Québec psychologique

Médecine psychosomatique

Médecine psychosomatique

Médecine psychosomatique

Conception pathogénique et doctrinale tendant à faire jouer aux influences psychiques un rôle important dans le déterminisme de nombreux troubles fonctionnels et même de certaines maladies organiques.

Cette doctrine, très développée en Amérique dans ces dernières années, n’est pas une découverte nouvelle car, de tout temps, depuis Hypocrite, Galien, on a admis l’influence du moral sur le physique et il suffit à cet égard de rappeler, comme l’a fait E. Minkowski, la part considérable que les aliénistes de la première moitié du XIXe siècle attachaient aux causes morales en pathologie. Mais la doctrine psychosomatique doit beaucoup à certaines découvertes physiologiques comme celles de Pavlov sur les réflexes conditionnels, de Cannon sur le rôle des émotions et les répercussions sur les sécrétions salivaires, endocriniennes et sur les métabolismes; elle doit aussi beaucoup au développement des études psychologiques en profondeur auxquelles se sont livrés psychiatres et psychanalystes. En faveur de cette doctrine, plaide aussi le fait que nous n’opposons plus aujourd’hui l’organique et le fonctionnel, mais admettons que la répétition du désordre fonctionnel peut entraîner secondairement la lésion qui fixe alors et stabilise à son tour, de façon irréversible, les premiers symptômes.

Le système neurovégétatif dont les voies et les centres s’échelonnent de l’écorce au grand carrefour diencéphalique (cerveau neurovégétatif), au bulbe et à la moelle, et dont les ramifications se poursuivent jusqu’aux extrémités vasculaires dans l’intimité des tissus, est le lien structural entre la sphère psychique et la sphère somatique ; il commande notre vie instinctivo-affective comme il règle le régime circulatoire et métabolique des tissus, en bref toute notre vie végétative. On conçoit donc aisément les connexions qui peuvent s’établir entre le psychique et le somatique.

La médecine psychosomatique a demandé à la psychanalyse l’étude des réactions affectives de l’individu. Des états psychonévrosiques et anxieux dus à des conflits affectifs lointains poursuivent sournoisement leur action sur le système neurovégétatif et, par la répétition de leurs décharges émotives, finissent par créer les perturbations sécrétoires de l’estomac aboutissant à l’ulcus gastrique. Cushing et d’autres auteurs (Wolf) avaient déjà démontré l’origine sous-corticale de cette lésion ; des psychosomaticiens ont réuni un certain nombre de ces d’hypertension artérielle sans atteinte rénale dus à ce mécanisme des à-coups émotifs répétés et prolongés.

De même, cette études de la personnalité psychique a révélé les mêmes oscillations affectives dans de nombreuses maladies dites allergiques : urticaire, asthme, migraine, spasmes, colites, dysménorrhées, diabète, Basedow, etc. Chez l’enfant et l’adolescent, le caractère psychosomatique de certains désordres, comme l’énurésie, l’anorexie dite mentale des jeunes filles, semble bien établi (v. plus loin). Il n’est guère de chapitre de la pathologie somatique qui n’ait été rendu tributaire du mécanisme psychosomatique.

J. Delay a insisté sur l’intérêt qu’il y aurait à établir des graphiques et des schémas soulignant le parallélisme souvent frappant entre les oscillations de la vie affective et sociale et celles de l’état somatique d’un sujet.

Targowla a fait remarquer que des faits cliniques revendiqués par la médecine psychosomatique n’étaient autres que ceux qui étaient présentés autrefois sous le vocable d’hystérie par les cliniciens d’avant Babinski.

Mais il ne s’agit pas que d’une différence d’étiquette ; s’ils ont pu être regroupés et représentés à nouveau, c’est grâce aux apports fournis depuis, d’une part, par la psychanalyse qui nous a révélé les mécanismes psychogénétiques et, d’autre part, par la physiologie moderne et spécialement la neurophysiologie qui a éclairé le mécanisme neurovégétatif de bien des perturbations sur le plan somatique.

Hesnard a dénoncé et souligné ce qu’il a appelé l’ «équivoque psychosomatique » et montré qu’il convenait, sur le terrain pratique, de distinguer deux secteurs différents par leurs mécanismes psychopathologiques :

– Celui des innombrables manifestations de la conversion dans l’hystérie, dans le domaine de la vie de relation comme dans le domaine sensoriel et le domaine viscéral; 2. – Celui de la réponse neurovégétative des anxieux à anxiété dissimulée dont la névrose se projette parfois, pour sa plus grande part, dans la sphère vagosympathique : faux cardiaques, faux gastriques et intestinaux, etc.

Beaucoup de ces affections fonctionnelles viscérales constituent la clientèle de cabinet ou de services non spécialisés dans la psychiatrie et aboutissent à des thérapeutiques médicamenteuses ou chirurgicales, le plus souvent décevantes, alors que l’intervention d’un psychiatre ou d’un psychanalyste pourrait les faire remonter à leur véritable origine et expliquer leur vraie nature. Il faut donc savoir à temps désincarner en quelque sorte ce syndrome somatique par une psychothérapie de préférence psychanalytique opportune ou une subnarcose qui libèrent définitivement le sujet de ces désordres psychosomatiques (v. Psychothérapie).

La médecine psychosomatique vise à une synthèse originale sachant reconnaître la causalité multiple des phénomènes morbides; elle étudie l’homme malade comme un tout biologique, dans ses multiples inter-réactions psychosomatiques.

Dans son rapport au Congrès des Médecins aliénistes et neurologistes (Pau, 1953), Montassut fait remarquer que bon nombre d’observations publiées sous la rubrique psychosomatique reposent beaucoup plus sur de simples coïncidences de troubles psychiques et somatiques que sur l’étude de leurs corrélations ou subordinations intimes. Il a surtout insisté sur la nécessité de centraliser entre les mains du psychiatre, seul qualifié pour cette synthèse et ses conséquences thérapeutiques toutes les données fournies par les différentes disciplines ou recherches que mettent en jeu de tels états. La médecine psychosomatique, dit-il, n’est pas une forme spéciale de médecine, de psychiatrie ou de psychanalyse. Elle est surtout une vaste conception de l’homme, mobilisant un grand nombre de ces disciplines particulières.

De son côté, Minkowski a fait remarquer que la médecine psychosomatique ne pourra sauvegarder l’originalité de sa position qu’en se défendant d’une part contre l’emprise exercée par le psychogénétisme psychanalytique qui ne voit que l’aspect névrotique des situations, et, d’autre part, en se différenciant nettement d’avec des conceptions psychophysiologiques étendues elles aussi à outrance, comme le pavlovisme.

Manifestations psychosomatiques chez l’enfant. – On soupçonnait certaines manifestations chez l’enfant, comme l’énurésie, certaines formes d’asthme, ou chez l’adolescent, comme l’anorexie mentale, d’avoir une origine psychosomatique. Le problème a été reprise par Michaux et Mme Juredieu (Le Sud médical et chirurgical, 30 avril 1953).

Ces auteurs classent les manifestations psychosomatiques de l’enfance en 5 groupes principaux :

  1. Réactions psychomotrices, telles que convulsions non comitiales, tics ou phénomènes déficitaires, paralysies, mutisme. Le bégaiement est considéré comme syndrome tonique et clonique plutôt que phénomène d’inhibition ;
  2. Réactions psychohypniques : terreurs nocturnes ou somnambulisme, en dehors de toute étiologie organique ;
  3. Réactions bio-affectives : caprices de l’alimentation, énurésie, encoprésie ;
  4. Troubles génitaux : onanisme ;
  5. D’autres affections psychosomatiques telles que l’ulcère gastro-duodénal et l’hypertension artérielle, rares chez l’enfant, et surtout l’asthme par contre très fréquent, ainsi que certains cas d’eczéma des nourrissons (de Graciansky et Stern, Semaine des hôpitaux, 20 juin 1955).

Au sujet de la genèse de ces troubles et de leur formule localisatrice, les auteurs rappellent le dualisme des conceptions habituellement rencontrées :

  • Les unes, avec P. Janet, insistent sur l’aspect psychologique des troubles et en recherchent avant tout le symbolisme.
  • Les autres, concrétisées par les théories de Pavlov, sont davantage orientées sur l’aspect psychologique, tout en respectant la psychogénèse.

Pour leur part, Michaux et Mlle Juredieu insistent sur l’importance de facteurs de localisation, insuffisances fonctionnelles congénitales ou acquises, dénommées « méiopragies d’appel » (L. Michaux, Congrès de Pédiatrie, Alger, 1951).

Mais ils n’excluent pas sa possibilité d’intervention du symbolisme pour d’autres cas et se refusent à adopter une attitude dogmatique.

Ant. Porot.

Projection

Terme employé parfois en psychiatrie pour désigner le mécanisme par lequel un sujet se libère de certaines situations affectives pénibles ou intolérable en projetant au dehors sur des sujets ses propres sentiments ou en construisant un délire organisé sur des thèmes relatifs à ses conflits affectifs. Une femme sexuellement insatisfaite transformera son inassouvissement en une persécution amoureuse dont elle se dit l’objet.

Le mot de projection sert aussi à désigner un certain groupe de tests destinés à provoquer l’extériorisation des tendances caractérielles de certains sujets (v. tests de personnalité).

Variété de femmes : il faut voir avec quelle mélancolie elle avale un pot de confitures.Jules Renard. Journal de Jules Renard 1887-1892 (Photo de Megan Jorgensen).
Variété de femmes : il faut voir avec quelle mélancolie elle avale un pot de confitures.Jules Renard. Journal de Jules Renard 1887-1892 (Photo de Megan Jorgensen).

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