Adirondacks : sur le fil du ciel

Des hippies et des zomz

Des hippies et des zomz

Les hippies deviendront dez zomz... un jour

Les hippies sont morts, vive lez zomz! Tant aux États-Unis qu’au Canada, les hippies disparaissent. Ce que ne veut pas dire qu’on ne verra plus de jeunes gens débraillés, barbus, aux cheveux longs, et des jeunes filles plus ou moins vêtues de hardes, sans fard et une fleur à la main. Non. Tout simplement, petit à petit, ils changent d’appellation : ils deviennent des zomz.

Chaque époque a ses noms, ses vogues. L’époque des hippies semble révolue. On se demandait ce qui allait venir après. On a la réponse : les zomz. Une mentalité et une philosophie nouvelle, « too much », paraît-il, pointent à l’horizon.

Les existentialistes ont eu leur berceau à Paris, les beatniks ont poussé à Londres, les provos venaient d’Amsterdam, les hippies de San Francisco,

Québec sait faire

Les zoms prennent leur essor au Québec où ils ont été « inventés », plus principalement à Montréal, comme il se doit. Le baron Philippe et Jean Guernon, tous deux de Montréal, sont les promoteurs de ce mouvement qui, selon eux, ne va pas tarder à s’étendre de par le monde, peut-être davantage encore que le mouvement hippie.

Que sont les zoms ? Cette question, nous l’avons posée au baron Philippe, grand prêtre zoms.

« D’abord, dit-il, je ne suis pas le chef. Il n’y a pas de chef chez nous. Nous sommes tous chefs, car nous sommes tous égaux, frères. Les zoms, ce sont les fous du peuple, des gens qui s’aiment et qui aiment tout le monde. Notre groupe, c’est une réunion de toutes les forces créatrices et jeunes, la jeunesse étant d’avantage en était d’esprit qu’une question d’âge. »

« Nous voulons vivre en paix »

  • Quel est votre but ?

« Faire participer toute la population de toute la province à nos réjouissances et à nos jouissances. Nous avons déjà commencé l’expérience à Montréal, le 19 juillet dernier (1969), sur le campus de l’université McGill. Plus de 2,000 ZOMZ (plus quelques centaines de curieux intéressés) se sont ainsi réunis sur la pelouse pour se détendre, pour passer le temps, pour écouter la musique des orchestres invités. Il n’y a eu aucun accrochage, aucune dispute, aucune bagarre. Nous ne faisons de mal à personne, nous ne critiquons personne, nous demandons seulement qu’on nous f… la paix, qu’on nous laisse vivre à notre façon. Nous ne dérangeons absolument personne… si ce n’est ceux ou celles qui voudraient faire la même chose que nous autres, mais qui ne peuvent pas ou n’osent pas de peur du qu’en-dira-t-on. »

-Dans le fond, votre philosophie est toute proche de celle des anciens hippies. Ne craignez-vous pas qu’on vous accuse, vous aussi, d’être des parasites de la société qui refusent de travailler ?

« Nous ne refusons pas de travailler et nous ne sommes pas des paresseux. Tout dépend du genre de travail et des conditions dans lesquelles nous l’effectuons. Par exemple, nous sommes contre le travail dit rémunéré, travailler de 9 à 5, comme une bête, pour n’importe quel salaire que ce soit, non ! Même à $30,000 par un, pour ma part, je refuserais.

Par contre, je suis prêt à travailler pour rendre service, bénévolement ou pour deux ou trois repas. Tout dépend des circonstances. En aucun temps, nous ne voulons être exploités. C’est une des raisons que nous poussent vers des métiers artistiques tels que potiers, couturiers, écrivains, poètes, peintres, sculpteurs, graphistes, dessinateurs, etc. Nous créons alors quelque chose… et la personne qui est intéressée à l’avoir nous l’achète au prix qu’elle nous propose la plupart du temps. Mais si nous apprenons, plus tard, que cette même personne nous a acheté la chose en question pour la revendre, c’est-à-dire, à des fins commerciales, nous nous sentons lésés, exploités. Et nous ne faisons plus affaire avec cette sorte de bourgeois avide d’argent. »

Au cours de cette entrevue, nous avons également appris, par la bouche de Jean Guernon, que les zomz n’étaient pas athées… ou du moins, qu’ils ont une idée bien à eux de la religion. « Tout le monde est Dieu », a expliqué Jean. Le Christ, c’est moi, c’est toi, c’est lui, n’importe qui. Un zomz, un vrai, n’a pas peur de s’envoyer promener et de se traiter de toutes sortes de noms s’il se rend compte qu’il a commis des bêtises. Il doit être impitoyable envers ses propres bêtises.

« Par contre, poursuit-il, c’est bon qu’il soit tolérant pour les faiblesses des autres et qu’il aide son prochain à retomber sur ses pattes.

D’ailleurs, leur devise n’est-elle pas « Aimez-vous les uns les autres » ? Ils semblent qu’ils la mettent à exécution. Il suffit de se promener dans le quartier du carré Saint-Louis, à Montréal, pour s’en rendre compte. Ils vivent, tout comme les hippies, à douze ou quinze par maison. Ils partagent tout en frères : les revenus comme les dépenses. C’est un moyen de dépenser moins, nous ont-ils dit. Et tout ce monde se coudoit sans anicroches, chacun vit à sa façon, comme il le désire, sans toutefois « piétiner les plates-bandes du voisin ». « Nous voulons vivre comme nous le désirions, de préciser le baron, bâtir notre existence en dehors du système actuel qui nous semble inacceptable et malsain. Nous voulons vivre le plus près possible de la nature pour atteindre l’immaculation afin de devenir de purs outils de l’esprit. »

De doux règlements

Les règles générales pour devenir zomz (car il y a quand même des règles) : ne plus rien faire d’aliénant ; suivre tous les bons penchants quels qu’ils soient ; ne plus rien faire de ce qu’on n’aime pas ; faire ce que l’on aime.

Dans leurs projets, les zomz ont inscrit un programme intitulé « les Sept Travaux d’Hercules » parmi lesquels figurent la croisée contre la pollution des eaux et de l’air, la défluorisation, la décancérisation de la nature, etc.

Une chose importante qui les différencie des anciens hippies : côté hallucinogènes, ils adoptent partiellement la philosophie de Timothy Leary, sauf que le « turn on » devrait se faire par des moyens naturels.

« Nous recherches, continue le baron Philippe, la purification par les éléments essentiels : l’eau, la terre, le feu, l’air. Nos cérémonies, comme les mariages, sont basés sur ces principes. La nudité, ça nous semble parfaitement normal. »

« En bref, et avant toute chose, notre mot d’ordre est Bonté. Nous sommes à la recherche de l’incarnation du génie et de la sainteté. Tous sont appelés. Personne ne sera élu !

(Juillet 1969, texte par Jean-Claude Trait).

L'intention vaut le fait. Une hippie photographiée par Megan Jorgensen.
L’intention vaut le fait. Une hippie photographiée par Megan Jorgensen.

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