Apollo 15 sous le signe de la science : L’exploit des deux astronautes enchante les savants de Houston
(Article publié dans le journal montréalais La Presse, le 2 août 1971).
HOUSTON. — Les images transmises par télévision de la région de Hadley et les descriptions faites par David Scott et James Irwin permettent aux savants, qui étaient rassemblés dans la salle de contrôle du centre spatial de Houston, de dresser un premier bilan d’ordre scientifique.
Quatre choses les ont particulièrement frappés :
l — La hauteur relative des formes de relief, qu’il s’agisse des montagnes de la chaîne des Apennins ou de la fameuse dépression de Hadley. Pour les montagnes, ils s’attendaient à des formes beaucoup plus escarpées et, dômes, de véritables ballons vosgiens qu’ils ont découverts. Par moment même, on avait l’impression de voir de véritables dunes sahariennes. L’impression prévaut à la vue de ce relief que l’érosion dans celte partie de la Lune a été beaucoup plus importante que soupçonnée.
2 — La largeur, au fond, c’est-à-dire le thalweg, de la fameuse dépression de Madley, évaluée à 600 pieds par les astronautes a surprise également les savants. Ils s’attendaient à apercevoir une véritable gorge, un canyon avec ses straties. Ils ont vu une vallée. Certes profonde, aux pentes assez prononcées, mais nullement à pic. S’agit-il d’un ancien couloir de lave qui se serait effondré, mais dont les parois auraient été arrondies par la suite; la question reste posée.
Poussière
3 — L’épaisseur de la couche poussiéreuse est la plus forte jamais mesurée au cours des débarquements lunaires des missions Appolo. La couche est plus puissante que dans la région de la Mer de la Tranquillité où s’était posé Apollo 11, ainsi que sur les autres sites explorés jusqu’à présent. La région de Hadley donne l’impression de constituer un véritable bassin de réception. Si c’était le cas, quels ont été les « moyens de transport » de ce matériel friable?
4 — Un gros bloc, très escarpé, auprès duquel les astronautes se sont arrêtés longuement vers le milieu de leur périple, émergeant comme « un rocher de Carnac » intrigue les spécialistes. Les morceaux arrachés ay bloc par David Scott permettront peut-être de définir sa ‘nature et son origine.
Cratères
Parmi les autres formes de relief, les savants notent la quantité élevée de cratères, les cailloux de tailles diverses parsemant certaines parties du site. Les ont sans doute projetés d’autres régions de la Lune, les éboulis au bas de la vallée de Hadley.
Enfin, si la couche de poussière est épaisse, la difficulté qu’a eue Scott de percer ses trous près de la « base Hadley » révèle la présence d’une roche dure sous-jacente, constituant sans doute le prolongement des pentes des monts Apennins.
Apollo 15 : Deuxième sortie
Après la deuxième sortie des astronautes, les savants ont manifesté leur grande satisfaction, en particulier, parce que Scott, malgré quelques difficultés, est arrivé à percer deux trous et à v introduire les thermomètres qui, pendant un an, espère-t-on ici, enregistreront les variations de température dans le sous-sol lunaire.
« Cette expérience constituait pour nous une priorité » a souligné aux journalistes Gene Simmons, le chef de l’équipe scientifique du centre spatial de Houston.
En effet, l’un des paramètres essentiels qui- manquait jusqu’à présent aux spécialistes de la Lune était précisément celui du flux thermique remontant vers la surface du sol lunaire. Provoqué probablement par la désintégration des éléments radioactifs, mais aussi, peut-être, ce qui est bien moins sur, par la chaleur résiduelle au centre de la Lune, l’étude de son intensité et de ses variations donnera aux savants des indications précieuses sur la formation et l’évolution, c’est-à-dire l’histoire de la. Lune. On comparera ces mesures avec celles des sismomètres et des appareils enregistrant les émissions de rays X. Tout comme avec le magnétisme lunaire par le moyen des appareils montés à bord de « L’Endeavour ». Celui-ci tourne alors autour de la Lune.
Illustration : Le véhicule lunaire « Rover » a laissé des traces, de même que les deux astronautes, sur la surface poussiéreuse de la Lune. Les points blancs à l’horizon sont l’effet du reflet de la lumière sur la lentille de la caméra. Image libre de droit.