Rue Crescent en 1979

La rue Crescent : une rue montréalaise – une taverne en plein air

Des restaurateurs de plaignent

L’expérience d’une zone piétonne tentée cet été dans la rue Crescent, dans l’ouest de Montréal, ne sera pas renouvelée l’an prochain et pourrait même être arrêtée brusquement avant la date d’échéance prévue, s’il n’en tient qu’aux restaurateurs excédés dont le commerce ne pourra résister longtemps au grossier comportement des buveurs et autres flâneurs qui investissent la place chaque soir.

« On ne sait plus si c’est une rue ou un parc», déplore la gérante de «L’Entrecôte bordelaise », un restaurant de type «3-Etoiles» dont la cour intérieure est souvent prise pour une vespasienne depuis la transformation des lieux. « Pire que cela, c’est devenu une « taverne en plein air », ajoute-t-elle.

C’est en vain que les deux gardes de l’agence Pinkerton embauchés par la Ville pour assurer la surveillance des lieux, tentent de maintenir l’ordre dans ce petit bout de rue d’à peine 200 pieds, entre Sainte-Catherine et Maisonneuve.

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Une nuée de jeunes, «en majeure partie des adolescents anglophones de 16 à 20 ans», précise un commerçant, s’abat sur la place à compter de 18 heures qui avec sa caisse de 12, qui avec sa provision de canettes, et se comporte comme si c’était chaque soir la Saint-Jean ou le 1er juillet.

C’est toute la clientèle habituelle de la rue Crescent qui est en train de changer pour faire place à des fêtards qui s’approvisionnent de bière fraîche chez les dépanneurs des environs. Il vient même des clochards qu’on ne voyait pas auparavant fréquenter cette rue à prédominance touristique.

Les buveurs s’installent dans les escaliers qui conduisent à l’étage des restaurants «L’Oeil de Boeuf» et «Les Halles», par exemple, éloignant les clientèles plus discrètes qui fréquentent d’ordinaire ces hauts-lieux de la gastronomie.

À l’aube, une fois les derniers badauds partis, il faut voir dans quel état les flâneurs de la nuit ont laissé la place.

Des employés de ville ramassent au petit matin les cannettes et bouteilles qui garnissent la chaussée et qui étouffent les fleurs dans les jardinières.

Refus de la police

La police de la CUM a refusé à l’administration municipale la surveillance permanente des lieux que celle-ci réclamait. La police a allégué donc qu’elle n’avait pas le personnel requis à cette fin.

Au poste 25, on nous assure que la rue Crescent continue d’être surveillée au même titre que les autres artères du quartier. Alors que les policiers sont en mesure de répondre à des plaintes.

« Avant l’établissement de la zone piétonne, souligne un commerçant, on voyait souvent une auto-patrouille stationnée aux abords de la rue Crescent; peut-on s’attendre, ajoute-t-il, à ce que de jeunes agents de sécurité sans aucune autorité se fassent obéir, surtout quand on les voit faire leur ronde en suçant un popsicle » ? Les agents de Pinkerton effectuent des rondes à compter de 17 heures jusqu’à 2 heures de la nuit, tous les jours de la semaine.

Décision unilatérale

L’administration municipale n’a pas obtenu l’accord explicite des riverains de la rue Crescent avant d’en faire une zone piétonne et d’en interdire la circulation automobile. Il n’existe pas à proprement parler d’association des marchands ou des restaurateurs dans cette section. Alors que dans le secteur allant du boulevard de Maisonneuve à la rue Sherbrooke, les riverains ont pu faire échec à un projet similaire.

D’autres secteurs commerciaux lézards qui viennent se voir inclus dans le programme de zones piétonnes de la ville, ont rejeté l’offre de l’administration. Comme le Village Saint-Denis, par exemple, justement par crainte des « lézards » qui viennent se chauffer au soleil dans la rue. Ces êtres empêchent par leur présence intempestive tout autre mouvement de bon aloi ».

Pour la rue Crescent, un porte-parole des restaurateurs, M. Landurie, a fait part de la désapprobation générale de ses collègues. Cela avant de fermer son restaurant pour des vacances d’un mois.

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M. Sonny Lindy, l’un des propriétaires associés du bar-restaurant «Les Beaux Jeudis», résume en trois points les corrections. En fait, il faudra les apporter au programme si on décide de le poursuivir. En priorité, l’éloignement des flâneurs indésirables, puis le libre accès à la ruelle pour les livraisons. Enfin une meilleure qualité de l’a ménagement urbain.

M. Lindy, notamment, fait ressortir le piètre aspect des barrières. On les avait dressées pour interdire la circulation automobile aux deux extrémités de la zone piétonne. Ce sont en effet les barrières du genre de celles qui servent aux déviations pour cause de réparations des rues.

Pour sa part. Alain Va Hier, du restaurant «La Marguerite», exprime une opinion plus mitigée. « Il est encore trop tôt, estime-t-il, pour porter un jugement définitif sur cette expérience ». Il reconnaît qu’on ne petit créer une rue piétonne sans surveillance policière, surtout dans les débuts.

L’expérience de la ville est censée se poursuivre jusqu’au 18 septembre.

Les autres zones piétonnes sont la Place Jacques-Cartier, la rue Saint-Paul, la rue Lagauchetière et la rue Prince-Arthur.

Par Denis Masse, texte publié dans La Presse le 20 juillet 1979.

Photo : La rue Crescent la nuit, photo de GrandQuebec.com.

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