Québec psychologique

Idées de persécution

Idées de persécution

Idées de persécution

Les idées de persécution sont de toutes les idées délirantes les plus fréquemment rencontrées en clinique. La persécution suppose toujours un degré plus ou moins accusé d’égocentricité; le sujet se plaint soit d’un préjudice moral porté à son honneur, à sa situation, soit d’un préjudice matériel frappant ses intérêts, sa fortune, soit d’une influence physique directe sur son corps ou ses organes, mêmes les plus intimes (électricité, rayons, brûlures, ondes), soit d’une influence inhibitrice ou excitatrice sur son esprit, le cours de ses pensées, l’orientation de ses sentiments, etc.

Les idées de persécution peuvent être secondaires ou primitives.

a) Dans le premier cas, elles sont commandées par des troubles de la cénesthésie (sensations anormales, étranges); soit par des illusions (interprétations erronées de certains faits ou de certains perceptions); soit très souvent par des hallucinations sensorielles, auditives principalement, gustatives, olfactives, plus rarement visuelles, etc. En ce cas, ce sont des « voix » qui menacent, insultent, dans d’autres cas, ce sont des hallucinations psychiques dues à un phénomène d’automatisme mental (v. ce mot); « on » a fait effraction dans son cerveau pour manœuvrer sa pensée, lui imposer des idées, le faire parler malgré lui, etc.

b) Dans le deuxième cas (idée de persécution primitive), ce sont les mécanismes de l’idée fixe prévalente, de l’intuition et de l’interprétation qui entrent en jeu (v. ces mots).

D’une façon générale, hallucinations et interprétations résument presque toute la genèse des idées de persécution. Mais il faut prendre surtout en considération la structure mentale du sujet : structure paranoïaque ou structure paranoïde, l’état du fond mental restant intact dans le premier cas, se dissociant et se désagrégeant dans le second. Un coefficient affectif s’y ajoute souvent : l’inquiétude et l’anxiété activent vivement les idées de persécution et peuvent même les créer; mais il en est cependant qui se constituent « à froid », pourrait-on dire. On trouvera au mot « Délire » les diverses théories et conceptions qui se sont attachées à expliquer la pathogénie des idées délirantes.

Persécution

C’est terrible se sentir poursuivie par quelqu’un. Illustration : GrandQuebec.com.

Les idées de persécution sont généralement centrées sur une idée ou un thème prévalent, et gardent de ce fait une certaine cohérence, mais elles peuvent être parfois absurdes. incohérentes, multiples et désordonnées. Tout cela dépend du fond mental sur lequel elles surgissent (débilité, démence)é C’est pourquoi la systématisation des idées de persécution revêt une grande importance en clinique, comme nous verrons. Rogues de Fursac avait souligné ce fait que, de toutes les idées délirantes, celles de persécution, avaient les tendances les plus systématiques et aussi les plus irréductibles et les plus évolutives.

Aux idées de persécution peuvent s’associer d’autres idées délirantes (grandeur). Le sujet est persécuté en raison de sa supériorité (par haine, envie ou jalousie); ou bien les souffrances qu’on lui fait endurer sont méritées (auto-accusation et expiation des mélancoliques).

Il est important de faire préciser au persécuté l’origine de ce qu’il endure, les raisons qu’on a de lui en vouloir et surtout l’auteur ou les auteurs de ces persécutions. Le malade passera parfois d’un simple soupçon, sans précision de nom (« on »), à l’affirmation péremptoire, à la désignation précise de l’auteur des persécutions (« il »), concernant telle ou telle personne, tel ou tel parti politique, tel ou tel groupement, telle ou telle secte religieuse.

Comme l’a fait remarquer Binswanger, la contrainte insupportable d’une impression diffuse de menace et de danger est atténuée par la personnification des persécuteurs contre lesquels le malade a le sentiment de pouvoir au moins se défendre.

Le comportement et les réactions aux idées de persécution sont variables : parfois le sujet subit passivement et dans la résignation les indiscrétions et les agressions dont il est victime; il se livre à des moyens de défense singuliers (claustration, verrouillage des portes, accoutrements bizarres, bouchons dans les oreilles, etc.). Mais, le plus souvent, il se met en garde, devient sombre, hostile, et entreprend sa défense, soit par invectives et menaces à ses prétendus persécuteurs, soit par plaintes aux autorités policières, administratives ou judiciaires; souvent aussi, il se défend et se fait justice lui-même et peut devenir très dangereux. La persécution passive est devenue une persécution active; le persécuté devient un persécuteur qui s’acharne sur ses ennemis (persécutés -persécuteurs de Lasègue-Falret). Très souvent, le persécute devient méfiant, hostile et réticent et parfois il devient difficile d’énucléer son délire; si c’est un halluciné, certaines attitudes, certains gestes conjuratoires, certains marmottements trahiront l’activité psychosensorielle; si c’est un paranoïaque son regard hautain, certaines phrases caractéristiques : « Vous le savez mieux que moi », « Tout le monde le sait » révèleront le trouble délirant.

L’état affectif sous-jacent (hyperémotivité, raptus anxieux hallucinatoire), comme aussi la disposition paranoïaque du sujet, sont les grands leviers de ces réactions dangereuses.

Valeur séméiologique. Revue clinique. – Les idées de persécution se rencontrent dans des circonstances pathologiques très diverses ; les unes sont épisodiques, transitoires et secondaires; les autres s’organisent en délires systématisés de persécution, toujours extensifs et souvent évolutifs.

A) Idées de persécution transitoires ou secondaires

1) Elles peuvent être une manifestation aiguë de l’hyperémotivité accidentelle ou constitutionnelle. Certains psychasthéniques peuvent voir leurs tendances obsessionnelles se formuler en thèmes de persécution ; les grandes surprises émotives, les angoisses intenses, soutenues et prolongées (angoisses de guerre), peuvent donner des états réactionnels d’angoisse et de terreur dans lesquels les idées de poursuite et de persécution dominent la scène.

2) Tous les états oniriques et hallucinatoire aigus peuvent déclencher les mêmes réactions et provoquer des raptus de fuite, de fugue souvent dangereux; c’est le cas de certaines tremens et des psychoses subaiguës de l’alcoolisme. Mais après sédation des phénomènes tumultueux de la phase aiguë, on peut voir se développer les thèmes de persécution, greffés sur des idées fixes postoniriques : si quelques-uns s’évanouissent rapidement, d’autres vont se poursuivre de long mois et parfois des années; le délire de persécution des alcooliques en est le plus bel exemple.

3) Certains processus encéphalopathiques aboutissant à un degré plus ou moins marqué de dissolution mentale peuvent libérer des systèmes délirants de persécution, mais souvent fragmentaires, d’une cohérence incomplète, parfois même absurdes, comme chez certains paralytiques généraux; toutefois à sa période initiale, cette maladie peut jeter quelques idées de persécution au travers des idées de grandeur. À sa phase de stabilisation, après paludothérapie, on a vu se fixer certains délires systématisés, souvent à formule paranoïde.

4) Dans la démence sénile, avant tout gros affaiblissement intellectuel, on voit souvent apparaître un délire de préjudice et de persécution à l’égard de la famille et de l’entourage, assez caractéristique. Plus tard, il se désagrège dans la démence envahissante, mais garde encore parfois des éléments vigoureux, quoique absurdes.

5) Dans les états déficitaires juvéniles (démence précoce, schizophrénie), on verra parfois des idées délirantes de persécution s’organiser en thèmes plus ou moins systématisés (méfiance à l’égard de l’entourage, accusations injustifiées); le sujet, replie sur lui-même, ne livre pas facilement son secret, est réticent. Certains comportements catatoniques ont pour mobile profond une idée de persécutions qu’il n’est pas toujours aisé de détecter et qui peut donner naissance à des manifestations explosives inattendues.

D’autres versent souvent en peu d’années dans un état de démence délirante où les thèmes de persécution sont fragmentés, disloqués, entremêlés d’idées de grandeur, le tout franchement incohérent (délire et démence paranoïdes).

Certaines bouffées délirantes transitoires ont également le type polymorphe, mais toujours assez riche en idées de persécution (v. Schizophrénie, Paranoïde, Bouffées délirantes). Quand la systématisation est plus marquée, à début brusque mais à évolution régressive, on assiste à ce que certains auteurs appelaient autrefois la « paranoïa aiguë » ou le « délire d’emblée ».

Persécution

Persécution c’est comme un lac profond et noir. Photo de GrandQuebec.com.

B) Les délires systématisés de persécution

Ils tiennent une grande place dans la pathologie mentale de l’adulte et répondent à des types divers.

D’une façon générale, on peut les grouper en trois types principaux étudiés par ailleurs :

1) Les délires de persécution systématisés progressifs à base hallucinatoire (v. Psychoses hallucinatoires chroniques). Ce type de persécuté est incontestablement un des plus dangereux à cause des raptus hallucinatoires ou anxieux qui peuvent surgir et provoquer des réactions tragiques. L’internement s’impose presque toujours.

2) Les délires de persécution à base d’interprétation pure tels que les ont bien décrits Sérieux et Cargras dans leurs Folies raisonnables (v. Interprétation délirante, Délire d’interprétation). – Ces persécutés interprétateurs sont parfois fatigants pour leur entourage, ont une vie personnelle torturée, mais gardent une vigueur intellectuelle qui ne connaît guère d’affaiblissement : s’ils accusent leur tourments au médecin, aux autorités, ils nourrissent rarement des idées de vengeance et il est exceptionnel qu’ils passent à des réactions agressives.

3) Les délires systématisés de persécution à idée prévalente des paranoïaques (v. paranoïa, revendication). Ces paranoïaques, s’ils se croient persécutés, sont avant tout des persécuteurs qui poursuivent avec acharnement leurs revendications et leur carrière de redresseurs de torts ; ils sont d’une grande nocivité sociale et leur internement donne souvent lieu à des histoires de séquestrations prétendues arbitraires (V. Séquestration).

Ant. Porot

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