Qui parle pour la Terre ? (La découverte de l’avenir)
Qui parle pour la Terre ? Comme ces Orbes doivent être immenses, et combien cette Terre — le théâtre sur lequel se déroulent toute notre puissance, toutes nos navigations et toutes nos guerres — paraît dérisoire lorsqu’on la compare à eux. Voilà une réflexion des plus appropriées pour ces rois et princes qui sacrifient la vie de tant d’hommes, dans le seul but de flatter leur ambition en devenant maîtres de quelque misérable recoin de ce petit point.
(Christian Huygens, Nouvelles conjectures sur les mondes planétaires, leurs habitants et leurs productions, vers 1690).
Nous regardons en arrière, à travers d’innombrables millions d’années. Et nous voyons le grand élan vital luttant pour émerger de la vase intertidale. Se transformant de forme en forme, de force en force, rampant. Puis marchant avec assurance sur la terre ferme, luttant génération après génération pour conquérir l’air, plongeant dans les ténèbres des profondeurs. Nous le voyons se retourner contre lui-même, en proie à la rage et à la faim, puis se remodeler encore une fois. Nous le regardons se rapprocher de nous, devenir notre parent. Ensuite, se développer, s’élargir, poursuivant son dessein implacable et inconcevable. Jusqu’à ce qu’enfin il nous atteigne et que son être palpite à travers nos cerveaux et nos artères…
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Il est possible de croire que tout le passé n’est que le commencement d’un commencement, et que tout ce qui est et a été n’est que le crépuscule de l’aube. Il est possible de croire que tout ce que l’esprit humain a jamais accompli n’est que le rêve qui précède l’éveil…
De notre lignée jaillira un esprit qui se tournera vers nous, dans notre petitesse, et nous connaîtra mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes. Viendra un jour — un jour parmi l’infinité des jours — où des êtres, encore latents dans nos pensées et cachés dans nos entrailles, se tiendront sur cette Terre comme on se tient sur un marchepied, et riront, tendant leurs mains parmi les étoiles.
(Herbert G. Wells, La découverte de l’avenir, Nature 65, 326, 1902. Texte traduit par Megan Jorgensen).
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