Les Pythagoriciens et leurs enseignements
Les Pythagoriciens. Selon Bertrand Russell, dans un passage peut-être un peu sévère, Pythagore « fonda une religion dont les principaux dogmes étaient la transmigration des âmes et le caractère pécheur de la consommation de fèves. Sa religion se matérialisa sous la forme d’un ordre religieux qui, çà et là, prit le contrôle de l’État et établit le règne des saints. Mais les non-régénérés continuaient à désirer les fèves et, tôt ou tard, se révoltèrent. »
Il y eut pourtant quelques exceptions notables. La fascination pythagoricienne pour les rapports entiers dans les harmonies musicales semble clairement fondée sur l’observation, voire sur l’expérimentation avec les sons produits par des cordes pincées. Empédocle fut, au moins en partie, un Pythagoricien. L’un des élèves de Pythagore, Alcmaéon, est le premier homme connu à avoir pratiqué la dissection d’un corps humain ; il distingua les artères des veines, fut le premier à découvrir le nerf optique et les trompes d’Eustache, et identifia le cerveau comme le siège de l’intellect (thèse que nia plus tard Aristote, plaçant l’intelligence dans le cœur, avant qu’elle ne soit reprise par Hérophile de Chalcédoine). Il posa également les bases de la science de l’embryologie. Mais l’ardeur d’Alcmaéon pour ce qui était jugé « impur » ne fut guère partagée par la plupart de ses collègues pythagoriciens des temps ultérieurs.
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Les Pythagoriciens se délectaient de la certitude des démonstrations mathématiques, du sentiment d’un monde pur et sans souillure accessible à l’intellect humain, d’un cosmos où les côtés des triangles rectangles obéissent parfaitement à de simples relations mathématiques. Cela contrastait fortement avec la confusion de la réalité quotidienne. Ils croyaient qu’à travers les mathématiques, ils avaient entrevu une réalité parfaite, un domaine divin dont notre monde familier n’est qu’un reflet imparfait. Dans la célèbre parabole de la caverne de Platon, on imagine des prisonniers attachés de sorte qu’ils ne voient que les ombres des passants et croient ces ombres réelles — sans deviner la complexité du monde qu’ils découvriraient s’ils tournaient simplement la tête. Les Pythagoriciens exercèrent une influence profonde sur Platon et, plus tard, sur le christianisme.
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Ils ne préconisaient pas la libre confrontation des points de vue opposés. Au contraire, comme toutes les religions orthodoxes, ils pratiquaient une rigidité qui les empêchait de corriger leurs erreurs. Cicéron écrivait :
« Dans une discussion, ce n’est pas tant le poids de l’autorité que la force de l’argument qu’il faut rechercher. En vérité, l’autorité de ceux qui prétendent enseigner est souvent un véritable obstacle pour ceux qui veulent apprendre. En effet, ils cessent d’utiliser leur propre jugement. Alors, ils prennent pour acquise la conclusion que leur maître favori a prononcée. En fait, je n’approuve guère la pratique traditionnellement attribuée aux Pythagoriciens. Ceux-ci, lorsqu’on leur demandait le fondement d’une affirmation avancée au cours d’un débat, avaient coutume de répondre : “Le Maître l’a dit” — le “Maître” étant Pythagore. Ainsi, une opinion fixée d’avance l’emportait par la seule autorité, sans le soutien de la raison. »
