Femmes du Quebec

Histoire du mouvement féministe

Histoire du mouvement féministe

Le mouvement féministe dans l’Outaouais au milieu du XXe siècle

Avant d’aborder le mouvement féministe dans l’Outaouais, il est important de rappeler les liens qui existent entre les différents mouvements sociaux et que le fait de relier des activités ou des groupes spécifiques à l’un ou l’autre de ces mouvements simplifie un ensemble très complexe de rapports sociaux. L’engagement social ou politique naît de préoccupations diverses ; par exemple, le fait de résider dans le centre-ville de Hull, le fait d’être francophone ou femme sont autant de facteurs qui aident à façonner l’opinion politique ; ils sont également des éléments de base du mouvement féministe.

Une fois de plus, celui-ci illustre les trois composantes d’un mouvement social. Le mouvement féministe s’est édifié sur la solidarité de ses membres; en même temps, il a clairement fait connaître son opposition à tout un éventail de programmes ou de pratiques déjà existants, tout en envisageant une transformation majeure de la société.

Il est difficile de bien cerner les caractéristiques particulière du mouvement féministe de l’Outaouais tout en le situant dans le contexte plus large du féminisme mondial. Partout dans le monde, la politique a été marqué par la remise en question du rôle des femmes dans la société, par des pressions pour changer ce rôle et par la création d’institutions et de réseaux de solidarité visant à améliorer leur condition. Ces enjeux touchent aussi l’Outaouais, mais il existe un mouvement féministe propre à la région que l’on peut d’ailleurs découvrir à travers la publication du comité « Femmes en tête Outaouais ». Tant dans la manière dont on vécu les femmes que dans la façon dont s’est organisé le mouvement féministe, les conditions particulières de la région ont influencé l’action, le mode de fonctionnement et la compréhension du mouvement.

Le mouvement féministe marque tous les secteurs de la société, du monde du travail aux services sociaux, en passant par les activités culturelles, l’éducation et même ce château fort masculin entre tous, la politique. Les changements sociaux sous-jacents deviennent aussi plus évidents. Entre autres, on dénote une importante augmentation de la participation féminine au marché du travail rémunéré, particulièrement chez les femmes ayant de jeunes enfants, une croissance majeure de la participation féminine à l’enseignement post-secondaire et une diminution spectaculaire du taux de natalité. Mais en même temps, l’écart entre le salaire des femmes et celui des hommes n’est comblé que très lentement. La violence faite aux femmes demeure un phénomène très répandu et les conditions et les services les plus importants pour favoriser l’égalité des femmes sur le marché du travail, tels un accès égal à l’éducation et les garderies, sont loin d’être adéquats. Les écarts dans les conditions socio-économiques, les services disponibles et les attitudes sociales entraînent des mouvements de pression, d’organisation et de mobilisation, de la part et à l’intention des femmes.

Dans un aussi bref exposé, il est impossible de mettre en valeur tous les individus et groupes ayant joué un rôle dans le mouvement féministe en Outaouais. Nous souhaitons simplement indiquer les principaux secteurs d’activité et donner un aperçu de leur évolution.

Il est difficile de situer les débuts du mouvement féministe, car ils sont issus de débats passionnants, de discussions autour de la table de la cuisine et de réunions non officielles où des femmes se rencontrent pour exprimer leur solidarité et leur besoin de solidarité. C’est en 1974 qu’a lieu ce qu’on pourrait considérer le début officiel du mouvement féministe moderne en Outaouais : la fondation du Centre des femmes. En même temps, il importe de ne pas considérer ce mouvement comme quelque chose de tout nouveau ou n’ayant aucun lien avec d’autres activités ou groupes de la région. Depuis le début du XXe siècle, certains groupes tels le Cercle des fermières, fondé en 1913, et la Fédération des femmes canadiennes-françaises, créée en 1914, ont vu le jour. D’autres sont aussi apparus dans les années 1960, telles l’Association des femmes diplômées des universités (1965), l’Association des Dames Hélène de Champlain (1962) et L’Association féminine d’éducation et d’action sociale ou AFÉAS (1966). Ces associations réunissent des femmes autour de projets touchant à l’éducation et le soutien mutuel, les services et l’assistance aux autres, permettant ainsi d’exprimer le point de vue des femmes et de sensibiliser les autorités gouvernementales à ces problèmes.

Les marraines

De plus, les femmes sont très actives dans les comités de citoyens et, en ce sens, il existe des liens entre ces comités et le mouvement féministe. En 1972, l’un des comités sur les questions d’éducation s’occupe d’un projet appelé « Les Marraines », où l’objectif est de créer un lien entre l’école et le milieu familial. Le groupe est sensible à la condition spécifique des femmes et se préoccupe particulièrement des problèmes de celles qui sont à la tête de familles monoparentales. On se met à faire du porte-à-porte et on découvre toutes sortes de problèmes, surtout celui des femmes seules avec des petits. Aujourd’hui, c’est connu ; mais, à ce moment-là, c’était pas tellement connu. Y en avait beaucoup. Pour nous, c’était des femmes qui étaient prêtes à faire quelque chose pour l’école où elles avaient des petits. C’est la même année, en 1974, qu’ont lieu en Outaouais les premières marches du 8 mars marquant la Journée internationale des femmes . Plusieurs activités s’organisent encore à cette date.

Dans la région, on peut parler d’un mouvement féministe spécifique à partir du milieu des années 1970 et ce, jusqu’à aujourd’hui. Cette période a connu plusieurs changements, dont le plus important est la place toujours plus grande que prennent les groupes orientés vers le champ des services. En 1985, Françoise Romaine Ouellette analyse ce phénomène dans une étude portant sur tout le Québec :

Les groupes qui investissent plus particulièrement le champ des services sont ceux qui établissent la distinction la plus importante entre la situation d’ensemble des groupes de femmes en 1984-1985 et celle qui existait il y a dix ans au moment de l’Année internationale de la femme. Ils témoignent d’un élargissement des préoccupation des femmes et de l’augmentation du nombre de femmes ayant des compétences pour gérer des ressources communautaires. Cependant, ils témoignent aussi de l’impact qu’ont les politiques gouvernementales sur l’évolution du mouvement des femmes. En effet, sans les programmes de création d’emplois communautaires, qui se sont multipliés dans les années 1980, les femmes auraient-elles pris leur place dans le secteur des services? Si elles avaient pressenti à quel point les gouvernements s’appuieraient sur les organismes bénévoles pour alléger leurs responsabilités par rapport aux services sociaux, de santé et d’éducation, les femmes se seraient-elles engagées aussi fortement dans la mise sur pied de ressources communautaires?

Une autre étude des groupes de femmes en Outaouais à la fin des années 1980 révèle la même importance réservée aux services. Ces groupes restent en contact avec les autres groupes de femmes, mais ils font aussi partie de réseaux reliés à leur champ d’activité. Grâce à ces réseaux, ils sont en contact tant avec les organismes gouvernementaux qu’avec d’autres groupes non gouvernementaux : « Les groupes de femmes présentent donc une double insertion sociale : ils font partie du réseau du mouvement des femmes et, en même temps, des réseaux sectorisés des domaines de politiques publiques.

(Histoire de l’Outaouais. Sous la direction de Chad Gaffield. André Cellard, Gérald Pelletier, Odette Vincent-Domey, Caroline Andrew, André Beaucage, Normand Fortier, Jean Hawrvey, Jean-Marc Soucy. Centre de la recherche de l’institut nation de la recherche scientifique, 1994).

Trois grâces
Trois grâces. Illustration – Megan Jorgensen.

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