Québec psychologique

Mutité

Mutité

Mutité (Audi-mutité et surdi-mutité) en psychiatrie

Il y a mutité lorsqu’il a impossibilité réelle pour un sujet de parler par insuffisance de développement ou destruction des centres et des organes servant au langage oral, à sa réception et à son expression.

On peut distinguer les mutités de l’enfance, celles de l’adulte et celles du vieillard.

1. Mutités de l’enfance. – Deux cas sont possibles :

1) La mutité existe sans surdité (audimutité) ;

2) La mutité est associée à la surdité et peut en être la conséquence (surdimutité).

– Audi-mutité. – Insuffisance ou retard notables du langage parlé chez de jeunes sujets ayant, par ailleurs, une audition normale et une intelligence suffisante. Ces sujets sont aussi désignés quelquefois sous le nom d’« entendants-muets ».

Jacques Ley, qui a bien étudié ces retards de développement du langage, a souligné le rôle important des fonctions gnosiques et praxiques dans l’intégration de la fonction du langage parlé et montré que si dans l’audi-mutité le déficit primaire porte sur le langage oral, il le déborde largement et se trouve escorté d’autres manifestations de la série gnosique ou praxique (v. Langage). Il en distingue deux variétés :

a) Celle qui est commandée par une agnosie auditive qu’il appelle « agnosie auditive d’évolution », se manifestant par d’autres agnosies auditives pour les sons différenciés (sons musicaux et bruits significatifs). Ces cas sont relativement rares, contestés même par certains auteurs (J. Froment) ; l’emploi de tests non verbaux montre une intelligence à peu près normale, mais l’impossibilité de procéder à des abstractions.

b) Une audi-mutité en rapport avec d’autres insuffisances praxiques, rencontrée chez des débiles moteurs atteints de paratonies, de syncinésies, d’incoordination, de maladresse, etc. ; il les appelle des « protopraxies » pour souligner leur caractère de praxies rudimentaires. Les rudiments du langage diffèrent dans les deux cas ; ce sont des sons généralement informes dans le premier ; dans le second, au contraire, des phonèmes et des syllabes reproduisant ce que l’enfant perçoit dans son entourage ; mais il est dans l’impossibilité de coordonner et d’enchaîner ces syllabes correctement.

On a signalé aussi des audi-mutités électives pour certains sons, d’autres par surdité partielle, d’autres enfin par inhibition psychique névropathique.

Un fait curieux et inexpliqué, c’est la prépondérance manifeste dans le sexe masculin. On a signalé quelquefois son caractère familial et héréditaire. Il semble s’agir, dans les autres cas, soit d’agénésies intéressant spécialement les systèmes préposés aux gnosies ou aux praxies, soit de séquelles de lésions fœtales.

Il y a intérêt à déceler le plus tôt possible l’audi-mutité chez l’enfant, mais en se rappelant qu’il est de simples retards du langage au-dessous de 3-4 ans, qui se rattrapent spontanément. Tous les procédés d’éducation praxique des organes du langage, toutes les techniques de démutisation doivent être mis en jeu et donnent très souvent des améliorations.

– Surdi-mutité. – Dans la surdi-mutité congénitale, on connaît le rôle important d’une hérédité similaire et de la consanguinité, celui de l’hérédo-syphilis et de l’alcoolisme des parents. A côté de ces cas congénitaux, il y a des surdi-mutités ou des mutités simples acquises dans la première enfance, soit à la suite d’un traumatisme obsétrical ou d’une infection locale (otite double), soit à la suite d’un processus encéphalopatique ou méningé, ou même d’une infection générale.

Souvent pure et isolée, la surdi-mutité des enfants peut – dans quelques cas – être associée à des convulsions ou à d’autres tares neurologiques, parfois à de la cécité avec rétinite pigmentaire. Des tares mentales peuvent aussi s’y associer, qu’il faudra savoir détecter le plus tôt possible de façon à mesurer les possibilités éducatives. Mais assez souvent les capacités intellectuelles sont pratiquement normales.

Au point de vue évolutif, certaines mutités restent totales pendant toute l’existence ; d’autres sont susceptibles d’amélioration.

Enfin, il faut savoir qu’il y a quelques cas de mutité régressive par désintégration pathologique de la fonction du langage parlé (v. Langage). L’affectivité est généralement bien développée, elle parait parfois même exagérée dans ses expressions, le jeune muet n’ayant le plus souvent que sa mimique pour traduire ses sentiments.

Au point de vue caractère. Certains muets et sourds-muets sont très sociables et très expansifs ; d’autres, plutôt timides, présentent volontiers un complexe d’infériorité, surtout quand ils n’ont pas bénéficié de l’instruction et du milieu spéciaux qui leur sont offerts. Aussi y a-t-il intérêt à se préoccuper le plus tôt possible de leur instruction et de leur éducation.

– Assistance rééducation des enfants muets et sourds-muets. – L’assistance aux muets et sourds-muets et les méthodes d’instruction qui leur sont réservées possèdent des ressources qui ont été bien développées en ces dernières années dans des établissements spécialisées. Autrefois, on n’utilisait que la dactylogie, laquelle consiste à exprimer les lettres par des signes digitaux.

La mimique réalise un mode d’expression assez rapide pour conserver dans l’enseignement des sourds muets une place importante. Actuellement, on la complète par la démutisation que vient aider, dans une notable mesure, l’appréciation des restes d’audition. La méthode préparatoire à cet enseignement comprend principalement la culture simultanée de l’attention, des organes des sens, des organes de la respiration et de la phonation. On passe ensuite à la rééducation praxique par une gymnastique imitative portant sur les mouvements du maxillaire, de la glotte, des lèvres, de la langue, du voile du palais, sous le contrôle de la vue et du toucher.

La lecture sur les lèvres est une forme d’enseignement qui exige un long perfectionnement.

On renforce ces moyens d’éducation par l’utilisation des appareils sonores : T.S.F., phonographes, cinéma, etc. Ces méthodes préparatoires que l’on pourra commencer vers l’âge de 5 ou 6 ans seront suivies ensuite de l’éducation scolaire proprement dite.

III. Mutités de l’adulte et du vieillard. – Elles se résument, dans la pratique, aux différentes formes de l’aphasie et surtout de l’anarthrie de Pierre Marie (v. ces mots).

Ajoutons-y cependant la période avancée des paralysies bulbaires où les organes de la phonation sont devenus impuissants et aussi le cas des paralysies pseudo-bulbaires.

Tous les états lacunaires du vieillard aboutissent généralement à la suppression pratique du langage, laquelle s’intègre très souvent dans un déficit global de toutes les factultés entraînant un véritable état de démence.

Dans tous ces cas, l’étude du fond mental et la recherche des signes neurologiques s’imposent.

III. Considérations médico-légales. – Il peut se produire parfois chez certains sourds-muets des réactions médico-légales qui sont d’une estimation délicate ; il faut prendre en considération en pareil cas certaines tendances caractérielles surajoutées ; le caractère ombrageux et l’irritabilité ; handicapés au point de vue d’une discussion possible, ils passent facilement à la riposte. Emmurés dans leur infirmité, ils ont des instincts et des réflexes de solitaires, simples, brusques, qui les rendent souvent d’une sociabilité ombrageuse et difficile. De tels sujets ne peuvent se défendre par les arguments du langage, même quand ils ont une intelligence moyenne, ni recevoir les correctif ou les explications échangées au cours d’une discussion verbale, et passent de suite, lors d’un heurt ou d’un conflit, à la riposte par arguments « frappants ». Nous avons eu deux fois à expertiser de tels cas (Congrès des Al. et Neurol. Belges, Liège, 1930). Une atténuation de responsabilité est légitime en pareil cas.

Ant. Porot.

Il sentit son coeur battre avec violence lorsqu'il foula le sol; il semblait le tâter du pied, comme fait un architecte d'une maison dont il éprouve la solidité. (Jules Verne De la Terre à la Lune). Photo par Megan Jorgensen.
Il sentit son coeur battre avec violence lorsqu’il foula le sol; il semblait le tâter du pied, comme fait un architecte d’une maison dont il éprouve la solidité. (Jules Verne De la Terre à la Lune). Photo par Megan Jorgensen.

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