Réflexions

Courrier « Que Faire »

Courrier « Que Faire »

Courrier « Que Faire ? » par Françoise Gaudet Smet

La Presse, 750, boul. Saint-Laurent, Montréal 126, Québec.

Remède

Question : Après huit ans de mariage, à 33 ans, j’ai un petit garçon qui est ma seule raison de vivre. Mais voilà: je désire un autre enfant, et j’ai besoin que vous me disiez ce que vous en pensez. Je suis très angoissée et très triste. À 32 ans, mon mari n’est qu’un bien pauvre enfant, pourri d’égoïsme. Pour lui, l’amour, la bonté, le don de soi, c’est de la faiblesse. Il ne s’occupe que de sport, des amis qui pensent comme lui et boivent avec lui. Je réalise trop tard l’erreur de mon choix. Mon instinct maternel ma sauvera-t-il du désespoir où je m’enlise. Je me demande bien si je tiendrais le coup pour neuf autres mois de grossesse avec l’espèce de mari insouciant que j’ai. Mais mon fils pleure pour avoir un petit frère; l’espérance d’attente me ferait-elle mieux vivre ? Mon mari est indifférent à mon désir. Pour lui, si j’ai l’essentiel de ce qu’il faut pour exister, c’est assez. Avoir un autre enfant pour m’occuper, il me semble que je me soucierai moins de mon mari. C’est ce qu’il désire: que je le laissa tranquille. Il dit que je cherche à le détruire. Je ne l’aime plus du tout, du tout. Mais il serait quand même le père de mon enfant. Signée : Tristesse.

Réponse : Si votre enfant, actuellement présent et tout-fait, a un père attristant, il serait de toute justice que sa mère soit deux fois meilleure. Que votre instinct maternel vous inspire de trouver exactement ce qui doit assurer l’équilibre le plus réalisable pour sa vie actuelle et pour l’éducation de son caractère et de sa personnalité.

Il y a de quoi emplir votre vie à plein comble. Ne rêvez pas d’un autre enfant comme d’un remède. Il ne faut pas planifier des enfants-tampons, des enfants traits-d’union: quelle hypothèque pour eux et pour l’humanité ! Qui peut honnêtement prendre le droit et la responsabilité de faire une pareille combinaison ? Si vous ne pouvez espérer faire aucun bien à l’homme-enfant dont vous êtes l’épouse et la compagne, avec le devoir d’assistance que cela implique, n’ajoutez pas, d’insistance, un autre enfant aux deux que vous avez déjà. Révélez tout ce que vous êtes, et ce que vous valez, par ce que vous devez, dans ce que vous pouvez faire pour continuer heure par heure à mettre le plus petit au monde de sa vie à vivre. L’enfantement, c’est beaucoup plus que le temps d’une grossesse.

Aussi longtemps qu’une mère vit, elle demeure mère. Différemment, de jour en jour, mais elle l’est en permanence. Votre mari a-t-il encore la sienne? S’il ne vous reste plus qu’à la remplacer, vous y appliquer serait déjà un remède à votre tristesse: vous la dépasseriez pour qu’elle vous quitte.

Voyages

Question : J’ai un grand-père qui a de la fortune et avec cela beaucoup de bon sens et de présence à nos temps. Il est mon parrain et m’a récemment offert, si je voulais m’y préparer, de me fournir les moyens de faire un an ou deux de séjour en Europe ou au Moyen-Orient, à l’étranger en tout cas, pour prendre des contacts avec ce qu’il appelle la réalité des faits, des choses et des peuples. J’ai 18 ans. J’ai l’intention de poursuivre des études en sciences politiques ; mes parents se demandent où cela mine une femme. Il me semble que je suis sérieuse.

Mais ce que je fais n’est jamais bien pour mon entourage. Heureusement qu’il y a grand-papa. Signé : Ninette.

Réponse

Les voyages sont de bons moyens de prendre contact avec le monde. Cependant faut-il s’y préparer et avoir un but précis. Sinon, vous risquez de gaspiller votre argent. Bien des facilités sont assurées aux étudiants sérieux.

Vous en profiterez dans la mesure où vous saurez penser de votre propre mouvement, digérer et absorber ce que vous apercevez ailleurs, en égard à la maturité de votre sensibilité et à tout l’équilibre de votre personne. De quoi votre affectivité se nourrira-t-elle ? À quelles aventures donnerez-vous l’acquiescement de tout votre être ? Entre ce que vous planifierez et ce qu’il sera possible de réaliser, il y a toujours ce qu’on appelle « la part des choses » qui exige et qui souvent gruge la part de bien qu’on se croyait en mesure d’attendre, d’espérer.

Disons que, dans une proportion optimiste, le succès d’un voyage dépend à de ce que vous êtes et de ce que vous saurez prendre et apprendre ailleurs. Plus vous vous connaîtrez — forces et faiblesses, instincts et tendances — (parce que c’est avec vous que vous voyagerez…), mieux vous saurez bénéficier à votre profit plus qu’à votre perte de ce qui, sans cesse, s’offrira à votre choix, à votre décision, à votre jugement, beau temps, mauvais temps, du soir au matin comme du matin au soir.

Complétez bien d’abord la scolarité régulière en accord avec vos aspirations. Et voyagez à petites doses. Vous verrez bien, à mesure de la route et de vos jambes.

Science

Question : Je vois dos amies qui ont la manie du « nouveau livre de recettes ». Elles sont à l’affût de tout ce qui sort, bon, pas ben, et n’en sont pas pour cela des cordons-bleus. Ne pourriez-vous pas une fois pour toutes nous préparer des directives simples et pratiques pour toute la tenue d’une maison, afin que, facilement, il soit possible de bien faire toutes choses. Moi, c’est rien qu’après que je suis près de m’endormir que je me sens capable de faire mieux que ce que j’ai accompli dans la journée, que je pourrais renseigner aux autres dans ce que je réussis; mais merci! je suis bloquée, gauche et maladroite en face de ma journée. Et rien ne va. Signé : Simone.

Réponse : Une fois pour toutes? C’est, constamment à réviser, à adapter. Rien ne vaut alors la bonne attention de chacune. Rien qu’en cuisine professionnelle d’hôtellerie et de restaurant, les tenants de la profession exigent trois ans d’apprentissage.

Et c’est aussi important, n’en déplaise aux personnes qui n’y croient pas, de bien savoir laver la vaisselle et de la laver (on en salit moins inutilement ensuite quand on rationalise ses moindres gestes), les poêles et les chaudrons compris, que de savoir ordonner ses repas, la préparation et la cuisson lorsqu’on découvre et apprécie les combinaisons d’utilisation du feu, de la chaleur du four à heure et à temps. Les livres de cuisine des autres ne vous satisfont pas? Faites-vous-en un à noter minutieusement ce que vous avez appris a réussir, à partir des crêpes, d’une omelette dont, vous avez surveillé toute la marche, ce qui est nécessaire pour le succès d’une pièce de viande a commencer par ne qu’elle est – c’est important – et à continuer par l’exact service de transformation à établir, afin qu’elle soit à son mieux : savoureuse et nutritive. Lorsque vous aurez appris l’essentiel, vous serez la première à organiser une grève contre tout ce qui crie et assure qu « cela se fait tout seul ». « Vous n’avez qu’ajouter de l’eau » et autres insipidités de la sorte. Tenir une maison est une bien grande besogne. Y rendre heureux ceux qui l’habitent à la mesure de leurs besoins est la plus essentielle de toutes les tâches féminines. Cela tient plus haut que le vernis du parquet, les pattes de la table, et la transparence des rideaux. Il y a aujourd’hui des renseignements partout: instituez-vous recherchiste. C’est un mot fort à la mode pour désigner le sens de curiosité et d’application que doit avoir toute personne intelligente présenté au monde.Ayez vos cahiers de notes. Découpez, collez sur feuilles mobiles. Vous en jetterez la moitié à chaque grand ménage. Mais a vous être arrêtée, à avoir réfléchi, collé, noté, vous aurez nourri et tonifié pour intelligence, votre jugement.

C’est mieux que de toujours se fier sur les autres qui, par ailleurs, souffrent de ne jamais pouvoir accomplir. avec deux pieds, deux mains, une tête, tout, ce qu’il faudrait inventer et faire pour faire l’ouvrage de tout le monde.

Arts appliqués

Question : Ma grande fille de 18 ans étudie à une école d’Arts appliqués et elle y réussit fort bien. Je veux bien juger que ses efforts sont louables, mais je ne me vois pas offrir en cadeau de noces une de ses oeuvres, alors que nous vivons dans un monde où tout s’évalue par « ce que cela a coûté ». Nous n’allons pas dans la maison nous disputer à ce propos, mais je me plie difficilement à ces normes d’évaluation qui ont l’air à vouloir pousser nos enfants comme si on les croyait plus fins que les autres, Je sais bien que vous ailes pencher dans le sens du cadeau personnel, mais je ne suis pas convaincue que cela sera bien vu. Signé : V. L.

Réponse : N’est-il pas plus Important, dans notre monde en recherche de plus de ventes-vraies, que vous fassiez, aimablement corps avec voire enfant pour une constructive expression de prise de possession de soi ? Vous avez la vraie bonne chance de changer le … rôle d’évaluation. Et puis, laissez-moi vous assurer qu’il faut être tristement mal élevé pour passer ries remarques désobligeantes sur les cadeaux qu’on reçoit. N’y a-t-il pas nombre de jeunes ruraux qui ont délaissé les vieilles granges et qui s’empressent de mûrir après les vieilles planches parce que quelqu’un leur a manifesté le désir d’en avoir. Et. à tort ou à raison, les voilà en déliré devant les vieilleries, bien souvent hors cadre, parce qu’un cri de ralliement a pointé et que . allons-y pour les vieilles planches ! Tandis, que voire enfant étudier, les étapes de son cheminement ne sont pas nécessairement des succès.

C’est a vous, avec elle, à déterminer ce qui est valable comme produit fini, de préférence à ce qui est en expérimentation.

Ayez confiance. C’est un excellent moyen de réveiller le talent. Les efforts qu’il « coûte » ne «ont-ils pas une valeur ? Révélez celle dont vous êtes témoin, l’n certain snobisme aidant, plus tard, on courra après les jeunes artistes comme on se sauve en volant les vieilles planches…

Rue Surrey Gardens, Westmount. Phtoo de Megan Jorgensen.
Rue Surrey Gardens, Westmount. Photo de Megan Jorgensen.

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