Autres terres

L’Angleterre montre les dents

L’Angleterre montre les dents

Les excuses japonaises insuffisantes. – Changhai, carrefour de toutes les races, deviendra-t-elle un brûlot international?

Londres, Angleterre, 28 août 1937. – On ne sait pas encore quelle attitude le gouvernement anglais va prendre à la suite de l’attentat contre son ambassadeur en Chine. Sir Hughe Knatchbull-Hugessen, qu’un avion japonais a mitraillé alors qu’il se rendait en auto portant le drapeau britannique entre Nanking ot Changhai mais on est d’accord pour trouver la situation très tendue.

Le secrétaire des affaires étrangères, Eden, et le premier ministre Chamberlain ont conféré avec je roi pour ensuite déclarer que les explications des ambassadeurs japonais n’étaient pas satisfaisantes.

Le prestige des Européens en Orient est en jeu

Ils n’ont pas voulu admettre que c’était une imprudence de la part de Sir Hughe Knatchbull-Hugessen de voyager dans cette zone sans avertir mieux qu’il ne l’a fait les autorités japonaises et ils ont rejeté l’explication donnée à l’effet que les aviateurs japonais n’ont pas aperçu l’Union Jack sur l’automobile de l’ambassadeur anglais.

Chose certaine, l’Angleterre va protester énergiquement auprès du gouvernement du Japon. Les représentations qu’elle fera prendront la forme d’un ultimatum. Déjà la presse anglaise suggère de relever cet affront en opposant, s’il le faut, la marine et l’armée japonaises.

La guerre

Dans certains milieux qui touchent de près les autorités britanniques, on ne peut s’empêcher de voir se lever, plus menaçant que jamais, le spectre de la guerre. Une étincelle suffirait pour provoquer un conflit sanglant si le Japon ne fait pas à la Grande-Bretagne les excuses qu’elle exige et si ce pays ne garantit pas la protection des sujets anglais.

L’ambassadeur blessé devrait être sur pied dans six ou sept semaines, apprend-on à la dernière heure. Il reprend rapidement des forces.

Trois Changhai

Il se pourrait donc que Changhai redevienne le champ de bataille de toutes les races blanches contre les jaunes. Car en Orient, le prestige est plus important qu’en Occident, et il est impossible aux « diables étrangers », comme disent les Asiatiques en parlant des Européens, de « perdre la face ». Ils seraient immédiatement attaqués et peut-être anéantis.

C’est que Changhai est tout autre chose qu’une ville chinoise. Il y a en réalité trois Changhai : d’abord une ville indigène peuplée de près de deux millions d’habitants, puis une concession purement française qui, pour une population de 500.000 âmes. Ne compte que dix mille étrangers; enfon, une vaste concession internationale où un million de Chinois voisinent avec trente mille Japonais et neuf mille Anglais, sans parler des colonies moins nombreuses de presque tous les pays de la terre.

Tout cela s’échelonne le le long du coude de la rivière Whangtoo qui va se jeter dans l’estuaire du fleuve Bleu. Une des plus extraordinaires fourmilières du monde.

Centre prodigieux

Des boulevards, des palais qui peuvent rivaliser avec les énormes buildings américains, à côté des ruelles sordides de la ville chinoise. Des entrepôts qui ne dépareraient pas Liverpool et près desquels les jonques et les sampans voyageaint avec les paquebots les plus récents.

Tous les fils des deux mondes fraternisent.

Et aussi toutes les activités. dont le centre est le Changhai-Club, célèbre dans le monde entier et dont gardent la nostalgie tous ceux qui l’ont fréquenté.

Nulle part peut-être on ne grasse pas d’affaires. Car pour ce qui est du commerce et de la banque, les Européens et même les Américains peuvent s’incliner devant les Chinois. Et pour cela, Changhai est un centre prodigieux : le débouché de toute la vallée du fleuve Bleu, le plus riche de la Chine et le plus grand port sur le monde extérieur.

Foyer d’intrigues

Un ardent foyer de rivalité aussi! Les nationalistes chinois n’ont pas manqué de demander la suppression des concessions. La crise de 1932 a fait ajourner la question, mais elle n’a pas supprimé les rivalités ardentes qui se déchainent dans la concession internationale. Et les Anglais, longtemps maîtres tout-puissants, ne veulent pas abdiquer devant les Japonais, qui invoquent la supériorité évidente de leur colonie pour réclamer la majorité de la municipalité.

Ce foyer d’intrigues va-t-il devenir un brûlot international?

Le monde est menacé et l’on délibère

Paris et Londres s’unissent contre le péril japonais – Washington en faveur d’un pacte international pour sauvegarder la paix – Mais sur le front des bombes éclatent, semant la mort et la destruction. – La guerre est réelle, mais non officielle – Comme aurait dit Mirabeau…

Londres et Paris s’unissent contre le péril japonais. C’est ce que des observateurs voient dans les efforts du Foreign Office de la Grande-Bretagne et de Paris pour arrêter au plus tôt les hostilités sur le front sino-japonais. Un mouvement international, inspiré par les États-Unis, mais aussitôt renforci et suivi par les deux grandes puissances semble imminent et devrait produire un effet magique. Tandis
que les pourparlers s’ébauchent au sein des bureaux, la guerre sanglante, terrible dans son horreur quoique non officiellement déclarée, bat son plein mettant en regard les soldats du Mikado et ceux du général Chiang Key Chek.

Le rappel des ambassadeurs anglais et américains auprès de leurs gouvernements respectifs ne semble être que d’esprit consultatif.

Ceux-ci recevront très probablement les instructions qu’ils devront suivre à toute éventualité.

Le ministre canadien aux États-Unis, Sir Herbert Marier, actuellement en Angleterre, mettrait sa longue expérience el la diplomatie au service des ministres et les gouvernements anglais et américains au cours d’une prochaine conférence sur cette brûlante question. Sir Herbert a été, comme on le sait déjà ministre canadien à Tokyo, pendant plusieurs années.

Londres et Paris, appuyés fortement par Washington. obtiendraient une trêve sur le front sino-japonais et peut-être également une entente fortuite qui ramènerait le calme et la paix sur le ciel d’Orient. Le péril japonais, longtemps prévu et discuté, réapparaît comme un spectre sur l’univers. Comme aurait crié Mirabeau : « Le péril est à vos portes et vous délibérez! »

La plupart des gens se battent pour sauver ce qu’ils risquent de perdre. Moi, je me bats car c’est la seule chose que je sais faire. (Kara Thrace). Photographie d'un monstre de la rue par Megan Jorgensen.
La plupart des gens se battent pour sauver ce qu’ils risquent de perdre. Moi, je me bats car c’est la seule chose que je sais faire. (Kara Thrace). Photographie d’un monstre de la rue par Megan Jorgensen.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *