Québec psychologique

Courrier « Que faire ? »

Courrier « Que faire ? »

Courrier « Que faire ? » par Françoise Gaudet-Smet (journal La Presse, 19 août 1968)

Désaccord

Question : Je me suis mariée il y a un an, à 25 ans, après de brillantes études et un travail rémunérateur en accord. Mon mari a deux ans de plus que moi et retire de son travail professionnel au-delà de vingt-cinq mille dollars net, avec avantage de constantes compensations de frais officiels et officieux.

J’ai fait la maladresse au début de vouloir me suffire, de ne jamais lui demander d’argent, croyant que, selon son éducation, il verrait à mettre l’ordre élémentaire dans nos dépenses communes. Est-ce le lot des femmes cultivées, courageuses, vaillantes et dévouées d’être moins aimées, moins aidées ?

Dans notre milieu social, chacun croit que nous sommes au sommet du bonheur. Je ne songe qu’à une annulation de mariage, tout ayant été de fausse représentation.

Je sais bien que vous allez me dire que… et qu’il va falloir à ce compte que je contemple à jamais un mur de désolation et de constante panique. Quoi ?

Lucette

Réponse : Pourquoi vous dirais-je que…? Quoi? Si le monde entre à grandes enjambées dans un chemin où le naturel n’a plus rien à voir avec le surnaturel, d’abord dans les dérisions de préparation, d’avant, ensuite de celles pendant, vers ce qui va s’ensuivre, il va bien falloir, pour le meilleur et pour le pire, que tout s’emboîte, s’intègre de quelque façon.

Différente sans doute de tout ce qui est connu et connaissable. S’invente alors, tandis que nous la faisons chacun à sa façon, une tout autre histoire. N’importe quelle femme cultivée, courageuse, vaillante, dévouée vous dira que pour être vraiment aimée et aidée à son besoin, elle doit inventer, imaginer et activer ses propres moyens de réussite en ce sens. Ce ne sont pas les poupées, les bebelleuses, les anémiques et les cervelles d’oiseaux qui vont lui fournir la bonne recette qui convient à sa pâte à elle, ni lui indiquer le degré de chaleur qui doit la faire lever. Les femmes! Chacune a sa manière. N’importe quelle femme de bon sens vous dira toujours avant de parler de la bonne manière : « évidemment, tout dépend…» Oui, toujours tout dépend de tout : de la mère, de la grand-mère, de toute la famille de chair, de sang comme de toute la famille humaine qui imprime sa marque sans cesse partout. Tout dépend toujours de tout à part de nous.

Hésitation

Question : J’ai une nièce de 22 ans qui travaille dans un bureau et réussit bien sa vie, mais elle me demande conseil au sujet d’une espèce de tic dont elle souffre : lorsqu’elle entreprend de raconter quelque chose, elle hésite, s’arrête soudain et a de la difficulté à reprendre le fil de son discours. Où pourrait-elle aller pour prendre des leçons ?

L.D.

Réponse : Des leçons de quoi? D’élocution, de bon langage? Pas nécessairement d’abord. Cette grande demoiselle, ne se sent elle pas constamment guettée, jugée par son entourage ? Cela lui arrive-t-il à son travail où peut-être on l’accepte mieux dans sa vie d’adulte ? À la maison, est-elle toujours encore considérée comme une enfant… pas finie, qu’on protège et à qui on a toujours envie de dire: « fais attention »? Il est bien possible que tout le trouble vienne du comportement des uns et des autres autour et alentour. Que chacun s’applique à n’apporter aucune attention à ces « hésitations » qui cesseront d’office si personne veut bien avoir l’air à ne pas s’en apercevoir. Ce qui n’empêche pas les cours d’expression verbale qui, bien donnés et bien absorbés, sont excellents pour le perfectionnement de la personnalité.

Histoire

Question : J’ai regardé dernièrement une histoire du Canada pour 7e et 8e années. C’était en rangeant des choses hors d’usage.

Mais ce n’est pas si loin, cette édition : tout au plus quinze ans. Sur un total de 176 pages, j’ai dû lire, lire, jusqu’à la 160e à peu près, avant de sortir de la « domination française ».

D’abord j’ai trouvé que le mot « domination », aussi employé après, pour « anglaise », j’ai trouvé que ce mot était infect comme idée et comme renseignement. El pourquoi tenir des enfants dans les alentours de 1750-60 ?

Je comprends que tout doit être révisé, mais pourquoi l’histoire ne s’apprendrait-elle pas en partant du connu pour aller à l’inconnu, en remontant, disons ?

Tyvon

Réponse : Oui, le connu tandis qu’il se fait ! Mais il est important de prendre du recul et de savoir pourquoi aujourd’hui, quelqu’un pense de telle façon en raison de tel fait d’il y a cent ans. Tous les êtres humains de tous les temps ont des sources de ressemblance dans leur comportement. Étudier le fait et ensuite le commenter, c’est un travail qui demande esprit et mains de maître.

Soyez tranquille Il y faut des maîtres; les trouverons-nous ? Hélas, c’est un mal universel: toujours la grande histoire lointaine s’apprend avant la petite, humaine et remuante a notre portée.

Tenez-vous proche des éducateurs ; soyez-le à votre heure, à votre tour et à votre mesure. Chacun mettant la main à l’oeuvre d’éducation, nous deviendrons de fort utiles ancêtres, dans le temps comme dans le temps.

« Le meilleur d’entre vous est le plus savant. » Les oies font une halte au Vieux-Port de Montréal. Photo de GrandQuebec.com.

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