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Salon du livre anarchiste

Salon du livre anarchiste

Le premier Salon du livre anarchiste connaît un franc succès

« Anarchie : désordre résultant d’une absence ou d’une carence d’autorité. » Le Petit Robert se trompe, disent les anarchistes : le courant dont ils se réclament prône la liberté et l’autonomie, mais pas le désordre.

Et face aux impératifs de la mondialisation et du capitalisme effréné, l’anarchisme gagne en popularité au Québec comme ailleurs.

L’étroite entrée du 1710, rue Beaudry, où se tenait hier le premier Salon du livre anarchiste de Montréal, a été remplie toute la journée. Intriguée par l’incessant va-et-vient, une fillette du quartier inspecte la banderole rouge au-dessus de la porte. « Madame, ça veut dire quoi anarchiste ? »

Sacrée bonne question. Chose certaine, l’anarchisme fait peur : associé aux vitrines fracassées et aux voitures renversées, le courant carbure pourtant à la liberté et à la non-violence. Il compte ses intellectuels, ses librairies, ses magazines, ses éditeurs et les a réunis hier pour clore les activités entourant la semaine du 1er mai.

« L’anarchisme est basé sur des principes de liberté et d’égalité économiques, politiques, sociales et sexuelles, résume David (nom fictif), un des membres du Collectif du Salon du livre anarchiste. En tant que courant de pensée, c’est tout sauf le chaos et le désordre.»

Impossible de coller une étiquette sur l’anarchisme, ajoute Benoît, du Groupe d’études anarchistes de l’Université Concordia. « Peu de gens se disent anarchistes mais peuvent l’être dans les faits : ceux qui se regroupent en coopératives, par exemple. »

Organisé en quelques mois, l’événement a remporté un franc succès. Du moins si l’on en juge par le nombre impressionnant de visiteurs de tous les âges, qui se frayaient avec peine un chemin entre l’Histoire de l’anarchie aux États-Unis, les confidences d’une sans-papiers et la biographie de Rosa Luxemburg. En prime, un joyeux zig enseignait au public comment se fabriquer une « arme » servant à déshabiller les panneaux publicitaires des toilettes publiques : une vis, de la broche, du ruban et hop ! on renvoie l’affiche à l’annonceur ! À l’étage, la salle de débat a été occupée toute la journée : les entartistes sont venus y livrer quelques secrets d’un entartage réussi, les Blood Sisters ont discouru sur la fabrication maison d’un tampon, on y a aussi causé punk et perspectives anarchistes.

Comment expliquer un tel succès ? « Le phénomène de la globalisation est tel que les gens réfléchissent de plus en plus sur le discours qu’on leur sert, poursuit David. Ils cherchent une solution de rechange à la transformation de l’être humain et de la vie terrestre en marchandise. »

« En France, il y a une renaissance du courant, constate Élisabeth Claude, membre de la Fédération anarchiste francophone, une organisation parisienne qui existe depuis 1954. Nous avons de plus en plus d’adhérents, de militants se joignant aux manifestations contre la précarité, la pauvreté. Les gens écoeurés du pouvoir politique. »

Partisans du DIY (Do-it-yourself ou fais-le toimême), les anarchistes rêvent d’une société autogérée, dénuée de rangs hiérarchiques, où chaque individu participerait à son propre développement en même temps qu’à celui de la collectivité. Une utopie ? « Les anarchistes sont divisés sur les façons de parvenir à cette situation, explique Jean-François Hamilton, membre du Collectif. Selon moi, il est possible de s’organiser sur une base non hiérarchique. À force de donner l’exemple et de proposer une alternative, peut-être y parviendrons-nous… »

(Ce texte date du mai 2000).

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Appel au combat. Photo de Megan Jorgensen.

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