Québec psychologique

Constitution en psychiatrie

Constitution en psychiatrie

Concept de la constitution en psychiatrie

La notion de « constitution », autrefois n’avait guère trait qu’à la structure du corps, était en quelque sorte une caractéristique statique et morphologique; on réservait au « tempérament » toutes les manifestations biodynamiques et fonctionnelles. Bouchard fut le premier à affirmer que la constitution comprenait l’ensemble de toutes les qualités individuelles, bien psychiques que physiques. L’axe principal de toutes les études sur la constitution a toujours été, en effet, la notion d’hérédité : le concept de dégénérescence, en faveur au siècle dernier, n’était lui-même qu’un aspect de cette notion.

Une des démonstrations les plus typiques du double aspect biologique et psychique des constitutions fut donnée en 1909, par E. Dupré, à la Société de Neurologie dans un grand débat sur l’Émotion. Il présenta le type de la constitution émotive avec ses troubles psychiques et ses signes objectifs, que tout le monde accepta. « La notion de constitution psychopathique, écrivait cet auteur, éclaire le sens, précise la nature et consacre, dans la pratique, la valeur positive des notions, d’ailleurs justes, mais parfois un peu théoriques et un peu vagues, de l’hérédité, de la dégénérescence et de la prédisposition. » « Pour lui, la constitution morbide, au sens psychiatrique apparaît comme l’ébauche et le germe d’une affection mentale en puissance et possède en elle-même une signification nosologique. Il s’est même servi du terme d « avant-psychose ». De ce jour date, pourrait-on dire, la doctrine constitutionnaliste qui régna en maîtresse pendant plus d’un quart du siècle. Tous ceux qui l’ont développée et enrichie ont incontestablement accumulé des faits conformes à la réalité clinique; mais leur tort fut d’avoir voulu donner à ces faits une valeur explicative et un déterminisme rigide qu’ils ne comportaient pas et qui fut, du reste, contesté par la suite. Rappelons que dix ans plus tard, E. Dupré présentait 8 types de constitutions :

  • Déséquilibres constitutionnels de la sensibilité ;
  • Déséquilibres constitutionnels de la motilité ;
  • Déséquilibres constitutionnels des instincts (perversions instinctives) ;
  • Déséquilibres constitutionnels des appétits (toxicomanies) ;
  • Déséquilibres constitutionnels de l’humeur, du caractère et de l’activité (dysthymies, cyclothymies) ;
  • La constitution émotive et anxieuse ;
  • La constitution paranoïaque ;
  • La constitution mythopathique.

Quelques années plus tard, en 1927, Ach. Delmas et Marcel Boll établirent une nouvelle classification, basée sur une théorie de la personnalité, dans laquelle 5 « dispositions affectives-actives » : avidité, bonté, sociabilité, activité, émotivité, définissent et caractérisent le tempérament de l’individu et commandent 5 grandes constitutions psychopathiques :

  • La constitution émotive (anxiété. Psychonévroses émotives) ;
  • La constitution cyclothymique (manie, mélancolie périodique, états circulaires) ;
  • La constitution perverse (vices, perversions instinctives, folie morale) ;
  • La constitution mythomaniaque (fabulation, délire d’imagination, hystérie).

H. Claude et Eugène Minkowski y ajoutèrent la constitution schizoïde, et Achille Delmas précisa les caractères généraux des constitutions décrites et soutint, comme E. Dupré, que les maladies constitutionnelles ne sont que ces tendances exagérément évoluées.

En 1930, Kretschmer, sous l’influence du grand courant psychiatrique dérivant de l’enseignement de Kraepelin et de Bleuler et de l’opposition formelle que ces auteurs maintenaient entre la psychose maniaque dépressive et la démence précoce ou schizophrénie, établit une nouvelle classification basée à la fois sur les corrélations morphologiques et psychologiques. Il divisa les individus en deux groupes : les cycloïdes et les cyclothymes d’une part, les schizoïdes et les schizothymes d’autre part; les premiers correspondant à un type morphologique « bréviligne » « pycnique », les seconds à un type longiligne, leptosome, avec variétés asthéniques et athlétiques. Poursuivant son étude il a créé de nombreuses subdivisions de ces types de corrélations morphologiques et psychologiques dans son maître ouvrage Constitution et Caractère, dont la 22e édition a paru en 1955 (An In A.M.P., juillet 1955, #2б p.319). Rappelons ici sa définition donnée en 1954 dans un article de l’évolution psychiatrique (fasc. III, p.405) : « Par constitution nous entendons l’organisme considéré dans son ensemble en tant que formant une entité somatico-psychique avec une active interprétation et une constante interdépendance de la morphologie, de la physiologie et de la caractérologie. »

Bleuler substitua le terme de syntonie à celui de cycloïdie pour souligner le bon contact de l’individu dans son comportement avec le milieu ambiant très particulier à ses malades, tandis que les schizothymes ont un mauvais contact et se replient sur eux-mêmes (autisme et rationalisme). Dans le domaine pathologique ces deux constitutions aboutissent l’une à la psychose maniaco-dépressive, l’autre à la schizophrénie typique : type « pensant », « lourd », « mastoc », et sur le plan psychique une certaine lenteur de l’idéation (braypsychie), une viscosité affective particulière.

Cette conception s’est élargie par la suite. Se basant sur des études généalogiques très étendues et sur des tests caractériels, en particulier de Rorschach, Françoise Minkowska a décrit un nouveau type constitutionnel : l’épileptoïde avec les caractéristiques morphologiques de l’épileptique : type « lourd », « pesant », « mastoc », et sur le plan psychique une certaine lenteur de l’idéation (bradypsychie), une viscosité affective particulière.

Pour Eugène Minkowski, les constitutions ont toutes pour base commune la notion de contact vital avec la réalité, à quoi s’ajoute un deuxième critère : c’est qu’elle doit correspondre à une psychose déterminée et cet auteur rappelle le mot de Bleuler : « Le schizoïde se détache trop d’ambiance, l’épileptique ne le fait pas assez et le syntone le fait juste dans la mesure où il le faut. » Depuis, c’est dans les fondements de la vie instinctivo-affective et dans ses rapports avec le diencéphale, les centres neuro-végétatifs, c’est dans les dispositions endocriniennes du sujet que se sont orientées les recherches nouvelles et la détermination des différentes constitutions. Ces corrélations n’étaient pas nouvelles. Déjà, en 1904, les travaux de quelques auteurs italiens (V. et N. Pende, Giovanni) et quelques auteurs français (Laignel-Lavastine) avaient mis en évidence le rôle de la fonction vago-sympathique et son influence sur le caractère. Le vague, anabolique, représenterait l’instinct de conservation; le sympathique, catabolique, serait le nerf de la consommation, de la lutte.

Rappelons enfin que Bleuler a admis la modification des constitutions au cours de la jeunesse (enchéphalite épidémique et perversions). Aujourd’hui, toutes ces données morphologiques, biologiques, humorales et endocriniennes sont réunies dans une vaste synthèse, objet d’une science nouvelle : la typo-biologie.

Les doctrines constitutionnalistes ont été l’objet de critiques diverses. Le principal grief que l’on leur fait est d’enfermer l’homme dans un déterminisme évolutif étroit et inéluctable qui démentent les faits. On peut adresser les mêmes reproches à la théorie récente de Szondi, qui pense que toutes nos manifestations mentales, normales ou pathologiques, sont des manifestations constitutionnelles de nature « pulsionnelle », dont le support réside essentiellement dans les gènes familiaux et héréditaires.

L’innéité de nos caractères essentiels et de nos tendances est vraie dans une certaine mesure seulement. Il faut admettre les influences modificatrices du milieu et l’incidence des facteurs exogènes, la possibilité des mutations et de caractères acquis (v. Hérédité). Sur le plan psychologique, on ne peut faire bon marché dans la formation de la personnalité du développement affectif pendant l’enfance, de l’influence du milieu familial, social et de l’éducation, des expériences vécues. Henry Ey ne voit, dans les prétendues dispositions affectives-actives d’Ach. Delmas qu’une abstraction métaphysique et non un fait scientifique; loin de fournir une explication, elle en appelle une. Le même auteur critique la classification de Kretschmer et rappelle que le psychiatre allemand lui-même, tout en maintenant l’origine endogène de ces constitutions, admet cependant la possibilité de combinaisons de différents types d’alliages et de mutations au cours de l’existence. Opinion partagée par Bleuler et Minkowski.

« La constitution psychologique en tant que tempérament, dit Henri Ey, dépend essentiellement de notre complexion bio-physio-morphologique et varie avec elle; en tant que mentalité, elle dépend des facteurs de la vie de relation (société, situations vitales, événements, disciplines) et varie avec eux ».

La psychanalyse, a dit de son côté Kammerer (leçon d’ouverture de la chaire de la clinique psychiatrique de Strasbourg, 1954), devenue la science la plus avancée des relations interpersonnelles est venue compenser la rigueur des doctrines constitutionnalistes qui engageaient la psychiatrie vers des positions fatalistes et spéculatrices.

Pour E. Minkowski, la notion de constitution, basée sur le principe d’identité dans le temps, ne doit pas être considérée comme la somme des caractères formant un tout immuable et rigide; cette notion irait à l’encontre du dynamisme de la vie. En fait, les notions de schizoïdie, de syntonie, de glischroïdie visent le cadre général dans lequel jouent les éléments communs à tous les hommes, tels que bonté, émotivité, franchise, volonté, etc.) et qui leur confère, à tous, une teinte spécifique. D’autre part, E. Minkowski insiste sur la bipolarité des constitutions : en effet, chaque personnalité constitutionnelle oscille entre deux pôles (hyperesthésie et indifférence pour le schizoïde, dépression et hypomanie pour le syntone, adhésivité et explosivité pour le glischroïde) aux alentours d’un point idéal : la norme.

Ant. Porot.

Constitutionnel

Adjectif qui sert à désigner les dispositions et les états morbides dont la cause, directe et essentielle, paraît résider dans la constitution mentale même du sujet.

  • En psychiatrie, on parle des dispositions, de tendances « constitutionnelles, pour indiquer certains traits, certaines aptitudes inhérentes au sujet qui influent sur le mode d’activité ou comportement. Morel et Magnan ont été les premiers à mettre en relief la place des dispositions constitutionnelles.
  • On appelle états constitutionnels les anomalies, les infirmités et les désordres mentaux en rapport, eux aussi, avec une constitution morbide généralement permanente, pas ou peu évolutifs, et de ce fait, le plus souvent inaccessibles à la thérapeutique.

Les psychoses constitutionnelles représentent un groupe rassemblé, pour la première fois en 1903, par Arnaud et qui désigne tous les désordres mentaux qui apparaissent et évoluent suivant un déterminisme dont le sujet est porteur, en raison de son hérédité et de sa complexion psychologique.

Remarquons toutefois que si la prédisposition joue un rôle important dans le déterminisme évolutif, les causes occasionnelles (infections, intoxications, traumas affectifs) peuvent intervenir pour mettre en relief des dispositions natives ou les inclure dans le cycle d’un autre processus morbide (accès de manie, de mélancolie, par exemple, séquelles d’une psychose infectieuse).

Dans ce groupe aux limites un peu floues, on peut ranger les gros déficits des oligophrènes allant de la débilité à l’idiotie, les déséquilibres constitutionnels, à tendance évolutive, les psychoses périodiques (manie, mélancolie), certaines schizophrénies, tous les délires de structure paranoïaque ou interprétative.

Le terme d’états psychopathiques ou de psychoses constitutionnelles s’oppose à celui de psychoses accidentelles et de psychoses réactionnelles, bien que, parfois, la réaction de fasse dans un sens orienté par la constitution du sujet.

Un bon archer atteint la cible avant même d'avoir tiré (Zhao Buzhi). Photographie de Megan Jorgensen.
Un bon archer atteint la cible avant même d’avoir tiré (Zhao Buzhi). Photographie de Megan Jorgensen.

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