Endocrinologie en psychiatrie

Endocrinologie en psychiatrie (Considérations générales)

Endocrinologie en psychiatrie : Il y a sous ce rapprochement un double problème. D’une part celui des corrélations entre troubles mentaux et désordres endocriniens, et, d’autre part, l’interprétation des faits, c’est-à-dire, les conclusions, d’ordre doctrinal, sur leur déterminisme réciproque.

Le premier problème est relativement simple, et concerne à la fois les données de la physiologie et de la pathologie.

1.

La physiologie insiste actuellement plus que jamais sur les interrelations fonctionnelles neuro-endocriniennes. On peut se représenter, suivant le schéma de Friedgood, « l’ensemble neuro-endocrinien ». Comme un système neuro-endocrinien, un système ayant en son centre d’hypophyse, servomécanisme aux multiples « feed-back » humoraux. Surmonté en quelque sorte de l’hypothalamus avec lequel elle possède d’étroites relations histophysiologiques (neurocrinie de G. Roussy et Mosinger). Les commandes se font selon deux grandes directions.

A) le Système parasympatho-neuro-hypophysaire, dont le médiateur chimique est l’acétyl-choline, et dont dépendent les sécrétions d’adrénaline, de la post hypophyse, et de l’insuline. B) Le système hypothalamo-ante-hypophysaire qui dirige les autres sécrétions hormonales.

Friedgood attire l’attention sur les similitudes chimiques entre adrénaline, noradrénaline et thyroxine, toutes trois dérivés de la tyrosine citée par Koupernik in Enc. Médico-chir., Psychiatrie).

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On sait d’autre part que l’hypothamus est le point d’impact du stress et que son fonctionnement est à la base des théories psychosomatiques en médecine.

Enfin, les recherches de Woodbury et coll. (cf. Koupermik, loc. cit.) auraient confirmé l’action des hormones cortico-surrénales sur l’excitabilité cérébrales : schématiquement, la D.O.C.A. élève le seuil d’excitabilité, tandis que certains stéroïdes l’abaisseraient. Cette action aux mécanismes complexes et non entièrement connus, laisse entrevoir une régulation hormonale possible de l’excitation cérébrale, avec participation d’autres glandes, en particulier de la thyroïde.

Il faudrait en rapprocher l’action thérapeutique de l’A.C.T.H. dans l’épilepsie hypsarythmique (maladie des spasmes en flexion) de la première enfance. Toutefois, l’A.C.T.H. expérimentalement abaisserait le seuil d’excitabilité cortical (Torda et Wolff).

2.

Les données de la pathologie sont les suivantes :

A) Les troubles mentaux au cours d’affections endocriniennes sont assez fréquents et assez souvent graves. Leur détail sera trouvé aux rubriques correspondantes (Hypophyse, Surrénales, Thyroïdes, etc.). On peut en dégager des traits communs : affaiblissement ou stimulation des activités instinctives (nutrition, motricité, sexualité), tendances dépressives ou euphoriques, méfiance, irritabilité, retentissement intellectuel inconstant. M. Bleuler (Endokrinologische Psychiatrie) a voulu rapprocher de ce psychosyndrome endocrinien les troubles mentaux de lésions cérébrales en particulier frontales, hypothalamiques, et du tronc cérébral. En fait, aucune spécificité ne peut être reconnue à ces manifestations, non plus qu’aux psychoses aiguës, confusionnelles, hallucinatoires, délirantes, qui en émaillent assez souvent le cours évolutif.

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B) Des troubles endocriniens peuvent également accompagner certaines maladies mentales. C’est surtout la schizophrénie qui, de ce point de vue, suscite le plus d’intérêt et de recherches. Des perturbations des secrétions surrénales, thyroïdiennes, ovariennes ou testiculaires, peut-être d’origine hypophysaire, ont été notées avec une fréquence qui exclut le hasard. Mais l’hétérogénéité des malades, la diversité des méthodes biologiques, l’imprécision même du diagnostic dans certains cas, rendent difficiles l’interprétation de résultats parfois contradictoires.

C’est ainsi que l’élimination des 17-cétostéroïdes urinaires, accrue au cours de schizophrénies, surtout paranoïdes (Clegrorn, Allen et Broster), paraît en relation avec l’état de tension et d’anxiété de ces malades plutôt que spécifiques de la schizophrénie (Sands). Par ailleurs, si Reiss et coll. trouvent chez la plupart de leurs malades une réaction diminuée au test de Thorn, Altschule, obtenant des réactions normales, conteste la valeur de ces résultats. De leur côté, Hoagland, Pincus et coll. n’ont guère relevé d’améliorations après surénalectomie zhes les schizophrènes ainsi traités sur la base d’un hypercoriticisme plus ou moins évident.

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En ce qui concerne les investigations thyroïdiennes, il faudrait admettre une tendance hyperthyroïdienne chez les femmes, hypothyroïdienne chez les hommes (Reiss, Sands) inconstamment retrouvée cependant par d’autres chercheurs (Hoskin, Langfeld).

Et Bleuler conclut pour les gonades qu’aucune systématisation n’est possible des désordres variés et des troubles du développement de la sexualité des schizophrènes.

La plupart des auteurs qui ont tenté un regroupement de ces troubles (Bleuler, Sands), ont souligné les difficultés de l’entreprise. L’état actuel des recherches ne permet pas de conclure sur la signification de ces dysfonctionnements endocriniens. Il faut bien reconnaître en outre que notre connaissance des corrélations psychohormonales dans les autres maladies mentales ne s’avance pas tellement plus.

Pour prendre un exemple apparemment simple, la pathogénie des psychoses puerpérales fait intervenir selon les auteurs un trouble tantôt ovarien, tantôt hypothalamo-hypophysaire (Guiraud), tantôt des anomalies de la muqueuse utérine (J. Delay) et, en pratique, un traitement hormonal est souvent moins efficace et moins praticable qu’une banale série d’électrochocs.

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La typologie et l’étude des constitutions (voir ces mots) ont essayé également de trouver dans le système endocrinien (Pende, P. Abely et Assailly) des bases plus ou moins solides pour leurs classifications.

Selon Tusques, la seule certitude de déterminisme psycho-endocrinien est le crétinisme. « Encore que l’action hormonale ne se fait qu’indirectement. Elle entraîne l’agénésie du cerveau « (ibid., in Evol, psych, 1939 IV).

Dans le même article, cet auteur donnait une conclusion qui nous paraît toujours valable. Cela en dépit des progrès de la biochimie hormonale. Ni des perspectives ouvertes aux recherches : « … les glandes endocrines influencent indirectement les conduites. Elles le font par action sur le développement des structures organo-nerveuses. Mais n’expliquent en rien les modalités psychologiques. L’hormone n’est pas un Deus ex machina… Au fond, nous retombons dans ce vieux problème psychosomatique ou neuropsychique que chacun envisage selon ses convictions ».

M.L. Mondain.

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