Québec psychologique

Inversion sexuelle, transvestisme

Inversion sexuelle, transvestisme

Inversion sexuelle (uranisme, saphisme) en psychiatrie. Transvestisme, transvestiment

L’inversion sexuelle (on dit aussi parfois l’interversion) est une anomalie psychique, qui fait renier à un individu le sexe que lui assignent ses caractères physiques pour conformer ses comportements à ceux du sexe anatomiquement contraire.

Les invertis masculins sont les uranistes. La première description de l’uranisme est attribuée à un haut fonctionnaire hanovrien Ulrich, qui a raconté sa propre histoire sous le pseudonyme de Kuma Numantius et dépeint (sous le nom d’urninge) « l’organisation qui emprisonnait une âme de femme dans un corps masculin ».

Les inverties sont les Sophistes, du nom de Sapho, la célèbre poétesse et musicienne de Lesbos qui se fit l’apologiste (en le défendant au moins sur le plan affectif) de l’amour entre femmes. Les adeptes de Sapho se détournent des hommes dont la grossièreté provoque leur répugnance sexuelle et se recherchent entre elles par une sorte de transfert narcissique.

L’inversion sexuelle a été bien étudiée par Havelock Ellis, Kraft Ebing, Legrand du Saule, Sérieux, Gilbert Ballet.

L’anomalie peut être purement mentale. Elle apparaît en général dès l’enfance et signale dans le choix des jeux. Plus tard, l’individu conforme au sexe qu’il adapte à ses goûts, son allure, sa conduite et parfois jusqu’au vêtement (v. Transvestisme).

L’Uraniste, dédaignant les occupations viriles, s’occupe de travaux féminins, sent en femme, et comme un malade de Magnan, « étonne les dames de le voir si bien juger de plus ou moins de bon goût de leurs toilettes et de l’entendre parler de ces choses comme s’il était femme lui-même ». Il aime les parures et les parfums.

À côté de l’uranisme classique, et dans son ombre pourrait-on dire, se développe actuellement, surtout outre-Atlantique (Vague), une curieuse psychose d’allure épidémique (Worden et Marsh, Bowman et Engle, de Savitsch) qui porte les hommes à réclamer une intervention chirurgicale castratrice dans le but de changer officiellement de sexe. Mais il semble que, si cette aberration mentale obsédante procède parfois d’un refus global de toute sexualité objective, elle traduise le plus souvent l’ambition narcissique de procurer à leurs auteurs les avantages qui s’attachent aux États-Unis à la condition sociale de la femme (attention flatteuse, égards, protection, etc.).

L’invertie féminine, à l’opposé, se complait à la chasse, comme Diane, ou dans l’exercice des responsabilités masculines.

Le plus souvent, la morphologie générale de l’inverti est normale, de même que sa conformation génitale.

Mais parfois quelque déviation des formes accompagne l’anomalie psychique. Les Gynandres (Kraft Ebing) ont des aspects virils, un bassin rétréci et des mamelles atrophiées. On atteint les confins de l’hermaphrodisme avec les femmes qui possèdent un clitoris exubérant « recouvert d’un large prépuce » (Wise).

Chez l’homme, plus rarement, on constate un habitus ambisexué on tendant vers la féminité par la disposition pileuse pubienne, la forme des hanches, le développement des seins, le timbre aigu de la voix. De tels cas soulèvent les problèmes de l’hermaphrodisme occulte. De récentes recherches de Neustadt et Meyerson ont montré, chez les invertis, l’abaissement fréquent (25 fois sur 29) du taux des hormones mâles et l’exagération de celui des hormones féminines dans les urines.

Mais l’évolution récente de nos connaissances sur la sexualité biologique n’autorise guère l’espoir d’expliquer physiologiquement l’inversion sexuelle.

On doit admettre aujourd’hui, en effet, que le sexe se présente sous trois aspects différents : un sexe génétique caractérisé par la chromatine des noyaux cellulaires (de la peau, des sédiments urinaires, des frottis des muqueuses), un sexe gonadique signé par la présence de cellules reproductrices dans les glandes génitales, enfin, un sexe phénotypique, basé sur la morphologie générale du sujet, mais surtout sur la conformation de ses organes copulateurs. On pourrait même parler d’un sexe hormonal (Hamblen). Diverses combinaisons existent entre ces données et rendent compte de la plupart des anomalies de la personnalité biologique sexuelle, le « normal » répondant à la concordance des trois ou quatre composantes ci-dessus dans le sens mâle ou femelle.

Encore faut-il tenir compte du sexe légal et davantage du sexe dit psychosexuel qui fait intervenir des conditionnements très complexes où l’éducation joue le rôle principal.

Ce qui n’est pas le moins troublant, c’est que dans l’homosexualité, contre toute attente, le sexe génétique correspond presque toujours au sexe gonadique et au phénotype (Lévy et coll. 1956).

Le comportement libidineux des invertis semble donc dépendre essentiellement de facteurs étrangers à leur constitution biologique. Aussi doit-on provisoirement s’en tenir aux cadres tracés d’après les observations cliniques.

Lorsque l’inversion sexuelle est complété et que le sujet y conforme sa conduite érotique dans le choix de ses partenaires, il se range parmi les homosexuels.

Mais le penchant érotique d’un sujet pour les individus de son sexe naturel peut n’être pas exclusif ; c’est alors Hermaphrodisme psychosexuel dont Arnaud a distingué trois degrés, le sujet pouvant copuler normalement selon son sexe réel tout en éprouvant une attraction anormale pour les individus du même sexe que lui, soit en général, soit seulement pour une catégorie ou bien l’un d’entre eux singulièrement.

Chez la femme, la distinction de tels états d’hermaphrodisme psychosexuel d’avec l’inversion simple est difficile à établir en raison du caractère fondamentalement passif de son rôle.

L’activité sociale des invertis peut se développer dans le domaine artistique et marquer celui-ci d’une empreinte exclusive, traduisant la recherche de l’évocation d’une émotion sexuelle déterminée (De Greeff), où l’on peut apercevoir une déviation fétichiste.

Diverses perversions peuvent se combiner avec la tendance uraniste (habituellement surtout platonique) et donner l’uranomsochisme, l’urano-sadisme, l’urano-fétichisme, etc.).

L’uraniste est fréquemment atteint d’obsessions portant sur d’autres objets que la sphère sexuelle (doutes, impulsions, phobies). Sa constitution est alors celle d’un psychasthénique insatisfait, qui éprouve douloureusement les effets de sa situation anormale, quels que soient les efforts de surcompensation qui lui suggère sa vanité.

Dans le domaine des psychoses, uranisme et saphisme sont capables d’inspirer des thèmes délirants érotomaniaques avec toutes leurs conséquences. Sur le plan des passions, ils exposent aux mêmes complications de l’amour que chez les sujets non invertis.

La question du traitement des invertis, le problème de leur mariage sont des plus délicats. Le médecin doit généralement s’abstenir de conseiller à ces sujets de se marier. Il ne fera sans doute pas d’objection sérieuse à un tel projet pour la femme, surtout s’il s’agit d’hermaphrodisme psychosexuel. Il devra recommander l’abstention chez l’homme à moins d’une transformation suffisante de la personnalité qui atteste mieux qu’une guérison temporaire, mais qui permettra d’escompter la fixation stable d’un comportement normal.

L’impuissance de l’inverti à l’égard de l’épouse est, en effet, le résultat trop constant d’une union consentie à la légère.

Ch. Bardenat.

Hermaphrodisme psychosexual

Il n’y a que des rapports d’homonymie relative entre l’hermaphrodisme psychosexual (v. Inversion sexuelle) qui se réfère à une attitude de l’individu dans ses relations érotiques et l’hermaphrodisme biologique (en vérité très rare), qui comporte de nombreuses variantes, mais groupe tous les cas où la différenciation morphologique et physiologique du sexe est indécise.

Les deux situations suivent exceptionnellement chez un même sujet un cours parallèle; en particulier, ce ne sont pas les sujets présentant des anomalies biologiques du sexe qui versent le plus volontiers dans l’homosexualité.

La marée populaire couvrira-t-elle le monde ?… (auteur inconnu). Photographie du défilé de la fierté à montréal. Photographie par Megan Jorgensen.
La marée populaire couvrira-t-elle le monde ?… (De L’auteur inconnu). Photographie du défilé de la fierté à montréal. Photographie par Megan Jorgensen.

Transvestisme

Le transvestisme ou travestisme (de l’allemand travestitimus) consiste dans l’adoption habituelle par un inverti des vêtements et généralement aussi des habitudes sociales du sexe opposé. Les auteurs américains, par extension, utilisent ce terme pour désigner l’inversion sexuelle.

Particulièrement bien étudié en Allemagne (Hirscheld), où les lois réprimaient l’homosexualité comme telle, le transvestisme a donné l’occasion aux psychiatres de se poser en défenseurs des maladies de la sexualité et a abouti pour ce pays à la création de centres de séjour et de traitement.

Le déguisement à caractère sexuel était déjà en faveur dans l’antiquité grecque et latine. Il a sévi dans l’histoire plus récente de l’Europe à certaines époques (XVIe et XVIIe siècles surtout), la plupart de ceux qui en usaient étant d’ailleurs plus souvent des « ambigus » (Vingeneux) que de complets invertis.

C’est probablement le cas du chevalier d’Eon dont le nom, devait être emprunté pour désigner le transvestisme masculin (éonisme) et dont l’histoire appartient peut-être moins à la psychiatrie qu’à la chronique anecdotique de son temps (G. Lenôtre).

Pour Havelock Ellis, le transvestisme représenterait le degré le plus léger de l’inversion sexuelle qu’il se contenterait de symboliser par la transposition vestimentaire. Il consacre une attitude toute de parade, de jeu évoluant dans le halo de la sexualité, confinant parfois à un certain exhibitionnisme, mais toujours très éloignée de l’érotisme physique de l’homosexualité. Les plus récentes études (J. Declay et coll., Burger-Prinz et coll., Tedeschi) montrent les difficultés de réduire la psychologie des travestis à des données simples. On y relève des tendances profondément intriquées à l’autophilie et à la revendication, au masochisme et à l’exhibition assorties de prétentions esthétiques. Ces sujets vivent d’illusions sur leur personnage, ont un sens critique mal développé.

Le transvestisme vrai est relativement rare. Il place le sujet dans des situations médicolégales qui peuvent devenir des plus délicates dans les états modernes où la personnalité est contrôlée à tout propos (état civil, passeports, service militaire par conscription, etc.) et susciter avec l’autorité administrative des difficultés inextricables (Gardien et Gardien Jourdheuil).

Il n’est cependant pas réprimé par les lois en tant que tel et comme délit.

Travestissement

Le travestissement consiste dans l’utilisation par un individu des vêtements qui distinguent ordinairement des personnages d’une condition sociale ou d’un sexe différents du sien.

Ce déguisement peut être adopté dans le but de cacher l’identité du sujet (cas de Savalette de Langues), ou de lui permettre la réalisation de certaines aspirations aventureuses. Les cas de Mme de Bennes (G. Lenôtre), de Marie Read, du chevalier d’Eon de Baumont, sont parmi les plus célèbres.

Ces éventualités appartiennent à la criminologie, à l’histoire ou à l’anecdote, rarement à la psychiatrie. Il en va de même du port illégal d’uniforme et de fraudes semblables commises par des escrocs ou quelques fanfarons.

Rappelons les effets de comique ou d’intrigue que le théâtre, la littérature tirent des travestis.

En pathologie mentale, le travestissement se rencontre dans divers ordres de faits.

Dans la mythomanie, la manie aiguë, il concrétise souvent l’activité de jeu ou l’ambition.

Dans certains délires chroniques, la paralysie générale, il souligne la transformation de la personnalité du malade.

Le passé et le présent laissent le souvenir de hauts personnages travestis. Travestissement. Photo par ElenaB.

Dans quelques états dépendant des anomalies sexuelles, apparentés parfois au fétichisme, le sujet, orienté dès l’enfance par des tendances héréditaires, soumis à des erreurs d’éducation, souffrant de complexe d’infériorité et peut-être de troubles endocriniens discrets, se laisse volontiers traiter comme un individu de sexe opposé et se pare des vêtements symbolisant ce sexe. Il se livre à ces parodies généralement à titre épisodique et plus ou moins en secret. D’autres fois, il en fait parade sous des prétextes de divertissement. Les exemples de l’abbé de Choisy, de Christine de Suède, de la Grande Catherine, entre autres, sont bien connus.

L’antiquité grecque, l’époque romaine décadente, ont laissé le souvenir de hauts personnages travestis.

Il s’agit, le plus souvent, de débauchés et de vaniteux, mais aussi parfois d’individus aux frontières de l’homosexualité que l’on a pu qualifier d’ambigus (Viceneux).

L’adoption élective et habituelle du déguisement à caractère sexuel est le transvestisme.

Ch. Bardenet.

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