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Testament forgé

Testament forgé

Une femme aurait forgé le testament de sa sœur

Procès devant le jury de la Cour d’Assises qui sera des plus intéressants – Maître Gérald Fauteux, C.R., avocat du ministère public, conduit la preuve


Un procès qui ne manquera pas d’intérêt s’instruit depuis hier, devant le jury de la Cour d’Assises, sous la présidence de l’honorable juge Wilfrid Lazure. Le prévenue, Mme veuve Émilienne Desjardins-Plouffe est accusée d’avoir forgé un testament de sa soeur, Dame Géralda Plouffe, décédée le 14 février 1939, et d’avoir utilisé le faux document à son profit et au détriment d’autrui. Me Gérald Fauteux, c.r., avocat senior du ministère public présente la preuve à charge, ayant à ses côtés Mes Lucien Gendron, c.r., et Émile Poissant, tous deux représentant la poursuite privée, Me Jean-Pierre Charbonneau, c.r., occupe pour la défense.

Les premiers témoins entendus à l’audience, hier après-midi, la matinée ayant été employée au choix du jury, furent les notaires Mes Dominique Pelletier, L. Athanase Fréchette, Charles-Édouard Sauvé, député-protonotaire de la Cour supérieure et Paul Cuisson, sténographe officiel qui produisirent les documents devant servir de preuve au procès puis Me Émile Poissant, appelé à témoigner par Me Fauteux, identifia positivement la prévenue comme étant celle qu’il questionna dans un « examen au préalable » en Cour supérieure au sujet d’un testament. Le témoin dit avoir demandé à la femme Desjardins qui avait rédigé d’original du testament en date du 24 janvier 1939 ; la prévenue répondit : « C’est ma sœur qui voulait et c’est moi qui l’a écrit ». À une autre question du témoin, l’inculpée expliqua avoir écrit le testament au domicile de sa sœurs, rue Henri-Julien.

Mme Gabrielle Lacasse, 970 ouest, rue Saint-Jacques, témoigna pour dire qu’elle connaissait feu Géralda Plouffe, ayant été sa bonne pendant un mois. Le témoin apprit de la défunte qu’elle avait un testament chez le notaire Me Dominique Pelletier. Ici le témoin déclare :

– J’étais au Women’s General Hospital lorsque ma mère m’annonça la mort de dame Géralde Plouffe, mon ancienne maîtresse. À ma sortie de l’hôpital j’appelai madame Émilienne Desjardins, la prévenue à la barre, pour lui présenter mes sympathies. Elle me répondit ceci : « Je n’ai pas de sympathies à recevoir, ma sœur n’est pas morte mais elle est dans un hôpital en dehors de la ville. »

Le témoin ajoute que sa maîtresse souffrait du cœur et du foie, mais, dans ses bons moments, aimait beaucoup à jouer du piano. Le témoin de reprendre :

– Elle avait souvent des points au cœurs et au fois.

– À part cela ? Demande la défense.

– C’est déjà quelque chose, souligne le tribunal.

– Je ne lui connaissais pas d’autres maladies, déclare le témoin.

– L’inculpée visitait sa sœur ? Demande Me Fauteux.

– Je l’ai vue à la porte mais la patronne me disait de la laisser sonner parce qu’elle ne voulait pas la voir. On me doit encore un mois de salaire soit dix piastres ; je les ai demandées souvent à la prévenue et elle a toujours refusé de me les payer.

La sœur de Gabrielle Lacasse, Mlle Pierrette, 55 est, rue Ontario, déclare ensuite avoir souvent visité la défunte. Avant d’apprendre sa mort, le témoin appela souvent au téléphone, mais une voix de femme, qu’elle ne peut placer, lui répondait invariablement que Géralda Plouffe était à l’hôpital. Le témoin vit aussi la prévenue à la porte de sa sœur, mais cette dernière avait défendu de lui ouvrir.

Fragilité, ton nom est femme ! (William Shakespeare, Hamlet). Photo de Megan Jorgensen.
Fragilité, ton nom est femme ! (William Shakespeare, Hamlet). Photo de Megan Jorgensen.

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