Réflexions

Le crime organisé

Le crime organisé

Le crime organisé : Une définition

Le crime organisé coûterait à la société nord-américaine (à la nôtre, par conséquent), infiniment plus que n’importe quelle épidémie de vols à main armée et même de faillites frauduleuses.

En effet, selon les spécialistes américains, les opérations illégales des racketeers américains se traduisent par un revenu annuel d’environ milliards. La Commission Prévost défi ­ nit le crime organisé comme étant « une société permanente et secrète, qui se réserve généralement la violence pour la régie interne, mais dont la conspiration constante vise un profit considérable et régulier, soit en offrant des services illicites, soit en s’infiltrant à  »intérieur d ’ entreprises légales de façon à établir des monopoles lucratifs ». UNE SOCIETE Selon elle, tous ceux qui ad ­ mettent l’existence du crime organisé lui reconnaissent l’aptitudes à se constituer en société et donc à posséder des structures et des activités diversifiées.

Cependant, !a Commission se garde bien de pousser trop loin la parallèle entre le crime organisé et la société. Elle ne tient à n’en retenir que l’essentiel du terme puisqu’il est de la nature du crime organisé de vivre le moins possible à ciel ouvert comme le fait la société ordinaire.

Comme le secret le plus absolu entoure les activités du crime organisé, c’est souvent sur une base très mince qu’il faut élaborer dans son étude: les hypothèses. Qu’il suffise au départ de savoir que le crime organisé s’intéresse à tout ce qui est ou peut devenir rentable. « Société, déclare la Commission, mais société souple et secrète ».

PERMANENTE

Selon le Rapport, il faut retenir ici comme une composante essentielle du crime organisé, cette solidité de l’organisation criminelle, cette aptitude à dé ­ fier le temps et à rendre la structure plus forte que les hommes qui la composent.

« Certains aspects du crime organisé sautent aux yeux, ajoute la Commission. Ainsi, l’opinion publique, qui en sait pourtant fort peu sur la véritable nature du crime organisé, constate elle-même ta stabilité et la permanence de certaines influences ». Les mêmes individus se re ­ trouvent aujourd’hui qu’on re ­ trouvait il y a des années auparavant. En décrivant le crime organisé comme une société, il faut comprendre à quel point la société criminelle entend jouir de la même stabilité et de la même permanence que n’importe laquelle société démocratique ou totalitaire.

…ET SECRÈTE

La société criminelle est secrète. Elle survit à ses en demeurant dans impénétrable. Si le crime organisé est une société, déclare le Rapport, elle peut ou bien tenter de se substituer à la société démocratique ou bien s’agripper secrètement à elle à ta façon d’une lamproie. À l’heure actuelle, il est évident que le crime organisé préfère de beaucoup demeurer dans l’ombre où il lui est continuellement plus possible de tirer les ficelles » profitables, tout en laissant les responsables à autrui ».

Selon la Commission, le crime organisé voit donc de multiples avantages à ne pas alarmer sa clientèle et, dans ce but. il se dissimule.

LA VIOLENCE

Le crime organisé peut être certains qu’il n’aide aucunement sa cause mais, au contraire, stimule la lutte contre ses activités dès l’instant où il fait usage publiquement de violence. Selon la Commission, on peut en déduire qu’il ne permettra aucune violence inutile. Il n’attend d’ailleurs aucun profit direct de la violence. À l’encontre du crime occasionnel ou professionnel qui est souvent obligé de recourir à la violence pour se procurer des ressources considérables, le crime organisé, en raison de la puissance et de la permanence de ses structures, possède l’assurance de profits considérables, réguliers et constants.

Nul n’exploite autant la corruption que le crime organisé. Il ajoute même, selon la Commission, des perfectionnements » à la méthode classique. « Ainsi que le font remarquer différents analystes, déclare le Rapport, il est possible de trouver dans d’autres contextes et sous d’autres climats une combinaison de corrupteurs et de personnes qui veulent bien être corrompues.

Cependant, le crime organisé a ajouté à ces deux pôles la fonction de contraignant (enforcer). Il n’en faut pas plus pour le placer dans une position différente de toutes les formes classiques de corruption. Cette contrainte est, par excellence, le moyen de majorer les bénéfices, de minimiser les risques et d éliminer la concurrence. En somme, l’existence d’une contrainte à l’intérieur du groupe fait presque totalement dis ­ paraître les imprévisibles: l’organisation peut prévoir ses activités, compter sur l’application des accords signés, être assurée de la mise en vigueur des décisions. Elle n’a pas non plus à craindre l’intrusion d un rival ou d un concurrent. Conspiration constante contre la société, déclare la Commission. Le crime organisé se comporte donc comme une société permanente et secrète qui pousse si loin l’usage rationnel de la peur, de la corruption et de la violence qu’il en découle une efficacité soutenue, une permanence inattaquable, une immunité presque totale au moins pour les plus haut échelons. »

LE PROFIT

On sait aujourd’hui que le crime organisé étend partout ses ramifications et accélère partout ses progrès économiques. « A compter du moment, déclare la Commission, où une organisation criminelle ressemble à une entreprise légale, elle peut en adopter tous les signes. On la voit multiplier ses succursales, envahir de nouveaux marchés, majorer ses bénéficies. À l’heure actuelle le crime organisé, parce qu’il a pu surmonter les inconvénients de la caducité, s’est installé dans presque toutes les grandes villes de l’Amérique du Nord ».

Il peut donc se consacrer à la recherche de profits paisibles et réguliers.

SERVICES ILLICITES ET ENTREPRISES LÉGALES

Comment le crime organisé utilise-t-il ses structures? La réponse de la Commission est double: le crime organisé mène ses activités à la fois dans le domaine des services illicites et dans le domaine de l’entreprise légale. Dans un cas, il offre des avantages qui sont interdits par la loi. Dans l’autre cas, il se porte acquéreur d’entreprises légales ou les forme de toutes pièces.

Élément important: le crime organisé, bien loin de recourir systématiquement à la violence pour s’enrichir, tente d’établir entre la société et lui les relations qui existent entre un fournisseur et ses clients. Sii ne recourt pas à la violence, se demande la Commission, que fait le crime organisé?

Il tire l’essentiel de ses revenus du public mais avec le plein consentement de celui-ci. En d’autres termes, il vend au public des biens et des services dont l’usage est prohibé par le code criminel: prostitution, pari, prêt usuraire, narcotiques… Tout cela est si éloigné de la criminalité de violence que le public croit sincèrement que ces activités n’ont rien de criminel ».

Une trop grande partie du public n’a pas une vue réaliste du crime organisé

Une trop grande partie du public demeure sceptique devant les rumeurs qui circulent à propos du crime organisé, alors qu’une autre partie professe à l’égard de ce phénomène les illusions les plus invraisemblables.

Selon le Rapport Prévost, les imprécisions les plus courantes porteraient sur: les points suivants:

a) le public croit à tort que le crime organisé aime et recherche la violence dans ses rapports avec le public ;

b) le public refuse parfois de croire à l’existence d’une organisation criminelle permanente et savamment structurée.

La Commission constate, d’après ses études, que la lutte menée jusqu’à maintenant au crime organisé n’en n’a pas réduit les activités.

Dans le cas du personnel, le crime organisé remplace rapidement les personnes arrêtées et condamnées.

Sur le plan de la législation, il demeure presque impossible sen prendre au crime organisé lui-même.

« Le code criminel, déclare le Rapport, frappe le geste posé par un individu mais il n’est généralement pas en mesure de s’attaquer à la conspiration que mène de façon permanente une organisation hiérarchique ». D’autre part, selon le Rapport, si l’on regarde ce que produit le crime organisé, le tableau n’est pas plus encourageant. La population demande aujourd’hui autant et plus qu’autrefois les services et les produits illégaux que dispense le crime organisé. Fait important, la Commission constate à la fois que la rentabilité du crime organisé découle de la connivence du public avec les dirigeants du crime organisé et que la lutte a été menée exclusivement par les corps policiers sans que le public se sente concerné.

De plus, la Commission constate que le crime organisé tire parti de certaines contradictions entre nos lois et nos comportements sociologiques.

« Par exemple, déclare le Rapport, le jeu demeure illégal, même s’il est possible de parier aux pistes de courses reconnues par la loi et de spéculer en bourse. Autre exemple, on con­tinue à considérer comme illégal le fait de charger des taux d’intérêts plus élevés à certaines catégories d individus, même si l’assurance établit très nettement des lignes de démarcation entre les différentes caté­gories de risques. » La Commission considère qu’il n est ni possible ni souhaitable de maintenir et d’appliquer des interdictions législatives si d’importantes portions de la population n’acceptent pas les normes fixées par la loi.

Elle en conclut donc que le crime organisé ne doit pas concerner seulement les forces policières mais impliquer directement la société, d’où la nécessité de moderniser les textes législatifs et d’en faire disparaître les interdictions qui ne reçoivent plus l’adhésion de la population.

« Les crimes de l’extrême civilisation sont certainement plus atroces que ceux de l’extrême barbarie. » Jules Barbey d’Aurevilly (écrivain français, né en 1808 et mort en 1889). Photo : Megan Jorgensen.
« Les crimes de l’extrême civilisation sont certainement plus atroces que ceux de l’extrême barbarie. » Jules Barbey d’Aureville (écrivain français, né en 1808 et mort en 1889). Photo : Megan Jorgensen.

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