Démocrite

Démocrite et sa vision du monde

La première idée, la première intuition de l’existence des atomes, proposée par Empédocle, fut poussée beaucoup plus loin par un homme nommé Démocrite, originaire de la colonie ionienne d’Abdère, au nord de la Grèce. Abdère était une sorte de ville risible. En 430 av. J.-C., raconter une histoire sur quelqu’un venu d’Abdère garantissait un éclat de rire. C’était, en quelque sorte, le Brooklyn de son époque. Pour Démocrite, toute la vie devait être comprise et savourée; comprendre et jouir étaient une seule et même chose. Il disait qu’« une vie sans fête est une longue route sans auberge ». Démocrite venait peut-être d’Abdère, mais il n’était pas sot. Il croyait qu’un grand nombre de mondes s’étaient formés spontanément à partir de la matière diffuse de l’espace, avaient évolué, puis s’étaient désagrégés.

À une époque où nul ne connaissait les cratères d’impact, Démocrite pensait que parfois les mondes entraient en collision; que certains erraient seuls dans l’obscurité de l’espace, tandis que d’autres étaient accompagnés de plusieurs soleils et lunes; que certains mondes étaient habités, alors que d’autres ne possédaient ni plantes, ni animaux, ni même d’eau; que les formes de vie les plus simples naissaient d’une sorte de boue primitive. Il enseignait que la perception — la raison pour laquelle, par exemple, nous pensons tenir un stylo dans notre main — était un processus purement physique et mécaniste; que penser et ressentir étaient des propriétés de la matière, assemblée de manière suffisamment fine et complexe, et non le résultat d’un esprit insufflé dans la matière par les dieux.

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Démocrite
Démocrite

Démocrite inventa le mot « atome », mot grec signifiant « qu’on ne peut couper ». Les atomes représentaient les particules ultimes, défiant à jamais nos tentatives de les diviser en éléments plus petits. Tout, disait Démocrite, est un ensemble d’atomes finement agencés. Nous aussi. « Rien n’existe, disait-il, si ce n’est les atomes et le vide. »

Lorsque nous coupons une pomme ou une citrouille, affirmait Démocrite, le couteau doit passer par les espaces vides entre les atomes. S’il n’existait pas de tels vides, aucun espace, le couteau rencontrerait des atomes impénétrables, et la pomme ne pourrait être coupée. Ayant tranché une portion d’un cône, comparons les sections transversales des deux morceaux. Les surfaces exposées sont-elles égales? Non, disait Démocrite. La pente du cône oblige une face de la coupe à avoir une section légèrement plus petite que l’autre.

Si les deux étaient parfaitement égales, il ne s’agirait pas d’un cône mais d’un cylindre. Quelle que soit la finesse du couteau, les deux morceaux présentent des surfaces inégales. Pourquoi? Parce qu’à l’échelle du très petit, la matière manifeste une rugosité irréductible. Démocrite identifia cette rugosité fine avec le monde des atomes. Ses raisonnements n’étaient pas ceux que nous employons aujourd’hui, mais ils étaient subtils et élégants, inspirés de l’expérience quotidienne. Et ses conclusions étaient fondamentalement justes.

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Une courge. Illustration par Megan Jorgensen.

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