Quérulence en psychiatrie
La quérulence est une réaction hostile et revendicatrice de certains sujets qui se croient lésés et considèrent qu’il y a sous-estimation dans l’appréciation du préjudice causé : de ce fait, ils passent facilement de la plainte à l’attaque, soit directement, soit en justice, en répondant à une idée prévalente dans leur cerveau.
(Idée prévalente : Certains auteurs ont donné le nom d’idée prévalente (Wernicke, Rogues de Fursac) à l’idée fixe. Quand s’organise autour de celle-ci un système délirant commandant des réactions de revendication. Aussi de quérulence, de jalousie, etc. (« Délires » à idée prévalente »). Cette disposition constitutionnelle est un des aspects de la constitution paranoïaque).
Les quérulents se recrutent volontiers parmi les excités constitutionnels querelleurs. Mais surtout (ce qui n’est parfois qu’un stade plus avancé, parmi les revendicateurs, dont ils constituent le type clinique le plus démonstratif, comme aussi le plus fréquent.
Dans le premier cas, les réactions quérulantes sont plus variées, plus épisodiques, moins systématiques que dans le second.
Dans ce dernier cas, on peut individualiser plusieurs formes :
a) Dans la forme processive (manie processive, folie processive, délire des persécuteurs processifs, « paranoïa quérulence » des auteurs allemands), le sujet oriente tous les actes de sa vie vers la réparation du préjudice subi. Il intente donc des procès à ses adversaires, est rebelle à toute conciliation. Perd-il, il conteste l’équité des juges. Il dénonce la corruption, la sincérité des témoins, la mauvaise foi de la partie opposée. (Sans reconnaître la sienne propre). Il multiplie les appels, enfle ses dossiers où s’accumulent invectives et calomnies. D’ailleurs, il refuse de se soumettre aux décisions des tribunaux. S’oppose parfois par la virulence à la mission des huissiers. (Délires résonnants de dépossession de Régis).
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b) Chez certains anxieux déprimés, la quérulence se manifeste dangereusement pour ceux qui leur donnent des soins.
Les hypocondriaques persécuteurs sont souvent des préoccupés de la région abdominale. Tout spécialement de la sphère anogénitale (hémorroïdaires, hypospades, impuissants, etc.). Dont les troubles plus ou moins réels, mais chroniques sont peu ou pas influençables par les thérapeutiques. Ils exigent cependant du médecin dont ils assiègent les consultations.
En fait, ils rendent le praticien responsable de leurs mécomptes. Ils attribuent ceux-ci à la négligence, à l’indifférence, à la malveillance. L’accusant de spéculer sur leur mal, de l’aggraver sciemment. Parfois, ils s’attaquent en dommages intérêts devant la Justice. On a décrit (De Clérambault) l’expectation passionnée, la passivité anxieuse. Puis la déception et les revendications de plus en plus pressantes des malades. Enfin (Dupré), la vengeance sanglante qu’ils exercent souvent tardivement sur le médecin ou le chirurgien sans défense. Dont le seul tort est de n’avoir pas reconnu la gravité de l’état mental de leur client.
Ch. Bardenat.
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(État lacunaire : Forme particulière de désintégration anatomique des centres nerveux. En rapport généralement avec des foyers d’artério-sclérose, décrits par Pierre Marie et Moutier. Elle frappe les sujets d’un certain âge. Les lésions prédominent volontiers au niveau des centres sous-corticaux et du tronc cérébral.
Outre les signes généraux d’affaiblissement mental et les signes neurologiques concomitants habituels à l’artério-sclérose et à la sénilité. Un état lacunaire réalise souvent le syndrome pseudo-bulbaire).
Voir aussi :