Cénestopathie en psychiatrie
Cénestopathie : Le terme a été créé par Dupré et Camus pour désigner une hallucinose de la cénesthésie, c’est-à-dire la perception d’un trouble organique dont l’irréalité est consciente, et constamment critiquée par le sujet, qui ne fait l’objet d’aucune interprétation délirante, mais qui n’en détermine pas moins une certaine anxiété. Telles sont du moins, les cénesthopathies pures.
Les sensations décrites sont étranges, plus pénibles que douloureuses, le plus souvent localisées à un organe : cerveau, cœur, estomac, pharynx, organes génitaux, etc. En outre, le cénestopathe souligne le plus souvent ses descriptions d’une mimique très expressive et emploie pour traduire ses souffrances toutes sortes de comparaisons plus ou moins imagées : vide, torsion rétrécissement, glace, écoulement d’eau, consistance de bois, rembourrage…
Il n’y a pas de différences subjectives nettes avec les paresthésies, mais celles-ci ont, par définition, une base organique (neurologique surtout) objectivable.
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Ainsi définie, la cénestopathie se rencontre dans la dépression constitutionnelle, dans l’hypocondrie non délirante. Mais en élargissant l’acception du terme, il peut embrasser tous les troubles « cénesthésiques depuis les troubles les plus neurologiques » du schème corporel. Aussi les paresthésies obsédantes de la ménopause. Jusqu’aux hallucinations cénesthésiques de la psychose hallucinatoire chronique. Aussi aux délires de négation ou de transformation corporelle de l’hypocondrie délirante. En passant par les innombrables sympathalogies des dystonies neurovégétatives. Le summum en est le syndrome de Cotard, dans lequel la sensation de la vie organique se révèle complètement abolie.
De même que la conscience du moi psychique peut subir une désannexion. On la connait sous le nom de syndrome d’automatisme mental. De même la personnalité physique peut faire l’objet d’une désannexion. (Déformation, énormité, négation, transformation), localisée à un organe ou généralisée à tout l’organisme. Cette notion conduirait ainsi à travers toute la psychopathologie délirante et hallucinatoire. Jusqu’à la paraphrénie et à la schizophrénie.
Th. Kammerer.