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Mafiaboy: un pirate informatique

Mafiaboy: un pirate informatique

Mafiaboy: le présumé pirate est toujours invisible

Mafiaboy, l’adolescent de l’Île-Bizard qui a semé la zizanie dans les sites les plus fréquentés de la planète, semble s’être évanoui dans le cyberespace. Pendant ce temps, son avocat fourbit ses armes : la cause sera ardue, dit-il, car les tribunaux se sont encore peu penchés sur les vagabondages des pirates informatiques.

Mais une autre cause tombe aussi sur les épaules de Me Yan Romanowski : alors que les lignes téléphoniques de l’adolescent de l’Île-Bizard étaient sous écoute, le comportement du père a aussi attiré l’attention des policiers : ce dernier, cadre dans une entreprise de transport, mijotait le passage à tabac d’une présumée relation d’affaires ! Son complice, un homme de Saint-Léonard, a comparu jeudi au palais de justice de Montréal, où il a été accusé de complot pour voies de fait graves.

Pour sa part, le jeune présumé hacker a plaidé non coupable à deux accusations de méfaits concernant des données et subira son procès dès le 6 juin. Son avocat le décrit comme un adolescent « intelligent et avec qui il est facile de s’entretenir » et souligne qu’il n’a jamais eu de démêlés avec les autorités policières.

Nulle trace de Mafiaboy ou de son père hier à la résidence familiale, sise dans un quartier propret de l’Île-Bizard. Mais dans les restaurants bouffe-minute jouxtant l’école secondaire Riverdale de Pierrefonds, où s’agglutinaient hier les étudiants en congé, Mafiaboy était omniprésent dans les conversations. Une certaine confusion régnait toutefois sur l’identité réelle de l’adolescent, une rumeur visant un faux Mafiaboy s’étant répandue au cours de la semaine.

– On le connaît peu, confiait un adolescent, parlant du vrai Mafiaboy. Il n’avait pas beaucoup d’amis…

Selon Me Romanowski, l’affaire est si nouvelle qu’elle risque de faire école dans la jurisprudence. « C’est un dossier tellement embryonnaire, dit-il. Je n’ai pas connaissance d’autre cause qui même frôle l’importance des accusations portées contre mon client. »

Si l’adolescent s’avère celui qui a déjoué les systèmes informatiques des CNN, Amazon, Yahoo et autres temples du cyberespace, son père connaissait-il ses activités ? Pourrait-il être poursuivi par les entreprises « victimes » ?

« Nous n’avons aucune indication à cet effet pour l’instant, répond Me Romanowski.

Comme l’étendue des dommages dépasse les centaines de millions, le père n’aurait pas les moyens de faire face à une telle poursuite. Mais il serait aussi légitime de se demander comment des compagnies, qui ont accès aux meilleurs systèmes de sécurité dans le domaine, n’ont pas pu empêcher ce qui est arrivé ? »

Piratage informatique : ni plus ni moins qu’ailleurs

Président de Groupaxion Communications digitales et professeur de commerce électronique aux HEC, Jean-François Dumas aide les entreprises à mieux comprendre les attaques cybernétiques. Selon lui, il y a trois grandes catégories de pirates : des « white-hat hackers », spécialistes de la sécurité informatique au sein des entreprises, les « grey-hat hackers », qui s’introduisent dans un système sans être nécessairement mal intentionnés, et les « black-hat » hackers, des durs de durs.

« Mafiaboy appartiendrait à la deuxième catégorie, avance M. Dumas. Ceux-là sont souvent très jeunes et ne savent pas trop ce qu’ils font. Plus âgés, les black-hat hackers commettent des actes préjudiciables mais sont peu nombreux. Le hic, c’est qu’il y a peu de policiers suffisamment compétents pour les épingler. »

Loin de se visser à leur écran, les pirates recrutent souvent leurs victimes dans leur réseau social, affirme M. Dumas. « Leur arme la plus utile, c’est l’ingénierie sociale. Ils deviennent ami d’un ami qui travaille dans telle boîte, ce qui leur donne accès à des informations privilégiées. »

Les logiciels tel celui qu’a utilisé Mafiaboy pour pénétrer les portails informatiques se multiplient à une vitesse exponentielle sur Internet, explique-t-il, et sont de plus en plus simples à utiliser. « Un des problèmes, c’est que les parents sont un peu dépassés par les connaissances de leurs enfants et les laissent aller sur Internet en se disant qu’après tout, il est mieux devant l’ordinateur que dans la rue. »

Pour Me Robert Cassius de Linval, vice-président affaires juridiques chez eRésolution, un tribunal électronique, l’affaire Mafiaboy soulève de nombreuses questions sur la territorialité propre à Internet. « La loi s’applique à un espace bordé par des frontières alors que le cyberespace ne connaît pas de frontières ! C’est un univers que nous n’avons pas encore démystifié. »

Texte publié dans le quotidien La Presse, le 22 avril 2000.

Arme de crime. Photo de GrandQuebec.com
Arme de crime. Photo de GrandQuebec.com.

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