Québec psychologique

Délires et psychoses

Délires et psychoses

Délires et psychoses hallucinatoires

1. Psychoses hallucinatoires aiguës. – Un état hallucinatoire aigu est, le plus souvent symptomatique ou d’une psychose anxieuse réactionnelle ou d’un onirisme aigu, anxieux lui aussi, et traduisant une infection ou une intoxication sous-jacentes : c’est le délire onirique hallucinatoire.

a) Tous les états anxieux, un peu soutenus. Peuvent se couronner à un moment donné de petites manifestations hallucinatoires visuelles le plus souvent, mais inconstantes et de courte durée ; la frayeur hallucinatoire en est l’expression la plus caractéristique. Si l’état hallucinatoire se prolonge, c’est qu’alors les désordres neurovégétatifs secondaires sont apparus, créant un état confusionnel propice à l’onirisme.

b) Les délires hallucinatoires d’origine confuso-onirique varient en intensité et en durée avec le facteur infectieux ou toxique que les conditionnent. Ils sont d’autant plus violents, en général, que la pyrexie qui les commande est plus brutale et plus virulente (érysipèle, pneumonie, paludisme, etc.)Parmi les états toxiques susceptibles de les engendrer, mentionnons certaines formes spéciales de l’ivresse dite hallucinatoire. Dans les psychoses subaiguës et le delirium tremens des alcooliques, un état hallucinatoire prolongé à prédominance visuelle avec ses réactions anxieuses agitées domine le tableau clinique : il dicte souvent des réactions impulsives, des fugues, etc.

Soulignons que dans le syndrome si spécial et si grave du délire aigu, un état hallucinatoire intense intéressant tous les sens (réactions d’agitation extrême) est escorté par des signes neurovégétatifs d’une extrême sévérité.

Rappelons aussi que certains équivalents épileptiques ou certaines phases post-critiques peuvent donner lieu à des raptus hallucinatoires spécialement dangereux.

Chez l’enfant, des pyrexies, des méningites, des encéphalites diverses s’extériorisent souvent par des états hallucinatoires très vifs.

II. Psychoses hallucinatoires chroniques. – Le problème nosographique des psychoses hallucinatoires chroniques a donné lieu, depuis plusieurs générations, à de nombreuses controverses. On a voulu créer un type évolutif particulier correspondant à ces nombreux cas dans lesquels on voit s’amalgamer des troubles cénesthésiques, des hallucinations vraies ou des pseudo-hallucinations audtives, des idées délirantes, surtout de persécution et d’influence, parfois des idées ambitieuses, le tout se déroulant pendant un nombre d’années variable et aboutissant fréquemment à un fléchissement intellectuel ou à un processus de dissociation mentale pratiquement voisin de la démence.

Les différents auteurs ont étiqueté ce phénomène suivant la dominante symptomatique et le mode évolutif qui leur paraissait servir d’axe principal (persécution, systématisation, hallucinations) : délire chronique de Magnan, délire systématisé progressif, psychose hallucinatoire chronique de G. Ballet, etc.)

Pourvu qu’il existe des psychoses de longue durée dans lesquelles l’hallucination reste pure et sans répercussion idéo-affective, le fait n’est pas niable, mais ces états sont relativement rares au regard des autres; ce sont les hallucinoses étudiées ailleurs.

La plupart des classiques français (Régis, Rogues de Fursac, G. Ballet) ont adopté et reproduit le schéma du délire chronique de Magnan comme type de ces psychoses hallucinatoires systématisées chroniques tout en faisant remarquer que ce schéma n’a qu’une valeur indicative artificielle,, la réalité se chargeant de faire varier l’importance des hallucinations et des idées délirantes, la cadence évolutive ou les structures mentales qui les supportent. Rappelons ce schéma évolutif :

Une première période de durée variable est constituée par des malaises subjectifs, de l’inquiétude, de la méfiance; des troubles cénesthésiques, des sensations anormales y sont fréquentes. Seglas prétendait qu’il s’agissait d’un malaise purement intellectuel, mais G. Ballet insistait sur l’importance déjà des désordres affectifs. Le sujet devient méfiant, anxieux parfois, étonné devant les sensations anormales qu’il perçoit. Rappelons l’extrême importance des phénomènes d’automatisme mental (troubles de la pensée, du langage intérieur, hyperendophasie), dont l’importance comme élément fondamental a été si bien soulignée par G. de Clérambault. Dans la genèse des délires secondaires et des idées d’influence, une véritable « scission, une « dissidence » se manifeste dans le moi; il y a « dépersonnalisation » (Lévy-Valensi). Ces hallucinations psychiques et verbo-motrices, bien étudiées par Seglas, vont être prises par le sujet pour des « voix étrangères » : l’hallucination auditive est créée; elle ira se renforçant et serivira de base aux constructions délirantes ultérieures et aux réactions qui sont, elles, sous la dépendance du tempérament du sujet.

Jusqu’alors, le sujet qui n’avait dans ses hallucinations auditives ébauché que des suppositions, ne parlait qu’à la 3e personne de ses interlocuteurs (« on » me dit, « on » me fait faire), va devenir plus précis dans ses accusations; les voix se sont renforcées, elles prennent un caractère de plus en plus indiscret ou injurieux; les troubles cénesthésiques deviennent de véritables souffrances produites par des agents physiques ou chimiques (électricité, rayons, acides, etc.) ; des hallucinations olfactives et gustatives révèlent au sujet qu’on veut l’empoisonner. L’attitude défensive s’organise; des moyens souvent curieux de protection s’établissent; l’halluciné répond à ses voix, dialogue avec elles, ou prend d’infinies précautions pour son alimentation. Les persécuteurs sont désignés, représentés par telle ou telle personne ou telle ou telle collectivité, politique ou religieuse. Le comportement familial et social est fort troublé; l’activité pragmatique fléchit et l’on doit souvent, dans cette période, prendre des mesures d’hospitalisation.

Dans une troisième période, la personnalité accuse un trouble de plus en plus profond; l’activité hallucinatoire poursuit son action dissociative, d’autres idées délirantes font leur apparition, idées ambitieuses le plus souvent. Parfois, celles-ci prennent le pas sur les autres.

Enfin, dans une quatrième période s’installe un gros état d’affaiblissement intellectuel, une désagrégation grave de la personnalité. Le délire hallucinatoire peut, à cette période, s’assoupir ou passer à l’état de survivance mimique ou verbale (stéréotypies). On verra u mot Délires chronique ce que peuvent représenter ces différents modes évolutifs et surtout l’importance de l’infrastructure sur laquelle s’édifient ces psychoses hallucinatoires chroniques.

La structure sous-jacente est de première importance comme l’a montré l’école de H. Claude. La structure paranoïaque, qui n’a que des efflorescences hallucinatoires épisodiques ou fixées sous forme d’un automatisme mental, ne s’accompagne pas de déchéance mentale, tandis que la structure paranoïde avec ses hallucinations multiples polysensorielles, ses explications délirantes, absurdes ou incohérentes aggrave singulièrement le pronostic.

– Ce schéma de la psychose hallucinatoire chronique comporte bien des variantes; il est même parfois démenti par certains faits cliniques. Il y a des sujets qui restent pendant des années au stade d’automatisme mental et font bon ménage, pourrait-on dire, avec leurs « voix », poursuivant une activité pragmatique suffisante si aucune ingérence affective fâcheuse ne vient les aviver.

D’autres créent à propos de leurs hallucinations psychique auditives ou cénesthésiques, un syndrome d’influence ou d’action extérieure irritant pour certains, bienveillant et protecteur pour d’autres ; d’autres enfin échafaudent sur leurs « voix », sur les sensations qu’ils éprouvent un délire prophétique, mystique, ou une érotomanie dont ils tirent avantage jusqu’au jour, cependant, où elle peut devenir persécutrice. Le tempérament hyposthénique ou hypersthénique du sujet commande le comportement ou les réactions des hallucinés chroniques. Nodet (Thèse, Paris, 1937), qui a fait une critique serrée et une analyse très pénétrante du groupement artificiel des délires hallucinatoires chroniques, basés sur un nombre important de cas étiquetés tels, à bien montré l’infinie diversité des formes cliniques et l’extrême complexité des problèmes pathogéniques.

En terminant, mentionnons aussi quelques cas de délire hallucinatoire chronique secondaire, tel celui des alcooliques chroniques ou de certains processus encéphalopathiques ; presque toujours, en pareil cas, il y a une certaine détérioration organique et un niveau mental abaissé par la dissolution.

Interprétation et délire d’interprétation

L’interprétation peut être définie : l’opération d’un esprit curieux qui, en présence d’un phénomène ou d’une situation donnés, cherche à en pénétrer la signification et à en tirer les déductions qu’ils peuvent comporter. Mais l’interprétation peut devenir anormale et même pathologique, soit par simple exagération de tendance intellectuelle (raisonneurs, ergoteurs) soit par fausseté foncière d’esprit (esprit faux), soit par son application à des données erronées ou morbides (hallucinations, illusions, troubles cénesthésiques).

L’interprétation morbide est fréquemment rencontrée en pathologie mentale. Elle peut être un phénomène épisodique, contingent et secondaire, ou au contraire, constituer l’armature même du désordre et commander le tableau clinique.

Comme exemples d’interprétation accessoire ou secondaire, citons les interprétations qui viennent renforcer les hésitations des douteurs, des scrupuleux, de certains obsédés, enrichir les préoccupations inquiètes des hypocondriaques ou des anxieux, celles plus franchement délirantes du mélancolique qui en étaye se convictions d’indignité, d’impuissance ou d’auto-accusation ; celles, plus facétieuses et plus ironiques du maniaque qui en émaille ses propos et ses ripostes; celles qui attisent et exaspèrent les états passionnels ; celles enfin qui se greffent sur un état hallucinatoire et des troubles cénesthésiques pour développer et enrichir un délire chronique.

Mais l’interprétation peut être le phénomène pathologique essentiel, primordial, constituer l’armature même du désordre et commander le tableau clinique. Il s’agit alors de « véritables délires d’interprétation ».

Ce sont les seuls faits que nous envisagerons ici.

Délire d’interprétation et états interprétatifs : Sérieux et Capgras qui ont fait une étude aujourd’hui classique des « Folies raisonnantes » et du « Délire d’interprétation essentiel » (1909) définissent ainsi l’interprétation délirante : « raisonnement faux ayant pour point de départ une sensation réelle, un fait exact, lesquels, en vertu d’associations liées aux tendances, à l’affectivité peuvent prendre à l’aide d’inductions ou de déductions erronées, une signification personnelle pour le malade, invinciblement poussé à tout rapporter à lui ».

Il faut, comme le font remarquer les mêmes auteurs faire une différence entre l’interprétation délirante et l’interprétation fausse ou simple erreur, laquelle reste le plus souvent isolée, rectifiable et sans retentissement sur la personnalité ou l’activité du sujet.

Il faut savoir aussi que certaines interprétations délirantes gardent une tenue logique et une vraisemblance apparente que peuvent faire illusion sur la véracité de leur contenu. Considérant les cas dans lesquels l’interprétation délirante est primordiale, sert d’armature au délire et domine la scène clinique. Sérieux et ses élèves ont décrit un délire d’interprétation essentiel chronique et, à côté de lui, des psychoses ou des était interprétatifs transitoires ou secondaires, souvent curables.

1) Le délire d’interprétation essentiel. – Cette entité morbide, dégagée du groupe des délires systématisées chroniques est universellement admise aujourd’hui et porte le nom de ses auteurs (délire d’interprétation de Sérieux et Capgras).

Le délire d’interprétation est de nature essentiellement constitutionnelle et repose sur des dispositions mentales très particulières : fausseté d’esprit, paralogisme, tendances raisonneuses, égocentrisme, hypersthésie morale, susceptibilité, réactions vindicatives, tendances paranoïaques. La vie affective joue souvent un rôle important dans les manifestations du délire.

Symptômes : Le fait dominant est que le sujet cristallise autour d’une idée préconçue et prévalente touchant sa personnalité, toute une série de données banales puisées dans ses sensations ou tirées du monde extérieur. À ces éléments neutres par eux-mêmes, il prête une valeur d’information ou de justification concernant ce qu’il suppose ou redoute.

Ainsi se constitue, se systématise et s’enrichit progressivement un thème délirant à l’aide d’interprétations de plus en plus tendancieuses et de plus en plus irradiées. Le sujet travaille avant tout sur des illusions, ses soupçons travestissent les moindres faits journaliers, en apparence les plus insignifiants. Les interprétations les plus inattendues s’appliquent aux gestes, aux attitudes des gens, à leurs propos, même à leur silence, aux écrits, aux lectures, à la forme ou à la couleur des objets, à la disposition des mots, etc. Il y a des sujets dont l’action térébrante s’acharne particulièrement sur les textes, les écrits et imprimés. Ils torturent les phrases, dissèquent les mots, inversent les syllabes, construisent des anagrammes, des jeux de mots, pour en tirer des formules significatifs. Ce sont surtout des « allusions », des « sous-entendus », des « insinuations », des propos à « double sens » qu’au début seul le patient peut comprendre mais dont ensuite il cherche à vous faire partager le sens secret. Plus tard, il vous les présentera comme une évidence qui crève les yeux et qu’il faut être complice ou de mauvaise foi pour ne pas reconnaître. Tout ce tissu d’interprétations tend à s’organiser autour d’une ou plusieurs idées prévalentes (persécution, préjudice, jalousie, grandeur). Le persécuté entend ou voit des menaces dans les bruits, les propos ou les gestes qu’il perçoit; le jaloux analyse les moindres mimiques de son épouse, les particularités de sa toilette, de sa coiffure ; l’érotomane croit reconnaître un consentement dans un sourire, une intonation de celle qu’il poursuit de ses assiduités; il interprète même les rebuffades qu’il essuie comme une épreuve imposée à ses sentiments. Très souvent, l’interprétation est rétrospective et les allusions perçues ont trait à des particularités de la vie passée dont le souvenir peut lui causer quelques remords ; aussi n’est-il pas rare de déceler chez l’interprétateur des idées obsédantes avec leur charge affective comme point d’attraction des interprétations.

La systématisation dans le délire d’interprétation est en rapport avec l’importance de l’idée prévalente et certains auteurs (Sérieux, Capgras, Rogues de Fursac) ont pu, à cet égard, distinguer deux types de psychoses interprétatives chroniques : celles dans lesquelles les interprétations sont multiples, variables, et les déductions qui en découlent frappent tout de suite l’observateur par leur peu de cohérence et de vraisemblance (délires interprétatifs) et celles dans lesquelles l’idée prévalente agglutine et discipline en quelque sorte les interprétations, ce qui donne aux assertions du sujet une certaine apparence de vraisemblance (délires à idée prévalente).

La personnalité de l’interprétateur paraît se trouver menacée, mais, en réalité, le sujet résiste longtemps, le plus souvent, victorieusement.

Par contre, les relations avec le monde extérieur peuvent s’altérer, le sujet le voit tout entier organisé suivant l’axe de ses préoccupations, de ses craintes et de ses désirs ; il réagira soit en diminuant les contacts et en s’isolant, soit, si son tempérament l’y prédispose, en passant à une défensive ou une attaque plus ou moins dangereuse. Il en est aussi qui cherchent leur salut dans la fuite et deviennent de vrais migrateurs mais qui, malheureusement, retrouvent toujours le même réseau de surveillance et d’hostilité partout où ils se transportent. Le monde, pour eux, est plein de gens déguisés ou d’espions.

Évolution : – Le délire d’interprétation se révèle souvent à l’occasion d’un choc émotionnel, d’une phase pénible de la vie affective et, de ce fait, peut prendre parfois l’apparence d’un début brusque. Une fois installé, il se poursuivra toute la vie, mais il est susceptible de rémissions ou de paroxysmes, ceux-ci toujours en rapport avec une tension affective sous-jacente (« moments féconds ») surtout dans certains délires à structure oniroïde. Ce désordre de l’esprit, suivant les tendances constitutionnelles du sujet, l’état du tonus affectif, le climat familial ou social et les incidences psychologiques ou pathologiques intercurrentes peut réaliser une simple infirmité mentale compatible avec une vie à peu près normale, ou aboutir à de vrais délires systématisés provoquant des réactions antisociales dangereuses qui pourront nécessiter l’internement, du moins, temporaire.

Formes cliniques. – On a décrit dans le délire d’interprétation des formes cliniques nombreuses :

a) Suivant la date d’apparition : forme précoce, abortive, tardive; une des plus intéressantes est la forme intermittente susceptible de longues rémissions;

b) Suivant le terrain : forme des débiles, des imaginatifs et mythomanes (délire d’imagination, d’interprétation filiale), forme revendicatrice des paranoïaques;

c) Suivant l’idée prévalente : forme érotique, jalouse, persécutrice, hypocondriaque ;

d) Suivant les tendances réactionnelles : forme hypersthénique des grands paranoïaques, quérulants, processifs, revendicateurs violents; forme hyposthénique (délire de supposition de Capgras), forme des résignés, des soumis, des persécutés mélancoliques.

e) Enfin, le délire d’interprétation, comme tous les délires chroniques, peut entraîner la contagion mentale et créer des délires à deux, ou des psychoses collectives.

Diagnostic. – Le diagnostic du délire d’interprétation pure nécessite la constatation de deux symptômes positifs : interprétations multiples et idée prévalente et de deux symptômes négatifs : absence de troubles sensoriels (hallucinations en particulier) et absence de fléchissement intellectuel. C’est ce qui permet de le distinguer des autres délires chroniques primitifs ou secondaires, en particulier de la psychose hallucinatoire chronique (v. Délires chroniques, Psychoses hallucinatoires chroniques).

2) Les psychoses interprétatives essentielles curables. – À côté des grands délires d’interprétations constitutionnels et incurables ci-dessus décrits, Sérieux et ses élèves (Libert, Valence) ont décrit des psychoses systématisées essentielles à durée variable, délires parfois très aigus, d’autres fois prolongés mais se terminant le plus souvent par la guérison. Ces états interprétatifs rangés autrefois dans les groupes des bouffées délirantes des dégénérés, des paranoïas aiguës, etc., ne sont pas symptomatiques d’une constitution paranoïaque ou périodique, ou d’un état hallucinatoire ou confusionnel. Ils apparaissent essentiellement liés, pour ces auteurs, à l’hyperémotivité et explosent à la suite d’un choc affectif. On tend à les ranger aujourd’hui dans le groupe des psychoses réactionnelles. Leur aspect clinique est identique : début par phase dépressive, légitimité partielle des thèmes délirants, faible diffusion et systématisation des tendances interprétatives, maintien anxieux, craintif ou résigné du malade qui fait que l’internement n’est dû qu’à des causes fortuites; enfin, curabilité plus ou moins rapide (Valence).

3) Les états interprétatifs symptomatiques. – Au cours d’un certain nombre de psychoses, l’état interprétatif peut acquérir une grande prépondérance et masquer la psychose sous-jacente (Sérieux et Libert). Tel est le cas de certaines psychoses périodique dont le contenu de l’accès se présente comme un véritable délire d’interprétation. Le syndrome s’évanouit à la fin de l’accès pour réapparaître parfois dans un accès ultérieur. On peut rencontrer ce syndrome interprétatif dans l’alcoolisme chronique, dans les états démentiels ou prédémentiels séniles.

4) Ces états secondaires qui demandent une observation prolongée pour être reconnus à leur juste valeur, justifient la plus grande prudence au point de vue pronostic.

Systématisation, Délires systématisés

Il a systématisation d’un délire chaque fois que celui-ci se fixe et s’organise sur une idée prévalente ou un thème principal qui deviendra le point de départ de développements ultérieurs ou d’enrichissements secondaires par divers mécanismes.

La systématisation est indépendante du mécanisme originel de production du délire (intuitif, imaginatif, hallucinatoire, postonirique, interprétatif).

La systématisation est fonction, d’une part, du degré de conviction avec lequel le sujet adhère à sa perception ou à son idée fausse et, d’autre part, de la structure rigide de son esprit, ces deux facteurs se renforçant mutuellement.

La plupart des délires systématisés sont des délires chroniques. Dans un grand nombre de cas, l’activité intellectuelle persiste longtemps ; mais dans quelques cas aussi, il y a fléchissement et dissociation avec aspect démentiel. Cette dissociation peut être relativement précoce : formule paranoïde des délires de certains déments précoces et schizophrènes qui s’oppose à la formule paranoïaque des délires à structure intellectuelle résistante.

Enfin, il y a des délires systématisés passagers comme certains délires postoniriques, les uns éphémères, les autres de plus longue durée, comme certains délires secondaires des alcooliques. Quelques états interprétatifs ou imaginatifs aigus peuvent revêtir l’aspect systématisé .

Ant. Porot

Systématique

Se dit d’un esprit qui subordonne ses opinions et sa conduite à des conceptions ou des directives étroites, préétablies se refusant à tenir compte des relativités, contingences ou situations particulières.

À cette intransigeance s’ajoute souvent le besoin d’imposer son point de vue à son entourage.

Ce manque de souplesse et cette tendance dominatrice peuvent être cause d’inadaptation ou de conflits sociaux. Elles sont un élément du caractère paranoïaque.

Ce mot « systématique » servait aussi autrefois à désigner les délires systématiques dans les anciennes nomenclatures (folie systématique, délires systématiques).

Intuition délirante

L’intuition est un mode de connaissance directe, subjective ; une prise de conscience soudaine d’un fait, d’une idée, d’un sentiment entraînant la conviction immédiate et absolue ; elle s’impose par une évidence indépendante de toute preuve, mais essaie souvent, à posteriori, d’étayer sa conviction par des raisonnements de justification. Cette révélation, lorsqu’elle surgit, est indépendante de toute donnée sensorielle ou objective, de toute déduction logique ou rationnelle de la pensée; elle présente alors, de ce fait, un caractère nettement délirant.

L’intuition peut avoir aussi une portée rétrospective ou anticipatrice : lumières soudainement projetées sur le passé ou sur l’avenir.

La place de l’intuition en pathologie mentale a bien été soulignée par de nombreux auteurs, en particulier par Targowla et Dublineau. Il y a de par le monde un certain nombre de sujets presque tous atteints d’un léger déséquilibre affectif qui sont prédisposés à l’intuition : ce sont les hyperémotifs, les psychasthéniques qui parlent constamment de leurs pressentiments, de leurs scrupules rétrospectifs auxquels ils attachent une croyance exagérée et qui pèsent souvent lourdement sur leur comportement et sur leur vie. Mais c’est surtout dans de nombreux états plus franchement pathologiques que l’on observe l’intuition délirante. Ce trouble, de nature idéo-affective peut être considéré comme de l’automatisme psychologique. Aussi le trouve-t-on fréquemment chez les anxieux et les mélancoliques ; il sert à cristalliser leur douleur morale sans cause. Dans d’autres cas, l’intuition apparaissant dans la sphère intellectuelle imaginative peut amorcer toute une série de déductions et d’interprétations secondaires qui vont servir de charpente à la systématisation d’un délire de chronique (délire d’interprétation et d’imagination).

L’intuition peut surgir aussi à l’occasion d’une lecture, d’une rencontre, se transformer en reconnaissance d’un fait ou d’une aventure personnelle dont le sujet est le principal personnage et dont il va poursuivre le rôle.

L’intuition s’associe volontiers à un état de rêverie, de rêvasserie, dans lequel se déroulent les illusions sensorielles variées aboutissant, chez certains sujets suggestibles, à un délire de rêve polymorphe (syndrome oniro-intuitif de Targowla et Dublineau) et que l’on a rapproché de la mentalité primitive.

La terrain schizoïdique est particulièrement propice à l’éclosion de délires intuitifs ou de rêveries de même nature. Les intuitions délirantes jouent également un très grand rôle dans les délires passionnels quand elles sont mises au service de la jalousie, de la colère, des haines politiques, de certaines idéologies trop ardentes. La notion d’intuition éclaire admirablement les désordres rencontrés chez certains inspirés, mystiques, prophètes, etc.

Il n’est pas jusqu’au contenu des états maniaques et mélancoliques qui ne s’appuient volontiers sur les intuitions.

Idées et délires de négation

Elles consistent à ne pas reconnaître la réalité, même évidente : par exemple, le malade déclare qu’il ne respire plus, que son cœur ne bat plus, qu’il n’a plus d’intestin, qu’il est mort; le monde extérieur peut faire l’objet du même thème délirant et le sujet nie l’existence des objets, des événements de l’actualité; il conclut fréquemment que rien n’existe.

Sous une forme épisodique, ces idées se rencontrent dans la mélancolie anxieuse, certaines formes d’hypocondrie délirante ou de démence (paralysie générale en particulier) et dans certains états confusionnels.

Leur pronostic, classiquement défavorable, dépend de l’affection en cause et de la précocité du traitement. On ne compte plus les guérisons des affections précédentes, énergiquement traitées par les méthodes modernes étiologiques ou de choc.

Il existe un délire systématisé de négation qui se rencontre dans les états mélancoliques, surtout dans les états mélancoliques d’involution, et qui comporte un pronostic généralement plus sérieux. Il s’accompagne alors d’idées d’énormité et constitue ce qu’on appelle le « syndrome de Cotard ».

Sous le nom de délire pseudo-symbolique de négation, René Charpentier a rapporté le cas de quelques femmes d’un certain niveau social qui, ayant tendu tous leurs efforts vers une brillante carrière (étoile ou vedette), ont vu leurs ambitions brisées par des échecs ou des obligations sociales. Elles parlent de ce personnage dans lequel elles s’étaient incarnées, comme d’un être réel, disparu et qu’elles identifient à leur propre personne.

Ce thème délirant reste fixe et sans affaiblissement au cours de l’existence, mais n’a pas de marche extensive et n’influe pas sur la personnalité qui reste, par ailleurs, normale dans son comportement social.

Délire ou folie du toucher

Variété d’obsession qui se manifeste par la crainte de se salir ou de se souiller en touchant certains objets, certaines parties du corps, etc.

Le sujet atteint de délire du toucher s’interroge sans trêve à propos de la propreté, envisageant tout ce qui aurait pu amener à son contact soit des microbes, soit des produits dangereux ou répugnants. Ces interrogations concernent non seulement l’acte de toucher, mais parfois aussi celui de manger, de boire ou de respirer. Elles conduisent à des désinfections, à des nettoyages constamment renouvelés parce que toujours estimés insuffisants. Les ablutions prennent parfois l’aspect de rites dont les modalités doivent être minutieusement réglées et respectées.

Le délire de contact, décrit par Esquirol, est difficile à distinguer du délire du toucher, avec lequel il paraît se confondre.

Délusion

Terme anglais équivalent du mot délire français, en général.

Certains auteurs péruviens (Premier Congrès international de psychiatrie, Paris, 1950), ont proposé d’appeler délusion le trouble du jugement appelé communément délire, ce dernier terme devant être réservé uniquement pour désigner le trouble de la conscience à quoi il correspond traditionnellement.

Je n’ai jamais rien appris pendant que je parlais (Larry King, animateur de la TV américaine). Image : © Megan Jorgensen.
Je n’ai jamais rien appris pendant que je parlais (Larry King, animateur de la TV américaine). Image : © Megan Jorgensen.

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