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Les États-Unis et leur intérêt au Chili

Les États-Unis et leur intérêt au Chili

Les États-Unis s’intéressent au Chili

Dans ce pays, la géographie et le moral sont volcaniques. Le nitrate et les intérêts américains – Les Yankees de l’Amérique du Sud – Concurrence allemande – Crise économique et crises politiques

(Article nous avons déniché dans un journal montréalais du mois de juillet 1930).

Comme toutes les républiques sud-américaines, le Chili est un pays politiquement instable. Les révolutions, contre-révolutions, coups d’État, pronunciamentos, conspirations, etc. y sont périodiques. Ii s’en est produit ces temps derniers, à une cadence particulièrement vive, et les journaux ont relaté l’essentiel des faits. Mais il importe de savoir que les États-Unis portent un intérêt soutenu et une vive attention à ce qui se passe au Chili.

Volcans mal éteints

On sait que le Chili est une très longue bande de terrain, le long de l’Océan Pacifique. Toute la partie occidentale en est occupée par la Cordillère des Andes, très volcanique, et où les sommets élevés ne manquent pas. Il en est de dix-huit mille pieds au-dessus du niveau de la mer. On se rappelle la pluie de cendres qui s’éleva récemment d’un certain nombre de cratères. Est-ce le voisinage de ces volcans mal éteints qui met si souvent et ai vite le peuple en effervescence? Il y a eu 441 révolutions en Amérique du Sud dans le dernier siècle, et le Chili en a eu sa bonne part. La population est d’environ 3 millions et demi d’habitants, en très grande majorité d’origine espagnole. On ne compte guère que 50,000 Indiens. Les villes principales sont Santiago, la capitale, et Valparaiso, le port.

Les nitrates

L’activité économique naquit au Chili avec la découverte de mines de cuivre. Mais elle dut son essor aux nitrates. Les nitrates sont de merveilleux engrais, et pendant longtemps le Chili produisit la majeure partie de ce qui s’en consommait dans le monde. C’était une industrie rémunératrice. Les Américains y engagèrent de gros capitaux, et avec cette aide le Chili connut des jours prospères. En même temps, un certain nombre d’Américains, employés dans ces entreprises, se mariaient sur place, faisaient souche, se nationalisaient. Les noms anglo-saxons, de la sorte, ne sont pas rares. Les autochtones virent sans déplaisir ce mouvement, et s’appellent quelquefois eux-mêmes les «Yankees de l’Amérique du Sud». Le nitrate avait fait tout cela.

Concurrence et crise

Mais voici que ces dernières années l’étranger trouva je moyen de fabriquer des nitrates artificiels, moins couteux et aussi bons. L’Allemagne surtout se mit à en fabriquerait il y a maintenant dans ce pays des usines de nitrates gigantesques. C’était pour le Chili un coup très dur, et qui s’accentue tous les jours. Ajoutez-y la crise générale, et vous avez idée de la situation économique complètement renversée, devenue presque tragique après avoir été prospère. Les entreprises périclitent; les impôts ne rentent plus: l’État et les particuliers sont en dette. Le déficit s’accroit sans cesse. En 1930, on essaya d’un remède pour faire face à la crise: on fusionna en une entreprise colossale les principales industries du pays, nitrates, etc. Le gouvernement et de gros intérêts américains participèrent à cette affaire, connue sous le nom de Compania de Salitre de Chili, ou par abréviation, «Cosach».

Mais, depuis, la situation n’a fait qu’empirer. Les éléments remuants, étudiants en tête, s’en prennent au gouvernement, qu’on renverse el rétablit avec une telle facilité qu’un dictateur ne sait, en ce pays, s’il ne sera pas proscrit ou prisonnier demain. À tout nouveau gouvernement se pose cette grave question: la reconnaissance et le paiement des dettes et des intérêts étrangers, surtout américains. II est des extrémistes qui les répudieraient volontiers. Et l’on conçoit avec quelle anxiété les États-Unis suivent ces convulsions.

Mais quel dommage pour les Latins de l’Amérique du Sud, qui ont en dépit des crises passagères de beaux et riches pays, quel dommage que la paix civile et l’union ne puissent être durables chez eux.

(Texte paru dans le journal Le Petit Journal de Montréal, le 3 juillet 1930).

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Un entrepôt de salitre au Chile à l'abandon. L'exploitation de nitrates au Chili était le centre de l'industrie dans les années 1920. Photo libre de droit.
Un entrepôt de salitre au Chile à l’abandon. L’exploitation de nitrates au Chili était le centre de l’industrie dans les années 1920. Photo libre de droit.

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