Québec psychologique

Fureur

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Fureur

Degré extrême de l’agitation coléreuse. L’état de fureur s’accompagne toujours d’une obnubilation intellectuelle marquée qui, tantôt le précède et en favorise l’apparition (fureur survenant au cours d’une confusion mentale), tantôt paraît en être la conséquence, comme si l’exaltation affective submergeait les fonctions de l’intelligence (jureur des états passionnels).

Dans l’un et l’autre cas, le furieux perd le contrôle de ses actes et l’on peut le voir s’adonner aux pires violences contre les objets (vandalisme), contre les individus, contre lui-même. C’est le type même de la colère « aveugle ».

Les forces physiques, qui paraissent découplées, sont mises su service d’une agressivité sans train : tantôt le malade hurle et vocifère, s’agite de façon plus ou moins désordonnée; tantôt il semble se concentrer en lui-même et fait preuve, dans son activité clastique, d’une sûreté et d’une précision effrayante.

La fureur s’accompagne toujours de manifestations somatiques et principalement de troubles neurovégétatifs : vasodilatation périphérique (visage congestionné) accélération du pouls et de la respiration, exagération des sécrétions (sueurs, écume aux lèvres), horripilation, mydriase.

Les états de fureur peuvent être se rencontrer au cours des psychopathies les plus diverses, sous forme de bouffées, dont la durée excède rarement quelques heures, mais qui, le plus souvent, ont tendance à se répéter, déclenchées par des incidents parfois minimes (contrariétés, provocation, contagion due au voisinage de malades agités), ou en l’absence de tout cause provocatrice apparente. On observe en particulier ces paroxysmes :

1. Chez de grands arriérés intellectuels (idiots, imbéciles); ils rendent alors impossible le séjour de ces sujets dans leurs familles ou dans des hospices de chroniques et l’on doit les interner.

2. Chez les déséquilibrés les plus profondément atteints que l’on doit également parfois, pour cette raison, conserver indéfiniment dans les hôpitaux psychiatriques.

Fureur

“Dans cet univers plein de bruit et de fureur, c’est le bruit des uns qui provoque la fureur des autres.” (Jean Racine, Iphigénie). Photo de GrandQuebec.com

3. Chez les épileptiques, soit qu’ils fassent figure, comme chez les déséquilibrés, de manifestations caractérielles, correspondant alors au pôle explosif de la constitution épileptoïde (Fr. Minkowska), soit qu’ils représentent les paroxysmes psychiatriques de l’épilepsie, à base confusionnelle, se substituant à un paroxysme convulsif lui faisant suite ou parfois même le précédant. La fureur épileptique est parmi les plus violentes et les plus dangereuses que l’on connaisse en pathologie mentale.

4. Chez les confus et en particulier dans les confusions mentales d’origine toxique, soit qu’il s’agisse d’intoxications aiguës (ivresse alcoolique, cannabique, cocaïnique, éthérique), soit que l’on ait affaire à des accidents suraigus du type delirium tremens. Dans tous ces cas, à l’agitation coléreuse s’ajoute souvent une anxiété qui peut même dominer le tableau.

5. Chez les maniaques, lorsque la colère et l’instabilité l’emportent sur l’euphorie. La fureur est alors souvent très passagère et généralement moins violente que dans les cas précédents.

6. Chez les catatoniques, bien que, le plus souvent, on observe chez eux des impulsions isolées plutôt que de véritables accès de fureur.

7. On donne quelques fois le nom de fureur sexuelle à un état d’excitation érotique qui veut s’assouvir à tout prix, même par la violence.

Quels que soient le contexte clinique et la cause déclenchante, l’êtat de fureur impose l’isolement du malade. Les moyens de contention doivent être évités dans toute la mesure du possible, mais ou aura souvent recours aux injonctions intraveineuses (ou, en cas de l’impossibilité, intramusculaires) de produits barbituriques à diffusion rapide (nesdonal, amytal sodique, nembutal) ou de réserpine. On peut également recourir aux électrochocs, qu’il est parfois nécessaire de renouveler à deux ou trois reprises au cours de la première journée.

Du point de vue médico-légal, on observe souvent au cours des paroxysmes de fureur, des voies de fait et même des crimes, voire des crimes multiples, exécutés avec une violence et une sauvagerie incroyables. L’expert devra conclure, le plus souvent, à l’irresponsabilité, surtout lorsque l’obnubilation de la conscience peut être prouvée par la mise en évidence d’une amnésie lacunaire plus ou moins complète. L’internement sera toujours demandé, et même l’internement dans un asile « de force » si les accès sont particulièrement fréquents et dangereux.

L’article 489 du Code civil prévoit, en outre, que le majeur qui est dans un état habituel d’imbécillité, de démence ou de fureur, doit être interdit, même lorsque cet état présente des intervalles lucides. En pratique, l’interdiction ne sera pourtant demandée que dans des cas assez exceptionnels. (Voir Interdiction).

J.-M. Sutter.

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