Des nouvelles pas fraîches

Lettre des chauffeurs de taxis

Lettre des chauffeurs de taxis

La situation des chauffeurs de taxis de Montréal

Monsieur le rédacteur en chef,

Nous vous demandons de bien vouloir faire publier cette lettre afin que le public de Montréal comprenne la situation déplorable des chauffeurs de taxis, due à l’apathie de notre présent gouvernement provincial.

Nous avons à plusieurs reprises dénoncé les abus commis par une certaine association de taxis qui, depuis plus de douze ans, exploite petits propriétaires et chauffeurs de taxis. Nous nous sommes plaints aux autorités tant municipales que provinciales, des conditions inhumaines que nous devons subir à cause de cette exploitation honteuse et cela depuis bientôt trois ans.

Le gouvernement de Québec devait s’occuper de notre cause. À la session du parlement de Québec de 1937, le premier ministre disait : « Si Montréal ne peut pas régler cette question du taxi, nous allons y voir nous-mêmes. »

Hélas ! Deux ans se sont écoulés depuis et nous attendons toujours le résultat de cette promesse et, comme les autorités municipales n’ont aucune juridiction en ce qui regarde les salaires et les heures de travail, nous comptions donc sur la déclaration de l’honorable premier ministre et nous espérions que l’on s’occuperait de nous.

Le 15 février 1938, nous constations, dans la première ordonnance #4, que les chauffeurs de taxis y ,étaient inclus, mais ce ne fut qu’une courte joie car cette première ordonnance n’a pas vécu longtemps après les critiques soulevées par les unions ouvrières et les patron.s Le 15 mai 1938, la même ordonnance #4, mais complètement révisée, devenait en vigueur et il était spécifié, à la catégorie III, articles 36 et 38, section (1), que les chauffeurs de taxis travailleraient 60 heures par semaine à un salaire de 25 cents de l’heure et un minimum de $15 pour la semaine.

Immédiatement après que cette ordonnance fut mise en vigueur, les quelques gros bourgeois du taxi qui n’ont d’autres intérêts que d’écraser les petits propriétaires et faire travailler les chauffeurs de taxis à un salaire ridicule, s’empressèrent de protester auprès de l’Office des salaires raisonnables et du ministère du Travail, qui ordonna aux propriétaires de taxis de payer un salaire minimum de $10 par semaine (quel beau salaire pour un père de famille !) jusqu’à ce qu’une ordonnance spéciale pour le taxi soit décrétée. Soit dit en passant, environ cinq pour cent des propriétaires de taxis ont respecté cette entente et les autres ont continué de faire travailler leurs chauffeurs quatre-vingt-dix heures et plus par semaine, pour un salaire de $8 à $9 par semaine.

Malgré les plaintes que nous avons adressées à l’honorable premier ministre et à l’Office des salaires, les chauffeurs de taxis sont toujours dans la même situation et tout ce que l’on nous répond c’est un accusé de réception de la lettre ou le plus souvent rien du tout.

Nous croyons que cette farce a assez duré et nous demandons au public de Montréal de nous appuyer dans nos revendications auprès des autorités tant provinciales que municipales et nous avons confiance que les journaux, tant du côté du gouvernement comme ceux de l’opposition, indépendants ou autres, voudront bien reproduire cette lettre.

Comme nous n’avons plus confiance aux promesses qui nous ont été faites, nous espérons que nos gouvernants sauront que dans l’avenir nous exigerons de l’action.

Vous remerciant de la bonne coopération de votre journal qui sait si bien renseigner le public, nous nous souscrivons les représentants des chauffeurs de taxis de Montréal.

Donné à Montréal, le 27 février 1939.

(Signé : Louis-A. Lafleur, 6270, rue Boyer. R. Gravel, 2372, Des Érables. Aimé Lacoste, 1749, St-Hubert. Ph. Samson, 4275, Rivard).

« L’accusé a été étranglé sans discussion ». (Jean Jaurès, Les preuves.). Montréal la nuit. Photographie de Megan Jorgensen.
« L’accusé a été étranglé sans discussion ». (Jean Jaurès, Les preuves.). Montréal la nuit. Photographie de Megan Jorgensen.

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