Québec psychologique

Apathie et incohérence

Apathie et incohérence

Apathie et incohérence en psychiatrie et en psychologie

Apathie

Perte de l’affectivité se traduisant par de l’indifférence, une absence de réaction aux stimuli habituels de l’activité psychique et souvent une inertie physique marquée.

L’apathie peut se rencontrer à des degrés variables et dans des circonstances diverses.

a) Il y a des apathies constitutionnelles; certains sujets sont naturellement indolents, mous, indifférents et paresseux. L’apathie peut, quelquefois, s’associer à la débilité intellectuelle et réaliser un type spécial de débiles mentaux (débiles apathiques).

b) Il y a des apathies symptomatiques de certaines insuffisances glandulaires (hypothyroïdie, cachexie hypophysaire, insuffisance surrénale).

c) La confusion mentale à son début s’annonce souvent par de l’apathie, du ralentissement intellectuel qui peuvent aller jusqu’à la stupeur. Dans la convalescence des états confusionnels, l’apathie se dissipe parfois lentement et peut même, quelquefois, subsister à l’état de séquelle; c’est le cas, en particulier, des confusions mentales infectieuses prolongées (fièvre typhoïde), des intoxications oxycarbonées ou des grandes intoxications alcooliques.

d) On l’observe aussi sous cette forme traînante à la suite de certains états commotionnels ; il est important de déterminer alors s’il y a un fléchissement intellectuel concomitant.

e) L’apathie marque souvent le début de l’hypertension crânienne, qu’il s’agisse de tumeurs à évolution lente ou de poussées d’œdème cérébral.

f) Dans les démences organiques (paralysie générale, sénilité, artériosclérose cérébrale), l’indifférence affective est constante, progressive et globale: elle caractérise même les formes simples et tranquilles de ces états déficitaires (démences dites apathiques). Elle peut être plus ou moins camouflée par des survivances d’automatisme dans le comportement, et aussi parfois par une sensiblerie larmoyante ou une hilarité sans raison.

g) Elle se voit aussi dans les étals déficitaires juvéniles, en particulier dans la démence précoce du type Morel et dans la stupeur catatonique. L’apathie, l’indifférence des schizophrènes viennent de ce qu’ils tournent le dos aux réalités ambiantes pour se replier sur eux-mêmes.

Toutefois, à la longue, l’affectivité subit un fléchissement certain et il y a un élément apathique terminal incontestable, tel que l’avait affirmé Kraepelin.

h) Minkowski a insisté sur l’apathie affective, observée sur certains prisonniers de guerre ou déportés revenus à leurs foyers après plusieurs années de captivité (anesthésie affective).

Il n’y a pas de traitement spécifique de l’apathie. Il y en a on traitement causal en certains cas : il est celui de l’affection au cours de laquelle apparaît l’apathie (apathie d’origine glandulaire, apathie confusionnelle d’origine toxique ou infectieuse).

Au point de vue symptomatique cependant, on se trouvera bien quand il s’agit d’une accidentelle et transitoire de toniques généraux ou nervins : strychnine, etc. Les électrochocs redressent très favorablement les tendances secondaires à l’apathie et dissipent de persévération qui viennent souvent prolonger l’état mental primitif.

Ant. Porot et Th. Kammerer.

Incohérence

Manque de cohésion, c’est-à-dire de suite, de liaison logique dans les idées, les propos ou les actes.

L’incohérence apparaît chaque fois que le pouvoir de contrôle et de coordination disparaît, soit par suite d’une dissolution passagère ou prolongée de la conscience, soit par suite d’une détérioration organique cérébrale. Dans un cas comme dans l’autre, le sujet est livré à des automatismes de structure plus ou moins appauvrie.

Dans l’épilepsie, type de dissolution brutale de la conscience avant ou après la crise ou, mieux encore, à titre d’équivalent, on verra le sujet se livrer à des actes singuliers et sans but, à des gestes insolites ou discordants ou tenir des propos franchement incohérents.

Dans les états de confusion onirique, d’origine toxique ou infectieuse, l’incohérence des propos et des gestes traduit la rêverie imageante et désordonnée du malade qui mêle du reste souvent le rêve et la réalité.

Dans les états d’exaltation, dans la manie aiguë, en particulier, les idées se succèdent dans l’esprit du sujet à une cadence insolite et désordonnées, se bousculant, s’enchevêtrant dans un désordre tumultueux qui traduisent des propose décousus et inachevés et une gesticulation incongrue et débraillée.

Une incohérence moins tumultueuse, et simplement paradoxale, s’observe volontiers chez les schizophrènes. Chez les grands déments précoces, la dévastation mentale s’exprime toujours par une incohérence flagrante des propos et du comportement.

L’incohérence, permanente et grossière, est le propre des grands déments organiques ; le paralytique général dans ses propos, souvent achoppés et mal articulés, laisse encore transparaître des rudiments de mégalomanie qui contrastent avec sa misère organique. Le sénile apathique, dans ses rares propos, arrive à peine à construire une phrase correcte et sensée; mais le presbyophrénique, souvent bavard et animé, étale complaisamment ses propos contradictoires, ses fausses reconnaissances et ses fabulations. Les incongruités de sa conduite soulignent l’incohérence foncière de son esprit.

C’est chez les délirants chroniques que l’incohérence prend une grande valeur pronostique quand elle apparaît.

Dans les états de structure paranoïde, elle a une signification de dissociation mentale grave et définitive. Par contre, le vrai paranoïaque garde une vigueur intellectuelle et une logique dialectique qu’il utilise dans l’exploitation de ses erreurs initiales ou de ses fausses interprétations.

Ant. Porot.

« La science a peut-être trouvé un remède pour la plupart des maux, mais elle n’en a pas trouvé pour le pire de tous : l’apathie des êtres humains. » (Helen Keller, femme de lettres américaine, sourde, muette et aveugle, née en 1880 et décédée en 1968). Image : © Megan Jorgensen.
« La science a peut-être trouvé un remède pour la plupart des maux, mais elle n’en a pas trouvé pour le pire de tous : l’apathie des êtres humains. » (Helen Keller, femme de lettres américaine, sourde, muette et aveugle, née en 1880 et décédée en 1968). Image : © Megan Jorgensen.

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