Des nouvelles pas fraîches

Victimes de la thalidomide

Victimes de la thalidomide

Les victimes de la thalidomide ne lâchent pas

« Les films faits avec vos enfants et vous, ce sont des morceaux de votre vie. Des morceaux de la vie de vos enfants.

« Mesdames et Messieurs, vous avez sacrifié votre vie pour vous occuper de vos petits thalidomidiens.

« J’ai obligé les avocats de la compagnie Richardson-Merrell à voir ces films.

« Dès lors, ils n’ont pu nier l’impact que produiraient ces images devant un jury.

« Ils ont évalué. Et ont commencé à négocier.

« Peu importe que les trois juges de la Cour d’appel aient débouté le jugement rendu précédemment par une cour du New Jersey.

« Bien au contraire, nos rencontres de cette semaine laissent croire que la compagnie est plus consciente que jamais qu’elle doit payer pour les dommages causés par un de ses médicaments.

C’est samedi soir à l’hôtel Reine-Élizabeth. Dehors il fait tempête.

Pourtant une soixantaine de parents sont venus des quatre coins du Québec pour entendre Me Arthur Raynes et Me Pierre Marois expliquer ce que veut réellement dire le jugement rendu cette semaine par les juges de la Cour du 3e district américain.

Une mère est venue d’aussi loin que Chibougamau (700 milles); une autre de Rouyn. Si les parents ne comprenaient pas très bien ces histoires de négociationset d’appels d’une Cour à une autre, ils sont repartis rassurés: Me Raynes leur a affirmé qu’il ne lâcherait pas, parce que leur cause était et est juste et qu’ils sont le groupe de parents « le moins égoïste qu’il ait rencontré ». Toutefois, la manchette de LA PRESSE de jeudi, reprise par tous les media a effrayé les enfants de la thalidomide qui sont aujourd’hui âgés de 12, 13 et 14 ans. Mais sans raison. Et pour convaincre les parents que c’est la compagnie américaine qui est vraiment effrayée des dimensions que prend cette affaire, Me Raynes a expliqué que les règlements de compensation proposés sont maintenant assez près de ceux exiges par les avocats des enfants. Et dire, d’insister Me Raynes. qu’il n’y a pas si longtemps, un ne proposait rien. C’est donc que votre cause n’est pas sans représenter certains dangers pour Richardson-Merrell Toujours selon Me Raynes, c’est le programme de compensation qui n’a été rendu public que l’été dernier, qui aurait amené les juges à donner raison à la compagnie. Un programme que la compagnie a présenté en long et en large devant les juges, poussant même « la générosité jusqu’à le prolonger jusqu’au juin prochain ».

Ce programme, selon les avocats, est une sorte de police d’assurance: la compagnie reconnaît donc qu’elle doit payer pour le mal fait par son médicament. Et la compagnie craint tout autant les juges québécois, un jury québécois qu’un jury américain. Elle doit régler avant. Elle se doit donc de proposer des sommes convenables pour assurer un avenir à l’abri des problèmes financiers aux thalidomidiens qu elle a elle-même créés.

Tout en sirotant un dernier calé, la soixantaine de parents conversaient, ils se rappelaient qu’au tout début de leur aventure de regroupement, il y a deux et trois ans. Richardson-Merrell ne voulait rien savoir d’eux, la compagnie se cachant derrière le délai de prescription québécois qui veut qu’une plainte en dommages-intérêts peut être logée contre un fabricant seulement durant la première année qui suit la constatation de l’infirmité. Les négociations se poursuivent donc entre Richardson-Merrell et les avocats des enfants. Et les parents sont rassurés. Tout et comme ils ne sont pas prêts à lâcher.

(Cette nouvelle a été publiée dans le journal La Presse le 27 janvier 1975).

Montréal en hiver. Photo de GrandQuebec.com.

1 commentaire

  1. Nicole

    2021/01/29 at 11:29

    Je me rappelle la première fois que cette horrible histoire était publiée il y a 46 ans. Par après, des photos et des témoignages. Sinistre.

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