Des nouvelles pas fraîches

Tribunaux comiques au Québec

Tribunaux comiques au Québec

Tribunaux comiques au Québec en 1939, chronique judiciaire

La femme « serrée »

Paul Sainte-Marie, accusé d’avoir « soulevé de terre Madame Hervé Auclaire, en tentant de la jeter dehors », après avoir été déclaré coupable, le 9 mars 1939, par le juge Jules Desmarais, bénéficia d’une remise de peine, après un appel à la clémence présenté par Me De St-Georges Weilbrenner, avocat de la défense.

Disons de suite que la plaignante est la future belle-mère de l’inculpé. Ce dernier avait été nommé par le mari gardien du logement Auclair. Dans la matinée du 2 février 1939, madame arrive, entre et va à la salle de bains enlever une tablette de marbre. Sainte-Marie enlève la tablette à sa future belle-maman et lui dit de n’y plus toucher.

Sainte-Marie, dans son témoignage, déclare :

– Il est vrai que je l’ai « poignée ».

– L’avez-vous serrée ? Demande ici Maître Joseph Bukdy, avocat de la poursuite.

– Oui.

– À quel endroit ?

– Près de l’escalier.

– Vous dites ?

– Mais je dis près de l’escalier !

Fernande Auclair, une ravissante brunette aux grands yeux bleus, la « promise » de l’inculpé, vient témoigner contre sa mère et dit :

-Si maman me parle grossièrement, je lui réponds grossièrement. Moi aussi j’ai enlevé la tablette de marbre à maman, parce que cette tablette n’était pas dans la liste du huissier qui était à exécuter une saisie-revendication.

Le juges Desmarais écoute la défense, puis décrète :

– Le prévenu, nommé gardien, avait le droit d’empêcher la femme de s’emparer des effets. Il semble y avoir de l’animus entre les parties, et, si le prévenu a touché à la plaignante, il y a eu provocation. Dans ces circonstances, je le déclare coupable, mais je le fais bénéficier d’une remise de peine.

Affaire de bouchons avec débouché civilement

Fermoir automatique en caoutchouc qui semble avoir fait couler bien… du lait

Une affaire qui semble être purement civile, au dire du juge en chef Gustave Perrault, a occupé ce tribunal pendant toute la matinée d’hier. Il s’agit de M. Georges-Antoine Mayrand, 4418, rue Delorimier, accusé par M. Euclide Pellerin, 5434, rue Chapleau, d’avoir converti à son usage personnel une somme de $135 placée par le plaignant dans une société commerciale appelée « Montréal Stopper », fabricante de bouchons en caoutchouc pour bouteilles de lait. Le nom du bouchon n’est pas sans saveur, puisqu’on le nomme « All Day ». Il a la propriété d’empêcher le lait de « tourner », même si la bouteille roule.

Le plaignant, appelé dans la boîte par Maître Antonio Allard, C.R., avocat du ministère public, relate sa mésaventure et dit avoir été payé.

– Comment avez-vous été payé ? Demande le tribunal.

– Avec des chèques sans provisions. Vous appelez ça payé, vous ?

– Soyez plus poli, sinon je vais vous faire taire, dit le juge Perrault avec sévérité.

– Vous avez tantôt juré que le prévenu s’était acheté un radio avec votre argent ? S’enquiert encore le tribunal.

– J’ai dit qu’il attendait mon argent pour l’acheter.

– Vous n’étiez pas là ?

– Non.

– Alors, ne dites donc pas ce que vous ne savez pas.

– Pourquoi avez-vous signé un mandat contre l’inculpé ? Demande Me Jean-Marie Nadeau, avocat de la défense.

– Il a pris mon argent pour des fins personnelles, au lieu d’exploiter la patente des bouchons  « All Day ».

– Vous fabriquiez des bouchons ? Demande le juge Perrault.

– Oui, des « caps » à lait.

– Pourquoi ne pas avoir poursuivi devant les tribunaux civils ?

– Je suis devant la justice pour la première fois, et on m’a dit que je devais aller au « criminel », parce qu’il avait promis de me rembourser.

– La correctionnelle n’est pas un tribunal de perception, souligne le juge en chef. Votre contrat avec Mayrand vous oblige à demander une reddition de comptes, ce que vous n’avez pas fait. Vous manqueriez votre coup, même devant un tribunal civil.

À Me Nadeau, le plaignant admet que Mayrand a payé plusieurs comptes avec l’argent de la société. Après quelques autres témoins, y compris Louis Carrier qui déclara connaître Mayrand comme « voulant tirer au renard avant de fuir aux États-Unis », le tribunal ajourne le tout au 5 avril afin de permettre au ministère public de produire des exhibits se rattachant aux nouveaux bouchons.

Fleurs de lotus et jeux défendus

Les loteries chinoises, ouvertes trois jours et aussitôt fermées

Les loteries chinoises durent ce que durent les lotus, dans le milieu délétère pour elles créé par la police judiciaire. Les Fils du Ciel de Montréal, après plusieurs mois de repos, se décidaient à reprendre leur petit commerce, ces jours derniers, et, dans cinq endroits appropriés, offraient aux blancs, ces petits billets dont les hiéroglyphes datent de Confucius. À chaque tripot deux ou trois Chinois, impassibles comme des bouddhas, mais allant à toute minute à leur poêle à gaz, boire une gorgée de thé, ne cessaient de faire des reçus pour ces mises de dix centins qui peuvent rapporter jusqu’à $360.

Mais, – il y a toujours un mais dans la vie, même pour les Chinois, – le sous-inspecteur Léopold Trottier veillait. D’un seul coup il vida toutes les loteries nées de la veille. Devant le juge J.-C. Langloir, hier et jeudi, les tenanciers s’avouaient tout coupables, par signe de tête, en réponse à leur interprète, Me Gordon Yuen, et le tribunal leur imposait à chacun une amende de $50 plus les frais ou, à défaut, une peine de prison de 30 jours. Les quelques blancs trouvés, soit chez Hung Low, soit chez Hum Kong ou chez Wong Kiss, s’en tirèrent avec chacun une amende de $10, frais inclus.

Variété de femmes : il faut voir avec quelle mélancolie elle avale un pot de confitures. (Jules Renard Journal de Jules Renard 1887-1892.) Photographie de Megan Jorgensen.
Variété de femmes : il faut voir avec quelle mélancolie elle avale un pot de confitures. (Jules Renard Journal de Jules Renard 1887-1892.) Photographie de Megan Jorgensen.

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