Québec psychologique

Pour l’amour du stress

Pour l’amour du stress

Pour l’amour du stress

La spécialiste en neurosciences étudie l’effet du stress sur le cerveau.

Que celui qui n’est pas stressé se lève ! Le stress s’infiltre dans tous les pores de nos vies.

D’après Sonia Lupien, cependant, ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle. « Nous avons besoin du stress pour survivre. » Mais attention, avec modération. Sinon, le cerveau proteste.

Mme Lupien est professeure de psychiatrie à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. Elle dirige le Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine ainsi que le Centre d’études sur le stress humain.

Elle est aussi titulaire de la Chaire de recherche sur la santé mentale des femmes et des hommes des Instituts de recherche en santé du Canada.

Il y a 20 ans, Sonia Lupien observait que l’hippocampe des personnes âgées présentant des niveaux élevés d’hormones du stress était plus petit que la normale et que leur mémoire s’en trouvait affaiblie. Depuis, elle se penche sur les causes, les répercussions et les traitements du stress.

« La plupart des gens associent le stress au manque de temps disponible pour effectuer toutes leurs tâches. Ce n’est pas exact », observe-t-elle. La chercheuse remet les pendules à l’heure en énumérant les quatre facteurs qui provoquent le stress : la nouveauté, le caractère imprévisible d’une situation, le sentiment d’une perte de contrôle et la menace à l’égo. Vu sous cet angle, le stress se fera davantage sentir chez des populations vulnérables, à commencer par les personnes âgées et les enfants.

Mme Lupien a aussi constaté que l’environnement socioéconomique peut être une grande source de stress pour les enfants. Ainsi, une de ses enquêtes effectuée auprès de 500 jeunes âgés de 6 à 16 ans et issus d’un milieu défavorisé a démontré qu’ils sécrètent des taux decortisol (une hormone du stress qui trouve son chemin jusqu’au cerveau en 10 minutes à peine) deux fois plus élevés que les autres. Leur mémoire, mais aussi leur capacité à apprendre, s’en trouve altérée et la croissance de la structure cérébrale peut même être stoppée. Pas surprenant que le décrochage montre alors le bout de son nez.

Une vulgarisatrice hors pair

Mais à quoi bon accumuler toutes ces connaissances si elles restent entre les mains de quelques experts ? Sonia Lupien est profondément convaincue de l’absolue nécessité de vulgariser ses résultats de recherche. Elle est d’ailleurs elle-même une vulgarisatrice hors pair.

On lui doit, entre autres, les programmes Mon fantastique cerveau pour les enfants et Dé-stresse et progresse pour les adolescents. De plus, elle a récemment élaboré Stress et Cie pour éduquer les travailleurs sur le stress. Elle a aussi publié en 2010 Par amour du stress, aux Éditions Au carré, un ouvrage qui s’adresse au grand public.

Un prof marquant

Sonia Lupien a attrapé le virus des neurosciences à l’âge de 16 ans, dans un cours de psychologie expérimentale au cégep de Saint-Jérôme. Elle devait se livrer à une expérience, mais, ne sachant trop comment s’y prendre, elle a demandé conseil à son professeur, Robert Ducharme.

« Il a pris la peine de m’écouter, de m’interroger sur mes préférences [l’étudiante aimait bien la biologie], pour finalement me remettre un texte sur l’épilepsie qu’on ne pouvait traiter et les conséquences des lésions au cerveau. Ce fut une révélation .» Le texte portait la signature de deux scientifiques ayant tout juste obtenu un prix Nobel.

« Sans connaitre le mot “neurosciences”, j’ai su que je voulais étudier le cerveau », raconte Mme Lupien, dont la passion pour cet organe ne s’est jamais émoussée.

Aujourd’hui, cette mère de deux jeunes enfants tente, comme bien des gens, de trouver son point d’équilibre entre ses nombreuses activités professionnelles et ses tâches et activités familiales, sans stresser outre mesure.

« La meilleure manière de contrôler le stress est de déconstruire chaque situation stressante en ses quatre composantes et de trouver une manière de négocier ces composantes. Mais pour cela, il faut prendre un peu de temps pour travailler sur soi. De mon côté, c’est en compagnie de mon fidèle ami Jim, mon chien, que j’arrive à trouver le temps de maitriser mon stress pour faire en sorte qu’il ne s’accumule pas. Et de plus, ça me garde en forme ! »

Par Paule des Rivières (Texte paru dans la revue Les Diplômés, publiée par l’Association des diplômés de l’Université de Montréal, printemps 2012. Toute reproduction est autorisée à condition de mentionner la source et les auteurs.)

Éclipse

1) Ce terme d’éclipse est parfois employé pour designer certaines suspensions subites de la conscience, soit chez des épileptiques (petit mal), soit chez les artéro-scléreux présentant de brusques spasmes circulatoires cérébraux (certains vieillards qui se perdent dans la rue, inhibitions passagères du langage, etc.)

2) Délire à éclipse : Forme spéciale de délire intermittent dans laquelle un thème délirant reparaît dans sa même formule à intervalles plus ou moins espacés. A été décrit par Legrain dans le délire des alcooliques.

neuroscience

Aimer, écrire sont les seuls remparts que j’aie trouvés contre l’omniprésence de la mort et de la dépression. (Marie Darrieussecq, écrivaine française). Illustration : © Grandquebec.com.

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