Des nouvelles pas fraîches

Un fils tue son père

Un fils tue son père

Archibald Scott va peut-être échapper à la pendaison

Les jurés demandent au tribunal la conduite à suivre, si le prévenu a défendu sa vie

Québec, le 20 novembre 1940. Archibald Scott, accusé du meurtre de son vieux père, connaîtra son sort ce matin, à la reprise de l’audience de la Cour d’Assises. Après tout un après-midi de délibérations, les jurés n’étaient pas encore décidés à rendre un verdict, et, à 5 heures, tous revenaient devant le juge en chef Greenshields se faire expliquer la loi relative à l’homicide involontaire. Le président du jury alla même jusqu’à demander au tribunal.
Mais si Scott a tué pour défendre sa propre vie ?

Si vous avez la conviction absolue que le prévenu a tué pour défendre sa vie, il n’y a pas de crime, et vous devez l’acquitter, dit le juge en chef.

Le jury se retira, après avoir dit qu’il serait prêt à rendre son verdict à 6 heures, mais à cette heure le président déclara qu’il valait mieux attendre à ce matin. Cette incertitude des jurés est de bon augure pour Scott. C’est du moins ce qu’espérait son avocat, Maître John Crankshaw, qui attendait le verdict avec les journalistes. Nous ne serions pas surpris si le jury rendait un verdict d’acquittement ; sinon il y aura un verdict d’homicide involontaire, le cas du meurtre semblant écarté.

Les derniers témoins de la défense ont été entendus hier matin, René Lachapelle, tavernier, déclara avoir vu la victime à son établissement la veille du drame, entre huit à dix heures du soir. Il aurait pris de nombreuses libations avant de retourner à son domicile. Le révérend Dr. George Donald, pasteur de l’église Saint-Andrew and Saint-Paul, expliqua au jury que le prévenu Archibald Scott avait toujours été très doux et courtois, et que chacun le tenait pour parfaitement honnête. Jamais on le vit en colère, et tous les paroissiens l’aimaient.

Dans son plaidoyer, Maître John Crankshaw insista sur la misère d’un homme de 60 ans accusé du meurtre de son père. Le jury sait d’après la preuve que le père était robuste, fort et vigoureux, alors que le fils, l’inculpé à la barre est un petit homme qui pèse à peine cent livres. Le père avait bu, et lorsque le fils le vit en courroux, il crut sa vie en danger, vu les gestes menaçants de la victime. Le prévenu se défendit avec ses mains. Et qui peut nier que la mort n’a pas été causée par autre chose que la strangulation, chez un vieillard de 80 ans ? C’est un cas de légitime défense, et le prévenu doit être acquitté.

Maître John Long, C.R., avocat du ministère public, déclare ensuite qu’il a eu meurtre. Le jury doit se demander si le prévenu avait l’intention de commettre ce meurtre, lorsqu’il sauta à la gorge de son père. Pourquoi Scott n’a-t-il pas crié au secours ; pourquoi ne tenta-t-il pas de ranimer son père lorsqu’il le vit inconscient ? Et, de continuer Maître Long, l’autre fils, Harry Scott, en voyant son père mort, s’empresse de dire à Archibald : « C’est toi qui l’a tué! ». Il y avait donc inimitié entre les deux. On ne peut songer un moment à la légitime défense, lorsque l’on sait l’âge de la victime (80 ans). Et si le prévenu s’était cru menacé par son père, il était libre de fuir et de demander du secours.

Le juge en chef Greenshield exposa la loi au jury et définit le meurtre et l’homicide involontaire, tout en soulignant un troisième verdict, celui d’acquittement , si la preuve était faite hors de tout doute de la légitime défense.

(Cette nouvelle date du 15 novembre 1940).

PS » Archibald Scott, accusé du meurtre de son vieux père, âgé de 78 ans, a été acquitté le lendemain par le jury de la cour d’Assises, après avoir délibéré pendant 15 longues heures.

« Suicide. On ne voit rien du tombeau, des horreurs de la mort, mais on a le désir infini de se mêler à la tristesse attirante des choses. » (Jules Renard, écrivain français né en 1864 et décédé en 1910). Le suicide est la pire solution de vos problèmes. Photo : Megan Jorgensen.
« Suicide. On ne voit rien du tombeau, des horreurs de la mort, mais on a le désir infini de se mêler à la tristesse attirante des choses. » (Jules Renard, écrivain français né en 1864 et décédé en 1910). Le suicide est la pire solution de vos problèmes. Photo : Megan Jorgensen.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *