La trilogie mentale (Texte traduit par Megan Jorgensen en 1998 ou 1999)
Historiquement, l’esprit humain a souvent été considéré comme une trilogie mentale incluant cognition, émotion et motivation. Pour certains, ces éléments représentaient des aspects d’une seule faculté mentale, pour d’autres, trois capacités distinctes.
Au XXe siècle, les behavioristes ont ignoré l’esprit, rendant la trilogie mentale dénuée de pertinence en psychologie. La révolution cognitive a ramené l’esprit au centre, mais en privilégiant la pensée au détriment des émotions et motivations.
Cependant, il est crucial d’explorer pourquoi nous nous concentrons, nous rappelons ou raisonnons sur certains éléments spécifiques. La compréhension de la pensée reste incomplète si émotions et motivations sont négligées dans l’analyse.
Le jonglage mental
Une idée, une sensation ou une image sont des exemples de contenus mentaux, objets d’étude de la psychologie expérimentale. John Watson et les behavioristes ont remplacé cette exploration par une psychologie centrée sur des événements mesurables objectivement.
Avec la révolution cognitive, l’esprit a été réintroduit, mais l’accent a été mis sur le processus de pensée lui-même. Ainsi, la science cognitive s’intéresse davantage à l’acte de penser qu’aux contenus conscients produits par la pensée.

Pour penser, l’esprit doit jongler avec des fragments de ses états mentaux, selon Marvin Minsky. Imaginez réorganiser les meubles dans une pièce familière et comparer différentes idées ou arrangements possibles. Passer d’un détail précis à une vue globale utilise la mémoire de travail pour suivre ces changements imaginaires.
Oublier un numéro de téléphone après une distraction montre que la mémoire de travail gère une seule tâche à la fois. Si elle est engagée dans une nouvelle tâche, l’ancienne est supprimée, sauf si elle est répétée activement.
La mémoire de travail est essentielle à la réflexion, à la résolution de problèmes et aux tâches quotidiennes complexes. Elle permet d’analyser un menu tout en considérant les suggestions du serveur ou les pensées initiales interrompues.
En plus d’aider aux activités routinières, elle contribue à des activités spéciales comme composer ou résoudre des problèmes complexes. Ces capacités rendent la mémoire de travail cruciale pour maintenir des informations nécessaires à la réalisation de différentes tâches.
Source : Synaptic Self. How Our Brains Become Who We Are. Par Joseph LeDoux (auteur de The Emotional Brain).
La mémoire de travail est notre capacité inhérente à penser. Photo par Megan.
Nous devons explorer les aspects larges des fonctions mentales afin de construire une vision neurobiologique du soi. Illustration par Megan.
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