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Scientifiques québécois à Cap Kennedy

Scientifiques québécois à Cap Kennedy

Trois jeunes scientifiques québécois à Cap Kennedy pour lancer des protéines

Lorsque Lucie, Fabrice et Steve partiront pour Cap Kennedy, jeudi prochain, ils entameront une des étapes les plus exaltantes de leurs recherches. Pour ces trois jeunes biochimistes, il s’agit d’obtenir, grâce à la microgravité de l’espace, des cristaux de protéines plus purs que ceux produits sur Terre. Si tout se déroule comme pré- vu, leurs protéines s’envoleront à bord d Endeavour le 2 mars à minuit et demi, et reviendront sous la forme de magnifiques cristaux 16 jours plus tard.

« Pour moi, c’est un aboutisse- ment concret qui arrive après beaucoup de travail obscur», affirme Lucie Gonneville. Ces trois jeunes étudient des protéines au laboratoire du professeur Jurgen Sygusch, de l’Université de Montréal. Leur but : définir avec précision la structure de certaines protéines ciblées par des médicaments. Plus le cristal de protéine est pur et gros, plus on peut en dresser une image précise, grâce à des techniques comme celle de la « diffraction aux rayons X » : on bombarde un cristal de rayons X et l’ordinateur jumelé à l’appareil trace la structure de la molécule étudiée. Plus on a une image précise de cette structure, plus les chimistes peuvent « dessiner » des molécules qui leur sont adaptées, qui feront des médicaments actifs et avec peu d’effets secondaires.

Pour cristalliser une protéine, il faut d’abord la mettre en solution et maintenir une certaine température. Sur Terre, il se crée un mouvement de convection au sein du liquide car le liquide le plus chaud remonte à la surface. Dans l’espace, chaque atome de la protéine se met lentement en place, ce qui fait une structure plus ordonnée, des cristaux plus parfaits et plus grands. « Si on obtient des cristaux de 0,5 mm, la partie est gagnée », affirme le professeur Sygusch, qui en est à sa cinquième expérience de cristallisation dans l’espace. Sur Terre, les chercheurs obtiennent des cristaux de 0,2 mm, ce qui ne suffit pas pour bien voir la molécule. Sitôt arrivés à Cap Canaveral, les trois jeunes scientifiques se précipiteront dans les laboratoires de la NASA mis à leur disposition.

Lucie, agente de recherche chez le professeur Sygusch, s’occupera de la préparation de la métalloprotéase qui, dans l’organisme, dégrade une hormone impliquée dans l’hypertension. Fabrice préparera la phospholipase, une protéine qui, à la sur- face des cellules, participe au processus de l’inflammation.

De son côté, Steve s’occupera de protéines qui servent à développer et perfectionner la cristallisation dans l’espace. Leurs préparations en tubes seront remises à la compagnie ITA (Instrumentation Technology Associates, de Philadelphie), qui les placera dans un conteneur prévu pour les expériences dans l’espace. Le coût de la place dans ce conteneur, ainsi que les billets d’avion et les frais de séjour sont payés par l’Agence spatiale canadienne. Les recherches elles-mêmes sont soutenues par le Conseil de recherche médicale du Canada. Ensuite, les trois scientifiques assisteront au départ de la navette, dans les rangs des VIP.

« Nous avons les places à côté des familles des astronautes », relate Steve. On se croise les doigts pour que tout se passe bien après le départ. Pour que la navette parte. Pour qu’aucun pépin imprévu ne survienne dans le déroulement de l’expérience : coupure de courant, surchauffe, etc. (Une expérience a déjà été com- promise parce que placée trop près du four où les astronautes réchauffaient leurs repas.) Il est toujours possible que la navette revienne avant la date prévue.

Doit-on souhaiter que la navette revienne à Orlando d’où elle est partie ? Il arrive qu’elle doive plutôt atterrir en Californie. « Ce serait plutôt dérangeant, dit M. Sygusch. Il faudrait partir en catastrophe pour la Californie, payer le gros prix pour des billets d’avion, etc. » Il y a toujours des surprises, concluent les chercheurs. C’est pour cela qu’il est bon d’être sur place.

Sculpture abstracte
La science est une magie. Photo de GrandQuebec.com.

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