Des nouvelles pas fraîches

Fermeture de l’hôpital psychiatrique Power

Fermeture de l’hôpital psychiatrique Power

Le gouvernement ordonne la fermeture de l’hôpital psychiatrique Power à St-Philippe d’Argenteuil

(Nouvelles pas fraîches). Saint-Philippe. — Le ministère de la Santé a ordonné la fermeture de l’hôpital Power, à Saint-Philippe d’Argenteuil, et les quelque 60 malades mentaux qui y étaient hospitalisés ont été transportés à Saint-Jérôme, et Joliette. Il s’agit surtout de vieillards rendus débiles par l’âge et de tous jeunes enfants souffrants de troubles psychiques.

Les raisons officielles de la fermeture de l’institution privée, fondée en 1954, n’ont pas été divulguées. Mais on croit savoir que le ministère aurait pris cette décision après une enquête menée sur l’administration de la maison. Le gérant de l’hôpital Power était M. André Théoret, neveu des propriétaires, M. et Mme J. Power.

En outre de l’évacuation des malades vers d’autres institutions, le ministère a ordonné la fermeture de la pharmacie de l’hôpital. Les drogues et les barbituriques ont été enlevés sous la surveillance des agents de la Gendarmerie royale.

Pour l’instant, l’hôpital continue à maintenir son foyer pour vieillards, dans la partie arrière de la bâtisse. Ce ne serait que momentané. Le ministère songerait à les reloger dans d’autres institutions aussitôt qu’on aura trouvé de nouveaux locaux. Une cinquantaine de vieillards y sont présentement hébergés mais contrairement à ceux qui ont été évacués, ceux-ci peuvent s’occuper de leurs propres besoins et ne nécessitent pas de soins continuels.

Depuis deux mois environ courait la rumeur de la fermeture de l’hôpital par les autorités gouvernementales. Une enquête a été menée après des plaintes de plus en plus persistantes tant de la part d’anciens employés de l’hôpital que de parents des malades.

On se plaignait de la qualité et de la quantité de la nourriture servie aux patients. L’hôpital de plus ne disposait que d’une seule infirmière professionnelle, garde Claire Gariépy. Les services médicaux étaient assurés par le Dr Paul Prévost, de Lachute, qui visitait la maison régulièrement une fois par semaine, et sur demande.

L’aumônier de l’institution est le R. P. Henri van Oorshot, prêtre du Sacré-Coeur-de-Jésus, Hollandais de naissance, attaché au séminaire de Pointe-au-Chêne. Un ministre protestant, le pasteur Lang, visitait de temps à autre les malades des autres confessions.

Les suicides dans les hôpitaux psychiatriques ne doivent pas surprendre (Dr. Pierre Martel)

JOLIETTE. – Le conseil d’administration de l’hôpital St-Charles s’est réuni pour prendre connaissance d’un article publié dans un hebdomadaire de Joliette. On y soulignait qu’un gardien de l’hôpital soutenait avoir été injustement congédié à la suite du suicide d’un patient ; il mentionnait également que quatre patients avaient réussi à s’enlever la vie depuis un peu plus d’un an.

Le Dr Pierre Martel, surintendant médical, et M. Gilles Groulx, directeur du personnel, ont exposé leur version des faits aux administrateurs. Ils ont ensuite fait les déclarations suivantes :

La déclaration de M. Groulx

Deux employés ont subi une suspension d’un mois à la suite d’un suicide survenu le 24 décembre 1964. L’enquête a révélé la négligence de ces deux employés dans l’accomplissement de leur tâche; si dans d’autres cas, il n’y eut pas de suspension, c’est que l’enquête n’a pas établi la négligence des employés. Les travailleurs de l’hôpital St-Charles sont régis par une convention de travail qui reconnaît à l’employeur le droit à l’exercice de ses fonctions de direction d’administration et de gestion.

Or les réponses de la direction, de l’administration et de la gestion de l’hôpital entendent bien ne sacrifier aucune parcelle de leur responsabilité pour assurer le meilleur traitement possible aux malades et des conditions de vie plus humaines; ils ne peuvent ainsi tolérer aucune négligence qui pourrait mettre en danger la vie des patients.

M. Groulx rappelle ensuite que l’une ou l’autre des parties peut faire appel au conseil d’arbitrage si la procédure de règlement des griefs n’a pas donné satisfaction. « Tl est donc clair, dit-il, que tout employé qui se croit traité injustement par une décision de l’employeur peut porter sa cause jusqu’à l’arbitrage avec l’aide du syndicat ».

En terminant, M. Groulx ajoute que les responsables de l’administration continueront à respecter scrupuleusement la convention collective et à prendre les décisions qu’ils croient justes et nécessaires, même si cela vient à froisser certain dirigeant syndical de l’extérieur.

Le surintendant médical

De son côté, le Dr Pierre Martel a affirmé qu’il trouvait déplorable qu’un organe d’information vienne semer le doute sur la valeur scientifique et médicale d’une institution qui se veut précisément à l’avant-garde du progrès dans le domaine psychiatrique. « C’est, dit-il, une attitude rétrograde, irréfléchie et impulsive, à une époque où tous les moyens de communications tentent de convertir la masse à une compréhension plus humaine de la santé mentale ».

Il précisa cependant que cela fournissait l’occasion d’éclairer ceux qui pourraient partager la même ignorance sur les suicides occasionnels qui surviennent dans les institutions psychiatriques.

« La psychiatrie, expliqua-t-il, poursuit une évolution parallèle à celle de la médecine dont elle est une des disciplines, et depuis 1931, le pourcentage des décès survenant à l’hôpital est passé de 18.9% à 57.7% au Québec et à 63.7% dans le reste du Canada. C’est dire que si l’hôpital est un lieu de traitement avec l’avènement de la médecine préventive, de l’hospitalisation précoce, résultat d’un dépistage efficace, il deviendra de plus en plus l’endroit où doit normalement survenir le décès résultant de la maladie. Si la psychiatrie a fait d’immenses progrès, le psychiatre n’a nullement l’intention de poser au thaumaturge et certains cas incurables lui ont échappé et lui échapperont encore à l’avenir, sans qu’il y ait raison de s’en scandaliser, réflexe dont ne seront pas exempts certains idéalistes. »

Après avoir conclu qu’il va lait mieux éclairer la compréhension de la population au sujet de la psychiatrie plutôt que l’alimenter de sensations abrutissantes, le Dr Martel a ajouté : « Il n’y a aucune raison de se surprendre des suicides qui peuvent survenir à l’hôpital St-Charles, comme partout ailleurs dans d’autres hôpitaux psychiatriques. Ce symptôme, reflet d’une désorganisation très profonde de la personnalité, peut même à certains moments être prévisible sans qu’aucun moyen connu actuellement puisse brider cette impulsion d’autodestruction, y eut-il une surveillance continuelle, ce que tout hôpital digne de ce nom s’efforce d’exercer dans la mesure de ses moyens; car la maladie peut trouver des moyens de déjouer ces mesures grossières, si on les compare au processus complexe à la base de la maladie. »

(C’est arrivé le 3 janvier 1966).

Quartier Latin, Montréal. Photo de GrandQuebec.com.
Quartier Latin, Montréal. Photo de GrandQuebec.com.

1 commentaire

  1. Olga Khalova dit :

    Ces paroles furent prononcées il y a 54 ans. Si cette publication avait apparue aujourd’hui, j’imagine quelle tollé elle aurait provoqué!

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