie des Ha! Ha! En 1839, il s’est augmenté à 336 personnes. En 1840, Alexis Simard fait la première récolte d’avoine. Les fils de colons français, venus ici pour exploiter la forêt, redeviennent colons. Les insuccès répétés de leur exploitation forestière les y poussent. Forcée de vendre son actif à William Price, la Société des Vingt et Un disparaît en 1841 et la population gagnera sa subsistance partie en travaillant pour le compte de William Price, partie en cultivant le sol.

Mais tous ces gens sont établis de façon précaire sur les terres qu’ils occupent. Personnes n’a de titre de propriété, aucun arpentage n’a été fait pour limiter de façon régulière l’héritage de chacun.

En 1842, le bail de la Compagnie de la Baie d’Hudson expirait. En le renouvelant, le Gouvernement se réserva le droit d’arpenter et de coloniser. Et les arpentages furent en effet commencés en 1843.

En 1845, une première chapelle est bâtie pour les blancs sur les bords de la rivière du Moulin. On érige en municipalité, sous le nom de Chicoutimi, le territoire comprenant les cantons de Chicoutimi, Laterrière, Simard et Tremblay. Une autre municipalité est créée aussi à la Baie des Ha! Ha!

Il y a déjà près de 3000 âmes au Sagueany, 7 ans après l’irruption des Vingt et Un. Cette population peut maintenant communiquer avec le monde extérieur, non seulement par la voie navigable du Saguenay, mais encore par le chemin des Marais allant de l’Anse St-Jean à la Malbaie et ouvert en 1842, et par le chemin appelé aujourd’hui Chemin de St-Urbain, qui fut ouvert en 1845 entre la Baie des Ha!Ha! et la Malbaie et qu’un embranchement détourna ensuite vers la Baie St-Paul en passant par St-Urbain de Charlevoix.

Les établissements du Saguenay étaient nés d’une tentative d’exploitation forestière. Les gars venus ici de Charlevoix pour se faire bûcherons, s’étaient vite transformés en colons, entraînés par un instinct atavique et poussés aussi par la nécessité. Mais la plupart restaient attachés plus ou moins à l’industrie du bois. Les difficultés du début, surtout à cause des limites qu’imposait à leur activité agricole le mauvais vouloir de la Compagnie de la baie d’Hudson, les obligeaient à à chercher dans les scieries et les chantiers un supplément de gain. Mais après 1842, les réserves que le gouvernement avait introduites dans le nouveau bail consenti à la Compagnie de la Baie d’Hudson ouvraient une ère nouvelle de complète liberté aux colonisateurs véritables.

Les progrès rapides des établissements du Saguenay, les rapports favorables sur les terres du lac St-Jean désormais mieux connues, encouragèrent un mouvement d’émigration vers les cantons nouvellement ouverts dans le haut Saguenay et sur les bords du lac. Des sociétés de colonisation se forment : une à la Baie St-Paul en 1848 pour coloniser le canton Signaï, une autre la même année pour le canton Labarre, une troisième en 1849 dans le comté de l’Islet. Celle-ci confie la direction de l’entreprise à l’abbé H.F. Hébert et ses hommes viennent passer l’été de 1849 dans le canton Labarre, à l’ouest du lac Kénogami. Ils défrichent 200 arpents de terre et commencent l’ouverture des chemins. Ils reviennent l’année suivante, apportant de l’outillage, des matériaux de construction, du bétail défrichent plus de 400 arpents et en 1851, on sème 500 minots de grains, 60 de pommes de terre, on établit une scierie, un moulin, on bâtit trois maisons, 3 granges et quelques bâtisses de moindre importance.

La paroisse que formera ce premier groupe de colons au lac Saint-Jean prendra et à juste titre le nom d’Hébertville. Autour de ce noyau les établissements se multiplièrent rapidement. Dès 1854, on parlait de relier Québec au Lac Saint-Jean par un chemin de fer et l’on faisait quelques explorations en vue de sa construction mais rien de plus.

Ce n’est qu’en 1888 que les premiers trains vinrent au lac Saint-Jean. Chambord était alors le terminus. La voie fut ensuite prolongée vers l’est jusqu’à Chicoutimi, qu’elle atteignit en 1893, et vers l’ouest d’abord jusqu’à Roberval. Elle atteint plus tard Dolbeau et d’autres villes.

En 1908, la construction du chemin de fer de la Baie des Ha! Ha! Relait Bagotville à Chicoutimi à un point du Chemin de Fer National à l’ouest de Chicoutimi.

En 1855, une veuve Madame Jean Maltais s’établit à la rivière Au Sable avec ses deux fils. Cet établissement qui illustre bien le courage des femmes de ce temps, fut le premier de Jonquière.

En 1861, la population du comté de Chicoutimi est de près de 1500 âmes, celle du lac Saint-Jean est de 700.

Mais voici qu’en 1870, une épouvantable catastrophe vient jeter la consternation dans cette région déjà prospère. Le 18 mai dans l’après-midi, à la suite d’une période de sécheresse, un vent d’ouest soufflant en ouragan, pousse devant lui les feux d’abatis allumés par les colons. Au bout de 24 heures, plus de 100 familles étaient sans abri et sans approvisionnements, plusieurs personnes avaient péri. Pourtant en 1871, grâce à de généreux secours et au courage de ces pionniers, les maisons et les granges étaient rebâties, et les haches des défricheurs cognaient ferme à la lisière des bois.

En 1878, le diocèse de Chicoutimi était formé et Monseigneur Racine était sacré premier Évêque. Les paroisses se sont multipliées, elles ont prospéré. Le Séminaire de Chicoutimi est fondé en 1882 et l’Hôtel-Dieu St-Vallier en 1884.

La région est conquise à la civilisation.

Lac Saint-Jean. Photo de Megan Jorgensen.
Lac Saint-Jean. Photo de Megan Jorgensen.

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