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Départ de Duvalier

Départ de Duvalier

Départ de Duvalier

8 février 1986, Duvailier parti, explosion de joie et de vengeance

L’explosion de joie qui a suivi à Port-au-Prince le départ de Jean-Claude Duvalier s’est transformée en très violentes actions de représailles contre les tonton macoutes et les symboles de l’ancien régime.

L’explosion de joie qui a suivi à Port-au-Prince le départ du président Jean-Claude Duvalier s’est transformée en très violentes actions de représailles contre les tonton macoutes et les symboles de l’ancien régime établi il y a 28 ans par Papa Doc, père du dictateur en fuite.

Le déchaînement a pris des proportions telles que le nouveau gouvernement civilo-militaire a instauré le couvre-feu sur tout le territoire pour protéger les vies et préserver les biens des citoyens haïtiens et étrangers. Avant l’instauration de cette mesure, qui devait être en vigueur au moins jusqu’à 6 h du matin du 8 février 1986, on estimait qu’au moins cinq personnes avaient été tuées dans les rues de la capitale.

Le Conseil national du gouvernement, qui comprend trois militaires et deux civils, a été mis en place dès le décollage, à 3h46, de l’avion militaire américain C-141 qui transportait le dictateur déchu vers Grenoble, dans le sud-est de la France, où il a atterri n présence d’un important dispositif policier.

En compagnie du dernier carré de ses fidèles et de membres de sa famille, M. Duvalier, 34 ans, s’est ensuite rendu à Talloires (Haute Savoie), sur les bords du lac Annecy. Il séjournera dans un hôtel de cette localité de 800 habitants pour un délai maximum de huit jours que lui a laissé le gouvernement français pour trouver un autre pays d’accueil. Tard hier, il ne semblait pas qu’une capitale étrangère ait accepté de recevoir M. Duvalier.

La junte de gouvernement est dirigée par le général Henry Namphy. La junte s’est engagée, dans une déclaration, à respecter les droits de l’homme et à maintenir les forces armées à l’écart de la politique.

La chute du régime duvaliériste a été accueillie avec soulagement par les communautés haïtiens à l’étranger. Toutefois, plusieurs responsables de groupes d’opposition ont désapprouvé la mise en place du Conseil national de gouvernement, craignant que le nouveau pouvoir ne soir un duvaliérisme sans Duvalier. D’autres s’inquiètent du rôle joué par Washington dans les événements ayant amené le départ de Bébé Doc après plusieurs mois d’agitation durement réprimée par son régime.

À Port-au-Prince, des milliers d’Haïtiens de toutes conditions ont accueilli l’armée dans un enthousiasme délirant. On entendait crier “Duvalier fini”, “Nous sommes libres”, “Le singe est parti”. Cependant, la joie a dégénéré en colère et en vengeance.

Dans le cimetière de Port-au-Prince, les manifestants se sont attaqués avec acharnement au tombeau de Papa Doc. Les mains en sang, ils frappaient ce petit monument de couleur claire à coups de pierres. Les quatre murs de l’édifice ont été abattus. Des jeunes, des femmes, des vieux redoublaient d’efforts comme pour se libérer de toute une violence accumulée. Dans les rues, les manifestants faisaient brûler ce qui était selon eux, les restes de François Duvalier.

D’autres tombes ont été saccagées, dont celle du général Gracia Jacques, qui a été chef de la garde présidentielle pendant vingt ans. Deux cercueils ont été sortis dont l’un a été ouvert.

“J’ai besoin d’un tonton macoute pour boire son sang”, a lancé un protestataire exalté. Un autre a affirmé qu’un macoute avait été tué à coups de feu devant lui et que son corps a été brûlé. Selon un témoin étranger, un autre macoute a été tué à coups de pierres.

L’armée et la police tentaient de s’opposer à ceux qui pillaient les biens des macoutes. Dès l’arrivée des forces de l’ordre, les pillards se dispersaient en emportant sous le bras des pièces de tissus, des bouteilles ou des planches.

Il était impossible la nuit dernière d’établir un bilan des victimes, les troubles s’étant étendus à une grande partie de Port-au-Prince, ville d’un million d’habitants.

Départ de Duvalier

Une plage presque déserte. Photo par ElenaB. (GrandQuebec.com.)

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