La France, comme le Reich, aurait ses lois antisémites. La lutte contre l’alcoolisme. La déclaration de guerre fut anticonstitutionnelle?
C’est ce qu’assure une dépêche de Vichy envoyée de Berlin – La lutte contre l’alcoolisme – Émeutiers arrêtés dans les rues de Paris – La déclaration de guerre
Les premières lois en France après la défaite. Vichy, 23 août 1940 (Par radio) — Des dépêches allemandes, venues de Vichy, prétendent, aujourd’hui, que des lois antisémitiques très rigoureuses, inspirées vraisemblablement par celles qui sont en vigueur en Allemagne, seront bientôt décrétées par le gouvernement français.
La radio de Berlin prétend, que dans les milieux politiques français, on s’attend à la proclamation d’une loi spéciale qui « régularisera » le statut des Juifs en terre française.
Déjà, on a interdit aux Juifs, en France, la pratique de la médecine. On voudrait aussi faire disparaître du Code criminel un article qui y a été mis par le gouvernement Daladier, et qui interdit aux Français de faire de la propagande antisémitique.
Émetteurs arrêtés
Paris, 23 août. – Une bande de jeunes gens a défoncé les vitrines de 7 établissements des Champs-Elysées réputés appartenir a des Juifs. Des soldats allemands ont photographie la scène. U» police parisienne a arrêté 4 des malfaiteurs, qui criaient: « À bas les Juifs » en malmenant les commis des établissements, dont plusieurs furent blessés. Robert Hersant, meneur du « Front des Jeunes », de formation récente, a déclare que la manifestation n’était que le prélude et l’exemple d’autres en zone d’occupation, visant « les Juifs, les capitalistes et les francs-maçons, responsables de la ruine de l’ordre économique et social français ».
Tous les établissements attaqués: Maggy Rouff, Tout Main. Annabelle, Marie-Louise, maisons de couture; Lévitan, meublier ; Cécil, cordonnier ; Leroy, opticien, se trouvent près des quartiers généraux du « Front des Jeunes ».
Ce groupe, l’un de plusieurs formés depuis l’occupation allemande, proclame : « La France sera ce que nous la ferons ». Les manifestations de mardi sont les premières marques de violence. Mais une certaine presse le signale depuis l’occupation par des attaques continuelles contre Juifs et francs-maçons. Dès son premier numéro. paru le 1er juillet, « La France au Travail » demandait la rélegation des Juifs dans une île. Quelques magasins et restaurants de Paris excluent les Juifs.
Déclaration de guerre inconstitutionnelle
Vichy, France, 23 août 1940. – Le gouvernement Pétain confirme officiellement aujourd’hui que l’ancien ministre de l’Éducation nationale, M. Jean Zay, Juif français, est présentement sous arrestation à Clermont-Ferrand et qu’il sera traduit devant le tribunal militaire sous l’accusation de désertion de l’armée. La date du procès n’est pas fixée.
On rapporte qu’Édouard Daladier, ancien président du conseil, est à Marseille; que l’ancien ministre juif Georges Mande est au Maroc sous bonne garde, à l’endroit même où lord Gort et Alfred Duff-Cooper ont cherché à le voir alors qu’il se donnait pour le président du conseil; que Paul Reynard, ancien président du conseil, se repose dans son village de Barcelonnette, dans les Alpes.
Qu’Édouard Herriot, ancien président du conseil, ancien président de la Chambre des députés et maire de Lyon, est à Lyon mais que dans le public il se fait un mouvement pour exiger sa démission; que Paul Massigli, ancien représentant français à la Société des nations et ambassadeur à Ankara, est rappelé à Paris; que M. Paul Reynaud a rendu incognito une visite à M. Herriot, à Lyon.
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Enfin, des journaux français soulignent le fait que la France a déclaré la guerre de façon inconstitutionnelle. En effet, contrairement aux termes de la Constitution, le Parlement n’n pas voté la déclaration de guerre; il n’a voté que des crédits militaires. Les journaux rattachent les noms de MM. Édouard Herriot, président de la Chambre des députés, Jules Jeanneney, président du sénat, et Albert Lebrun, président de la République, à cet accroc à la Constitution.
L’hebdomadaire Gringoire publie une caricature de M. Lebrun avec une légende contenant la clause de la Constitution qui dit que c’est le président de la République qui doit formellement décréter la guerre.
À Riom, la Cour suprême poursuit son travail d’enquête. Elle étudie des dossiers et entend des témoins. Mais, pour le moment, aucun nom n’est transmis au public, les séances se déroulent à huis clos.
À la rigueur, l’enquête de Riom peut remonter jusqu’à la naissance de la troisième République et s’occuper non seulement de politiciens mais les fonctionnaires subalternes et même de journalistes. Son champ est très vaste.
Limoges, France, 23 août. – L’ancien président du conseil, M. André Tardieu, est en bonne voie de rétablissement chez son médecin, à Limoges. Il souffre d’une attaque de paralysie. Il est âgé de 64 ans.
La lutte contre l’alcoolisme en France
Vichy, 23. (P.A.) — Le gouvernement de Vichy va promulguer, demain, une nouvelle loi. Elle va imposer de rigoureuse restriction aux Français sur l’usage qu’ils font des liqueurs alcooliques. Particulièrement des apéritifs. Un porte-parole du cabinet a dit : « Il ne s’agit pas d’une prohibition. Mais d’une mesure pour combattre l’alcoolisme en France. » Les bières et es vins ne verront pas affectés. Mais les apéritifs ne pourront plus contenir plus qu’un pourcentage d’alcool de seize pour cent.
C’est là un coup dur pour le Pernod qui, avant la guerre, pouvait contenir une proportion de quarante-cinq pour cent d’alcool. On n’a rien dit des cognacs. Aucune buvette ne pourra plus désormais servir de liqueur à des moins de vingt ans. On devra aussi cesser de faire de la publicité aux apéritifs. L’État combattra l’ivrognerie devant les tribunaux. Elle attirera à ceux qui la pratique de fortes amendes.
(Cette nouvelle date du 23 août 1940, texte publié dans le journal « Le Canada »).
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