Des nouvelles pas fraîches

Tramway frappe camion

Tramway frappe camion

Un tramway peut-il atteindre du 120 milles à l’heure ?

L’honorable juge Denis ne le croit pas et il rejette une action en dommages

Un tramway a-t-il jamais atteint la vitesse de cent vingt milles à l’heure à Montréal ? L’honorable juge Jean-J. Denis, de la Cour supérieure, ne le croit pas et c’est pourquoi il vient de rejeter avec dépens l’action en dommages au montant de $800 intentée par M. Lucien Gauthier à la Compagnie des tramways de Montréal.

Monsieur Gathier poursuivait la Compagnie en prétendant que son camion avait été frappé par un tramways qui allait trop vite. Il expliquait que stationné sur la rue Amherst, il venait à peine de démarrer et d’atteindre la voie ferrée qu’un tramway le frappait par en arrière. Avant de démarrer, il avait, disait-il, aperçu le tramway mais il était à ce moment à une distance de 500 pieds en arrière. Cependant, il avait à peine parcouru une trentaine de pieds à une vitesse moyenne de six milles à l’heure que le tramways le frappa. C’est donc qu’il allait trop vite et la compagnie doit lui payer ses dommages.

La Compagnie se défendit en plaidant que le tramway allait à une vitesse réglementaire et que, si l’accident était survenu, c’est que le demandeur avait démarré brusquement, sans avertissement, et s’était aventuré immédiatement sur la voie ferrée en obliquant subitement pour passer en avant du tramways qui s’en venait.

La preuve présentée par la Compagnie des tramways supporta les prétentions de la défense. Ses témoins, tous désintéressés, impressionnèrent favorablem

ent le tribunal qui a rejeté la version de la demande comme fantaisiste.En effet, dit le tribunal dans son jugement, si l’on admet la version du demandeur, il faut admettre que, pendant que le camion avançait sur une distance de trente pieds à six milles à l’heure, le tramway, qui était 500 pieds en arrière, avança à une vitesse suffisante pour le rattraper, soit une vitesse de 120 milles à l’heure.

Suivant le propre témoignage du demandeur, ce dernier aurait parcouru une distance de trente pieds à six mille à l’heure avant d’être frappé par le tramway qui, au moment du départ du camion, était à une distance de 500 pieds en arrière. À ce sujet, l’arrêt déclare :

« Considérant que, à une vitesse de six milles à l’heure, un objet parcourt environ neuf pieds à la seconde, de sorte que, pour parcourir trente pieds à six milles à l’heure, il a fallu au demandeur trois secondes et un tiers ;

« Considérant que, toujours d’après la version du demandeur, il a donc fallu, pour que la collision se produise, que le tramway de la défenderesse, qui était à une distance de 500 pieds lorsque le camion s’est mis en mouvement, couvrit cette distance en trois secondes et un tiers pour venir frapper le camion du demandeur, ce qui revient à dire que, sur ce parcours de 500 pieds, le tramway aurait circulé à une vitesse de 150 pieds à la seconde ou environ 120 milles à l’heure.

« Considérant que l’exposé ci-dessus, basé strictement sur le témoignage du demandeur, démontre la fantaisie de ce témoignage et démontre aussi que le demandeur a une conception absolument erronée des faits essentiels et immédiats qui ont causé et qui peuvent servir à expliquer l’accident… »

Le jugement rejette donc la version du demandeur et, ajoutant plutôt foi aux témoignages désintéressés de la défense, il rejette l’action avec dépens.

(C’est arrivé le 8 mars 1939, à Montréal).

« Pour le révolutionnaire, c’est toujours le même éternel conflit entre la morale individuelle et la morale collective. » (Madeleine Ouellette-Michalska, romancière québécoise, Le Dôme). Image : © Megan Jorgensen.
« Pour le révolutionnaire, c’est toujours le même éternel conflit entre la morale individuelle et la morale collective. » (Madeleine Ouellette-Michalska, romancière québécoise, Le Dôme). Image : © Megan Jorgensen.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *