Outaouais

Kitigan Zibi

Kitigan Zibi

Réserve indienne algonquine de Kitigan Zibi

La réserve indienne de la communauté algonquine de Kitigan Zibi est situé dans la vallée de la Gatineau, au confluent des rivières Désert et Gatineau, à environ 137 kilomètres de la ville de Gatineau. Elle avoisine immédiatement, à l’ouest et au sud, la ville de Maniwaki. Ce sont des Algonquins de la mission du Lac-des-Deux-Montagnes qui, dans la première moitié du XIXe siècle, sous la direction du chef Pakinawatik, s’amènent sur le territoire drainé par la rivière Désert.

La Compagnie de la Baie d’Hudson les suit de peu en installant un poste de traite à l’embouchure de la rivière, en 1832. Une dizaine d’années plus tard, les Oblats viennent y exercer leur apostolat en établissant la mission de Notre-Dame-de-Désert et, dès 1849, ils réclament aux autorités compétentes la délimitation d’un canton en vue d’établir une réserve pour les Algonquins. Les limites du canton sont tracées en 1850 et c’est sans doute à ce moment que les Oblats lui font attribuer le nom de Maniwaki. Bien que d’origine algonquine, ce nom procède bien d’une désignation commémorative de la part des Oblats qui ont ainsi voulu honorer leur sainte patronne tout en soulignant leur attachement à la langue algonquine. Le toponyme est tiré des racines « mani », adaptation de « Marie » et « aki », « terre, pays, contrée » ; on peut le traduire par « terre de Marie » ou « pays de Marie ». Cette interprétation paraît fondée que d’autres voulant qu’il signifie « rivière croche », de mani, mot de l’ancien algonquin pour « rivière » et « waki », crache, aux tournants multiples, ou encore terre des esprits, de Manito, esprit et aki, terre, pays, contrée. Il faut préciser cependant, à la défense de la seconde interprétation, que la rivière est effectivement marquée, sur une bonne partie de son cours, par la présence de nombreux méandres ou tournants.

Légalement créée en 1851, la réserve sera délimitée en 1853. Dans l’arrêté en conseil qui y procède, on retrouve la variante graphique Manawaki et aussi la forme River Desert pour son nom, aspect intéressant en ce sens qu’encore aujourd’hui les deux noms évoluent toujours parallèlement dans l’usage.

La forme de Kitigan Zibi est venue se rajouter aux deux autres. Le conseil de bande a décidé de donner ce nom à la réserve vers la fin du XXe siècle. Bien que rapporté comme étant l’ancien nom de Maniwaki par le père Joseph-Étienne Guinard, il sera toujours difficile d’affirmer avec certitude que ce nom est bien antérieur à ceux de Maniwaki et de River Desert. Probablement apparu avant celui de Maniwaki qui, comme il a été précisé remonte à 1850, il suivrait, il suivrait chronologiquement celui de River Desert datant de 1826. C’est le sens précis des mots desert ou désert, en français, et kitigan, en algonquin, qui entraîne cette interprétation. Désert signifie en effet au Québec « endroit défriché, champ, jardin » et l’on croit qu’il proviendrait, dans le cas présent, du défrichement effectué par la Compagnie de la Baie d’Hudson pour l’établissement de son poste, de ses dépendances et du jardin attenant. Or tous les dictionnaires amérindiens consultés, réservent précisément le sens de « jardin, terre cultivée, terrain défriché » au mot « Kitigan ». On traduit par des termes tout à fait différents la notion de clairière naturelle. Ce sens implique donc l’intervention humaine et, comme il est fort peu probable que les Algonquins aient défriché l’endroit pour y tenir jardin, leur intérêt se portant plutôt aux activités reliées à la forêt, il serait sensé de croire qu’ils aient effectivement donné le nom en constatant l’intervention du traiteur de la compagnie sur l’environnement local.

Il ne s’agirait pas d’un cas unique, le nom Waskaganish à la Baie-James, présentant le même phénomène. Avec sa population de plus de 1 000 personnes inscrites, Kitigan Zibi constitue la réserve algonquine la plus importante au Québec. Il y a quelques années, le conseil de bande a élaboré un vaste programme d’aménagement et de développement de la forêt qui couvre une bonne partie de la réserve de 175 kilomètres carrés. Cette opération vise autant la création d’emploi que la protection du milieu naturel. On peut aussi, en visitant la réserve, y constater un réel dynamisme économique et culturel.

Un supermarché, une station d’essence, une école moderne dotée d’une excellente bibliothèque accessible à l’ensemble de la communauté, une boutique d’artisanat, une radio communautaire et un centre éducatif et culturel témoignent de ce dynamisme. Inquiète du désintéressement de ses jeunes face à leur langue, la communauté a décidé de réintroduire l’enseignement de l’algonquin à l’école, au début du XXe siècle

Kitigan Zibi Anishinabeg, réserve indienne . Photographie libre de droits.
Kitigan Zibi Anishinabeg, réserve indienne . Photographie libre de droits.

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