Des nouvelles pas fraîches

Toilettes de printemps

Toilettes de printemps

C’est en plein hiver que naissent les féeriques tissus dont on fera les toilettes de printemps et d’été

Chaque année, à l’époque où les arbres n’ont plus de feuilles, où la bise glace les visages, où les nuages sont lourds de pluie ou de neige, les fabricants de tissus nous offrent le soleil de leurs créations de printemps.

Nous voici chez Hurel. Les tissus qui défilent sous nos yeux font songer à la palette enchantée d’un magicien. Ils revêtent des tons irréels, ils semblent faits de morceaux de libellules, d’élites de scarabées, ds poussière d’ailes de papillons des nageoires-voiles de poissons japonais.

Soieries brillantes

Voyez cette faille de rayonne plissée-tissée, brillante et souple : noire et bleutée, elle a des reflets de mer ; noir et verte, on la prendrait pour un insecte ; noire rt rouge pour un vitrail.

Le crêpe georgette emprunte des couleurs chères à Marie Laurencin, des vers légers, des roses éteints et des gris étranges, créés, semble-t-il, par un jet de vapeur, une bouffée de fumée. La faille perforée permet des transparences les plus inattendues. Elle est apprêtée de telle manière que le tissue ne peut s’effilocher et son aspect inattendu a fait dire à la petite fille qui m’accompagnait : « N’est-ce pas avec cela que les nuages sont faits quand il pleut ? »

Rayonne et coton

Et voici un gros grain énorme, rayonne et coton, tout indiqué pour la robe princesse : violet évêque, vert Véronèse, bleu Cachemire. Ce même tissu moiré prend les reflets de sirène sortant de l’eau, des pétales de fleurs vues sous le microscope d’une goutte de rosée. Je l’aime moins couvert de pois de tailles différentes, blancs et noirs, mais je m’enthousiasme quand il s’imprime de longues rayures inégales qui lui donnent l’aspect d’une peau de zèbre souple et infroissable.

La soie d’Arménie passe maintenant sous nos yeux et fait palpiter nos sens comme le parfum distillé par une cassolette. Cette soie sauvage qui garde son aspect d’origine prend celui d’une estampe lorsqu’elle s’imprime de dessins japonais. Naturelle, la voici en bleu tendre, en rose fané, rouge géranium, vert jeune pousse.

La faille tissée avec de la laine de lamas et de la soie pure prend des tons si inattendus que l’on est tenté pour la décrire d’emprunter le vocabulaire du 18ème siècle : « gris araignée méditant un crime », « souris enamourée », « taupe intimidée », « pigeon mort d’amour ».

Le fil d’Arménie

Ce même fil d’Arménie tissé avec un fil irrégulier forme un organdi de soie, qui se pare des couleurs chères à Delacroix lorsqu’il peignit les intérieurs algériens : vert-jaune, mauve-rosé, rouge-orangé.

Sur taffetas de soie, voici trois imprimés représentant des bleuets, des marguerites, des coquelicots, dont les fleurs serrées s’agglutinent sur un fond de même ton.

Les tuiles, légers comme un souffle, sont d’une grande variété de mailles, de réseaux, de coloris. Parmi les dernières nouveautés, nous remarquons un tulle fantaisie rayé dans le tissage.

Et voici une trouvaille,m toujours en crêpe d’Arménie, tout soie, des panneaux plissés se présentant sous forme de « pentes imprimées qui l’on emploie en biais, quatre lés formant une jupe entière ou pouvant s’utiliser en quilles sur une robe de même tissu mais en ton uni.

L’alpaga

Nous avons retrouvé également le cher alpaga de nos grand’mères en soie et laine de lamas permettant de donner au tailleurs un allure étonnante dont la « tenue » est néanmoins pleine de souplesse dans un ton de catleïa.

Chez Fred Carlin ce deux alpaga est également en vogue ; mais il est travaillé d’une façon nouvelle, brocheté très en relief. Il prend nom « alpaga porphyre » et se trouve dans des tons assombris aux reflets glacés. Mais ce qui m’a frappé surtout chez Fred Carlin, ce sont les imprimés. Adieu les impressions voyantes en vogue voici quelques années et qui faisaient ressembler les femmes à des champs de fleurs, à des serres capiteuses où le feuillage s’éclairait ici et là de touches vives. Aujourd’hui, nous admirons, sur la toile-alpaga, d’étranges arabesques, avec des motifs en rosaces, rappelant des vitraux, ceci dans les tons sourds chers à Rouault, dans des gammes tricolores mauve, vert et bleu, – marron, grège et gris, – orangé, rouge et bleu ; et puis, des jets de feuilles vertes, jaunes, pourprées avec des nervures opposées.

Une nouvelle série de feuilles stylisées dégradées, noires et brunes, orangées et bleues, vert foncé et groseille sur fond blanc, une fantaisie amusante, pour le jardin, l’arroseuse, abreuvant des fleurs jaunes, bleu lavande, violacées.

Noms vieillots

Dans la série des « cuits », les tissus prennent des noms au son vieillot, rappelant l’élégance de nos aïeules : Ratzimir Angor, Poul de soie Nitouche, faille Blondie, organsin Rodhia, aux côtés desquels la série des tissus en soie naturelle sauvage, au toucher particulièrement nerveux, ont un air d’un modernisme extrême. Nous les voyons avec des reflets métalliques irisés rappelant des plumes d’oiseaux : lophophore, canard de Barbarie, pivert, geal, en crepon tussah les coloris deviennent japonisants : itis rose, grue de paradis, poule sultane, goura.

Travaillé en faille, ce même tussah, se pare de tons opalines : bleu prune, jaune citron, rose fraise, vert pomme et aussi deux tons nouveaux : anthracite et chaudron. Le tarzimir se fait en rayé ou quadrillé blanc sur bleu marine. Le point d’esprit Rodhia et coton), prend la couleur de la flamme, de la fumée ou encore d’agate et de l’argent.

Organdi et mousseline

Et voici l’organdi douplonné, léger et mat, aux tonalités de pastel : orchidée, arum, rose fanée, accompagné de toutes les gammes de terre cuite, de Sienne, ou brûlée et l’organdi broché mexicaine ou Popocatepetl, à fond noir brodé de petites fleurs vieillottes roses et vertes, rappelant les rubans de bonnets de nos grand’mères.

Sur mousseline de soie, l’impression « fusant » est faite de poids dégradés énormes, peints à la main, le dessin « Loïe Fuller », étonnant, évoque la célèbre danseuse et ses voiles diaprés couleurs d’eau, de feu, de ciel. Il y a aussi des écossais très sobres, avec bandes soyeuses entre-croisées.

Le Honon d’oie s’imprime dans des tons d’oiseaux : bleu paon, colibri, topaza, apradisier rouge, perruche verte, lophorins. Parfois, il se garnit de rayures dessinées en grecques toujours bi-colorés. Sur le taffetas de soie on retrouvera les petits pois mais inégaux, allongés de forme et dégradés de tons. Une nouveauté : l’impression tissée sur « chaîne » sur ce même taffetas de soie, en camaïeu châtaigne, gris souris, rouge sombre, d’une sobriété pleine de distinction.

Par Gisèle d’Assailly, texte publié mercredi, 23 janvier 1952 dans le quotidien le Canada.

Parmi les choses répandues au hasard, le plus beau : le cosmos. L'harmonie invisible plus belle que la visible. La Nature aime se cacher (Héraclite d'Ephèse, philosophe grec). Photographie de Megan Jorgensen.
Parmi les choses répandues au hasard, le plus beau : le cosmos. L’harmonie invisible plus belle que la visible. La Nature aime se cacher (Héraclite d’Ephèse, philosophe grec). Photographie de Megan Jorgensen.

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