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Une partie de crosse historique

Une partie de crosse historique

Une partie de crosse historique

Chacun sait qu’après la cession du Canada, par la France, les sauvages de l’Ouest formèrent une conspiration pour chasser les Anglais du pays. Leur plan rata, mais ils s’étaient déjà emparé de Michillimakinac et ce, grâce à une partie de crosse. Voici le fait tel que raconté dans le premier volume des Canadiens de l’Ouest, par l’honorable J. Tassé :

« Le jour d’anniversaire de la naissance du roi George, le 4 juin 1763, les Sauteux et les Sacs se rendirent au fort Michillimakinac et proposèrent au capitaine Etherington de chômer la fête par une grande partie de «baggattiouai» ou de crosse. Les Sauvages excellent dans ce jeu, qui, depuis longtemps, est l’un de leurs exercices favoris, et le capitaine Etherington accéda volontiers à leur demande. Il était bien loin de soupçonner que ce jeu inoffensif cachait un complot terrible, car pour mieux dissimuler leur perfidie, les Sauvages s’étaient livrés au même amusement durant les jours précédents.»

À en croire les apparences, le quatre juin 1763 devait être un jour de grande fête à Michillimakinac. Le temps était magnifique, un soleil ardent répandait ses chauds rayons et la nature, drapée dans son riche manteau de verdure, semblait devoir ajouter à l’éclat des réjouissances.

Les canons du fort faisaient entendre de temps à autre quelques salves bien nourries, et leurs bruyantes détonations allaient réveiller les échos les plus lointains du lac Huron. Les Sauvages, parés de leur mieux et ayant le visage vermillonne, se comptaient par centaines et, à les voir, on les aurait crus exclusivement préoccupés par l’issue de la lutte qui allait s’engager entre les deux tribus.

Les Canadiens circulaient en grand nombre au milieu de ces enfants des bois, dont beaucoup leur étaient connus, en attendant le commencement du spectacle, qui leur promettait des émotions plus qu’ordinaires.

La partie de crosse devait avoir lieu sur la grande plaine qui avoisine le fort. L’heure de la lutte arrivée, le capitaine Etherington et le lieutenant Leslie vinrent prendre place à l’extérieur des palissades, à quelques pas de la porte, afin de mieux observer les mouvements des joueurs. Le premier semblait surtout s’intéresser à la lutte, car, selon sa promesse, il avait parié
en faveur des Sauteux.

« La partie de crosse se poursuivit avec beaucoup d’ardeur depuis le matin jusqu’à midi, sans que la victoire se prononçât en faveur de l’une ou de l’autre tribu. Plusieurs fois déjà, la balle avait été jetée intentionnellement en dedans de l’enceinte du fort, puis elle avait été renvoyée par les soldats de la garnison. Mais comme Etherington désirait offrir toutes les facilités possibles aux Sauvages, il ordonna d’ouvrir la porte du fort afin qu’ils allassent eux-mêmes chercher la balle. Aussi ils ne tardèrent pas à lancer de nouveau la balle dans l’intérieur du fort en se ruant à sa poursuite. Leurs sauvagesses, obéissant à un mot d’ordre, se précipitèrent aussi en dedans des palissades, afin de leur donner les tomahawks qu’elles tenaient cachés sous leurs couvertures.»

Ce fut le signal du massacre. Les Sauvages commencèrent alors à faire entendre leurs terribles cris de guerre, puis à égorger tous les soldats qui leur tombaient sous la main. Ceux-ci, désarmés pour la plupart, s’étaient groupés sans défiance près de l’enceinte du fort afin de pouvoir mieux suivre les péripéties de la lutte.

Le lieutenant John Jamet se défendit comme un lion. Pressé de tous côtés par cinq Sauvages, il leur disputa vaillamment sa vie sans autre arme que son épée, et ce n’est qu’au sixième coup de casse-tête qu’il alla rouler sur le sol ensanglanté.

Furieux de sa courageuse résistance les Sauvages lui coupèrent la tête et la promenèrent triomphants.

Le capitaine Etherington, le lieutenant Leslie et quelques soldats furent faits prisonniers et ils allaient être brûlés, quand ils furent sauvés par notre vaillant compatriote Augustin de Langlade.

Les Canadiens de l’Ouest. Par Joseph Tassé.

L’honorable Joseph Tassé, journaliste et historien, est né en 1848 et il est mort en 1895.

Massacre du Fort Michilimackinac, peinture par Henry Sandham (1842-1910). Image libre de droits.
Massacre du Fort Michilimackinac, peinture par Henry Sandham (1842-1910). Image libre de droits.

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