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La réforme municipale en marche

La réforme municipale en marche

Le monde syndical doute

Les nouvelles villes devront intégrer les syndicats des anciennes municipalités. Chacun à ses modalités de fonctionnement qui lui sont propres. Oppositions.

« Fouillis total », emploie Gilles Raymond, président du syndicat des pompiers du Québec, pour qualifier l’état des dossiers municipaux.

«À mon avis, à la grandeur du Québec, poursuit-il, on a voulu faire en un an ce qui aurait dû en prendre vingt-cinq. Il y a énormément d’improvisation et les enjeux sont importants. » De plus, selon lui, la loi 112 sur la sécurité et les incendies, indépendante de la loi sur les fusions municipales mais arrimée tout de même à cette dernière, entraîne, elle aussi, des changements importants.

L’échéance du 1er janvier 2002 semble bien utopique pour ce président de syndicat. Il confie appréhender des années difficiles. «On ne peut pas, exprime-t-il, bardasser ça d’un seul amp tout en voulant maintenir des services équivalents sans avoir pris le temps d’étudier, de regarder, et d’établir un organigramme.»

Gilles Raymond voit donc, dans la transformation des structures, des défis énormes, tant au niveau syndical que professionnel. «À Montréal, par exemple, rapporte-t-il, nous avons eu des rencontres pour discuter des modalités d’intégration de tous les services des incendies de l’île en un seul. Sauf que personne ne sait comment sera le nouveau service. Difficile de trouver des modalités d’intégration dans une structure que l’on ne connaît pas.»

Cas concrets

L’étendue des tâches confiées aux pompiers varie selon les municipalités. On se questionne sur la pertinence d’en faire les premiers répondants sur les situations d’urgence.

«Ça se fait déjà à Pointe-Claire, Kirkland et Beaconsfield». Voudra-t-on étendre cette pratique? questionne-t-il. Dans d’autres municipalités, on compte uniquement sur des pompiers bénévoles. Toute une marche à remonter! Sur la scène des relations de travail municipales, les acteurs se préparent donc à relever des défis à l’envergure du mouvement de fusions.

«La taille des futurs syndicats, pointe François Juneau, secrétairegénéral de la Fédération des employés et employées de services publics (FEESP), obligera à de nouveaux modes de relations. Lorsqu’on passe d’une association de 100 membres dans une petite ville, à un syndicat de 4000 cols blancs à Montréal, il est évident que la relation entre la direction du syndicat et les travailleurs change considérablement. C’est la même chose à Québec ou en Outaouais.»

«Inquiétant», ajoute François Juneau. «Nous n’appréhendons pas trop ce mariage des cultures, avance d’autre part Daniel Papillon-Demers, président du syndicat des fonctionnaires municipaux de Montréal, dans la mesure où nous espérons que toutes les parties comprendront la même chose. L’exercice à faire, c’est la création d’une nouvelle ville. Nous convenons qu’il y aura rationalisation.»

Le premier exercice de négociation commencera en mai 2002 (la loi 170 prévoit qu’au plus tard le 27 octobre 2001, il devra y avoir eu vote pour déterminer qui représentera les employés de la nouvelle ville). Parmi les points névralgiques (nombreux) identifiés par la partie syndicale, on cite les caisses de retraite.

«Les régimes peuvent différer, explique François Juneau. Prestations déterminées ou plutôt des REER collectifs? La conciliation demandera à coup sûr plusieurs années.» Même préoccupation pour Gilles Raymond: «Qu’en sera-t-il des actifs acquis par les salariés depuis dix ou vingt ans dans leur ancienne municipalité?»

Craint-on, du côté syndical, que la fusion de municipalités entraîne une privatisation accrue de services?

«C’est la volonté de l’UMQ et de plusieurs maires, observe François Juneau. À l’époque où il était encore premier ministre, M. Bouchard a déclaré que si les villes pensaient que ça devait passer par là, il leur donnerait les outils. Et ça nous inquiète. Im preuve a été faite que l’octroi en sous-traitance à grande échelle ne génère pas d’économie.»

Même vision chez les fonctionnaires municipaux de Montréal. «La privation entraîne toujours une réduction des services, affirme Daniel Papillon-Demers, en établissant un parallèle avec le transfert de responsabilités par la ville de Montréal vers des organismes sans but lucratif, d’activités relatives aux camps d’été, aux clubs de natation ou à des projets de développement sociaux. «Ce qui a été économisé au chapitre de la gestion des conditions de travail, moindres dans les OSBL bien entendu, s’est traduit en dépenses accrues pour d’autres aspects parce que la ville avait abandonné sa juridiction. La qualité des services en a souffert ainsi que l’imputabilité de l’administration», expose-t-il.

Pour ou contre ?

Au-delà des inquiétudes générées par le souci d’harmoniser différentes conventions, il y a des avantages.

«Un gain dans la flexibilité de l’organisation du travail, répond François Juneau. Certaines municipalités embauchent du personnel temporaire pour les parcs, par exemple, qu’elles mettent à pied à la fin de la saison estivale alors qu’elles engagent des sous-traitants pour le déneigement lors de tempête. Avec un plus grand territoire à couvrir et plus d’équipements, elles pourront fournir du travail à ces personnes durant une plus longue période.»

«La solidarité du nombre», dit Daniel Papillon-Demers, précisant toutefois que les défis dépassent les avantages et que si son syndicat n’a jamais voulu empêcher la fusion, il n’a pas souhaité non plus la réaliser à tout prix.

«Peut-être une uniformisation dans les procédures d’intervention des pompiers, suppose Gilles Raymond. Pour que tous les citoyens puissent profiter d’une protection plus rapide.»

«Malgré ce qu’on peut penser dans le public, exprime François Juneau, il y a déjà eu pas mal de ménage chez les employés des services municipaux et le mythe du fonctionnaire sous-utilisé disparaît. Je pense que les effets de la fusion permettent une certaine réduction du nombre de personnes.

Mais quel est le niveau de services qui demeurera, à long terme, une fois que tout sera terminé?»

Centre-ville de Montréal. Photo de GrandQuebec.com.
Centre-ville de Montréal. Photo de GrandQuebec.com.

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