Des nouvelles pas fraîches

Une jolie veuve et son protégé

Une jolie veuve et son protégé

La jolie veuve, son protégé et une charité qui coûte $178 (en dollars de 1940)

Les quinze « tunes » pour la caisse électorale et les ficelles d’un prévenu
Monsieur « Gargaille »

Un nommé Henry De Salles, sans adresse connue, aurait monté un de ces bateaux digne du sous-marin de Jules Verne, lorsqu’il promit « une position de tout repos », dans le service civil bien entendu, à sa prétendue victime, Paul-E. Champagne, 7120, rue Saint-Hubert. Ce dernier voulait « travailler pour le gouvernement », et notre De Lasalle se serait fait passer auprès de lui pour « un ancien de la provinciale » ; il en aurait obtenu la somme de $178 destinée à préparer les « voies », régler des notes de voyage, envoyer des télégrammes aux honorables Bouchard et Girouard, et que sais-je ?

Le plus drôle dans tout cela, comme l’a révélé la preuve faite hier devant le juge Amédée Monet, ce n’est pas l’aspirant qui paya, mais une jolie veuve de 40 ans, Marie-Rouse Toupin, protectrice de Champagne. Ce témoin a déclaré au tribunal :

– Madame veuve Archambault (Marie-Rose Toupin) très « charitable », payait pour me faire avoir une position du gouvernement. Le 14 décembre, je découvris que les télégrammes envoyés par le prévenu étaient faut et je vis l’ancien chef Jargaille qui me dit…

– Je m’objecte, interrompt Maître Willie Proulx, avocat de la défense.

– Objection maintenue, conclut le tribunal. Ce qu’une tierce personne a pu déclarer ne peut faire preuve. Je dois dire ici que si je présidais au procès. Je libérerais le prévenu, parce que la preuve des fausses représentations n’a pas été faite, mais nous sommes à l’enquête judiciaire.

Et maître Jean Hétu de déclarer aussitôt :

– Nous allons faire cette preuve dans quelques instants, et j’ai un témoin pour prouver que le prévenu n’a jamais fait partie de la police provinciale. Ce fut sa principale raison auprès de la veuve et du protégé pour obtenir la somme de $178. Il était de la « vieille garde » et pouvait placer Champagne d’un tour de main, sans plus.

Quinze minutes plus tard, l’audience reprend, et Me Hétu fait témoigner M. Marcel Despaties, comptable en chef de la police provinciale, à Montréal. Le témoin jure que depuis quatre ans il n’y a pas eu de constable, ni de détective à l’emploi de la province portant le nom de l’inculpé à la barre. Après cette déclaration, le juge Monet ordonne l’examen volontaire de l’accusé et en fixe la date au 24 janvier.

Parmi les documents produits par Maître Jean Hétu, un télégramme forgé se lit comme suit : « Venez à Québec immédiatement chercher les papiers nécessaires pour entrer en fonctions. »

Et c’est signé « Girouard » le nom du procureur général actuel. La liste des dépenses du prévenu et de ses « dons » afin de « faire le nid » de Champagne, est délicieuse. On y voit d’abord le nom de « monsieur Gauthier, député ».

Il y a une somme de $15 pour la « caisse électorale », un montant de $26 est consacré à un voyage à Ottawa, avec mention « argent de poche », puis c’est $20 avec cette mention : « Québec, bloqué ». Enfin le prévenu avait inscrit une somme de $40 pour l’honorable Bouchard, et au bout du nom du ministre, le mot « civil ». Le poulet est complété avec une visite à monsieur Jargaille, le 14 décembre, mais on a massacré ce nom en écrivant « Gargaille ». Voilà un procès en perspective qui ne devrait pas manquer de saveur.

(Cela s’est passé le jeudi, 18 janvier 1940).

La vie est un conte de fée qui perd ses pouvoirs magiques lorsque nous grandissons (Robert Lalonde). Photo de Megan Jorgensen. Un gros dragon au jardin des rêves.
La vie est un conte de fée qui perd ses pouvoirs magiques lorsque nous grandissons (Robert Lalonde). Photo de Megan Jorgensen. Un gros dragon au jardin des rêves.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *