Le polygraphe et son utilisation

Le polygraphe et son utilisation au Canada

Au Canada, la police et plusieurs institutions gouvernementales ou privées peuvent utiliser le polygraphe. Pourtant, la Loi dékimite strictement son cadre d’utilisation et sa portée juridique.

Utilisation du polygraphe par la police et le système judiciaire

  • Pendant une enquête criminelle : Les corps policiers (GRC, Sûreté du Québec, Service de police de la Ville de Montréal, etc.) utilisent fréquemment le polygraphe comme outil d’enquête. Le polygraphe sert principalement à orienter des pistes, vérifier la crédibilité d’un suspect ou d’un témoin, ou amener une personne à passer aux aveux.
  • Caractère volontaire du test : Personne n’est obligé de passer un test de détecteur de mensonges. Un suspect ou un témoin peut refuser le test sans que cela puisse être retenu contre lui comme une preuve de culpabilité.
  • Inadmissibilité en cour criminelle : Les résultats d’un test polygraphique ne sont pas admissibles en preuve devant les tribunaux criminels au Canada. Depuis l’arrêt prépondérant de la Cour suprême du Canada (R. c. Béland, 1987), la cour considère qu’on ne considère pas les résultats comme suffisamment fiables. Alors, ces tests ne doivent pas remplacer le rôle du juge ou du jury dans l’évaluation de la crédibilité des témoins.
  • Seule exception en cour : Si une personne fait des aveux spontanés au polygraphiste avant, pendant ou après le test, la Justice peut présenter ces aveux (la déclaration verbale elle-même, et non les graphiques du polygraphe) au juge. Cela se fait lors d’un voir-dire pour déterminer s’ils ont été faits de manière libre et volontaire.

Filtrage d’embauche et sécurité nationale

  • Les forces armées et services de renseignement : Le gouvernement fédéral, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et le Centre de la sécurité des télécommunications (CST) utilisent le polygraphe comme outil de filtrage pour les habilitations de sécurité de haut niveau.
  • Recrutement policier : La Gendarmerie royale du Canada (GRC) et plusieurs services de police municipaux ou provinciaux font passer le test polygraphique. Ce test est préalable à l’emploi à leurs candidats. On y vérifie des éléments du passé (consommation de drogues, actes criminels non détectés, etc.).

Utilisation du polygraphe dans le secteur privé et en droit du travail

  • Règles d’embauche privées : Dans plusieurs provinces (notamment au Québec et en Ontario), imposer un test de polygraphe à un employé ou à un candidat à un emploi peut enfreindre les chartes des droits et libertés (droit à la vie privée, protection contre l’auto-incrimination).
  • Consentement strict : Une entreprise privée ne peut contraindre un employé à subir ce test. Si un employeur privé y a recours lors d’une enquête interne (par exemple, un vol majeur), cela doit se faire avec le consentement explicite et écrit de l’employé. La valeur administrative des résultats demeure très limitée devant un grief syndical ou un tribunal du travail.

Quelques faits sur le polygraphe

Le polygraphe — souvent appelé à tort « détecteur de mensonges » — existe depuis plus d’un siècle. Il a été inventé en 1921 par John Augustus Larson, un officier du département de police de Berkeley, en Californie.

Depuis lors, le polygraphe a acquis un statut quasi iconique et semi-mystique, celui d’un appareil capable de percer la tromperie pour révéler la vérité absolue. Cette idée du « détecteur de mensonges » a été renforcée dans d’innombrables films, de Basic Instinct à Mon beau-père et moi (Meet the Parents).

Mais dès les années 1920, le polygraphe suscitait déjà des doutes — y compris chez Larson lui-même, qui avait constaté un taux d’erreur alarmant et s’inquiétait de plus en plus de son utilisation officielle par les forces de l’ordre. Jusqu’à ce jour, la communauté scientifique s’interroge fortement sur l’efficacité réelle des polygraphes et sur la question de savoir si l’on peut s’y fier comme indicateurs précis de la vérité et du mensonge.

Comment fonctionnent les tests polygraphiques ?

Les appareils polygraphiques ne détectent pas directement les mensonges. Ils enregistrent plutôt simultanément plusieurs indicateurs physiologiques, notamment la pression artérielle, le pouls, le rythme respiratoire, la transpiration et la conductivité cutanée — des réponses physiologiques qui sont généralement involontaires.

Pendant le test, l’examinateur pose une série de questions, généralement une combinaison de questions de contrôle conçues pour établir des réponses de référence (de base) et de questions directement liées à l’affaire étudiée. Le sujet est équipé de plusieurs capteurs destinés à mesurer ses réponses corporelles, lesquelles sont ensuite enregistrées sur du papier millimétré, offrant ainsi une représentation visuelle de son état physiologique.

La théorie fondamentale sous-jacente au polygraphe est assez simple : lorsque les gens mentent, ils subissent un stress psychologique qui se traduit par des modifications physiologiques mesurables. Par exemple, une personne peut respirer plus rapidement, transpirer plus abondamment ou avoir un rythme cardiaque élevé lorsqu’elle ment sur des détails potentiellement incriminants. On mesure et con compare ces variations aux réponses de référence d’un sujet disant la vérité. Puis l’examinateur analyse les réponses pour déterminer — en théorie, du moins — si le sujet a été sincère ou malhonnête.

Quelle est l’exactitude de ces tests ?

L’un des problèmes fondamentaux des tests polygraphiques est l’absence de signature physiologique propre au mensonge. Selon l’Association américaine de psychologie (APA), « Rien ne prouve qu’un modèle de réactions physiologiques soit propre à la tromperie. Une personne honnête peut être nerveuse lorsqu’elle répond avec sincérité, et une personne malhonnête peut ne ressentir aucune anxiété. »

Notre corps peut réagir au stress, à l’anxiété, à la peur et même à l’effort cognitif de manière similaire, que nous soyons trompeurs ou non. Par exemple, une personne innocente terrifiée à l’idée de souffrir une accusation à tort pourrait afficher les mêmes réponses physiologiques qu’une personne coupable cherchant à dissimuler la vérité.

Les partisans du test polygraphique citent souvent des études suggérant que les polygraphes sont fiables dans 80 % à 90 % des cas. Cependant, beaucoup de ces études ont impliqué des personnes mentant sur des événements clairement définis dans le cadre d’expériences contrôlées.

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Une étude réalisée en 2008 par le département de psychologie de l’éducation de l’Université de l’Utah a, par exemple, recruté 120 personnes au sein de la population générale. Ces personnes ont participé à une simulation de crime. Au cours de cette simulation elles ont passé des tests au polygraphe. On a classé alors correctement 86 % des participants innocents et 93 % des participants coupables. Mais dans des conditions réelles, il est probable que les polygraphes se montrent nettement moins précis, en particulier si l’on prend en compte les faux positifs.

Les chercheurs ont découvert que les tests polygraphiques produisent plus de faux positifs (des personnes innocentes échouant à tort) que de faux négatifs (des personnes coupables réussissant à tort). Une compilation d’études de terrain a suggéré que le taux de faux positifs d’innocents identifiés comme trompeurs lors d’un test polygraphique atteignait 19 %.

D’autres facteurs entrent également en jeu concernant la validité des résultats d’un polygraphe. Certaines techniques — allant de la respiration contrôlée au fait de se forcer à se sentir contrarié ou confus — peuvent aider des personnes à réussir le test, même lorsqu’elles mentent.

De plus, la compétence de l’examinateur peut influencer l’efficacité et la validité des résultats : un examinateur expérimenté peut repérer des tentatives de déjouer le test qu’un novice pourrait manquer. C’est en raison de ces diverses limites que l’Association américaine de psychologie affirme : « La plupart des psychologues et autres scientifiques s’accordent à dire que la validité des tests polygraphiques repose sur bien peu de fondements. »

Pour en apprendre plus :

Illustration : Une femme passe un test de polygraphe. Image gréée par IA Gemini.

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