Défile de la Cup Stanley en 1993

Un défilé sans incident. 1200 policiers pour 150 mille spectateurs

Défilé de la Cup Stanley. Une nouvelle parue dans le journal La Presse, le 12 juin 1993. Ce défilé de la Coupe Stanley pour le Canadien de Montréal a eu lieu le 11 juin, deux jours après leur victoire sur les Kings de Los Angeles. La parade a attiré une foule immense dans les rues de Montréal, célébrant la 24e Coupe Stanley du club.

Par Yvon Laberge et Martin Pelchat.

Ce n’était peut-être pas la fête comme en 1986, mais ce fut un beau défile des champions de la coupe Stanley quand même.

Environ 150000 personnes se sont massées des heures durant hier, le long de la rue Sherbrooke, pour saluer la victoire du Canadien de Montréal sur les Kings de Los Angeles en finale de la coupe Stanley.

Il s’agit de la deuxième plus forte assistance à un défilé observée par la firme SODEM, après celui de nuit de l’ouverture des Fêtes du 350e anniversaire de Montréal, en mai 1992. Cette firme de sondage évalue les foules depuis 15 mois.

De son côté, le Service de police de la CUM n’a pas fourni d’évaluation de la foule, hier.

Dans un communiqué diffusé en début de soirée, il informait la population qu’« aucun incident majeur n’a été signalé ». Tout juste rapportait-on l’arrestation de sept personnes, un feu de poubelle et une douzaine d’interventions d’Urgence Santé.

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Par ailleurs, en début de défilé, à cause de la masse compacte des spectateurs, quelques policiers ont subi des blessures légères, a dit pour sa part en fin d’après-midi le directeur du district 33. M. Michel Beaudin, qui avait la responsabilité du service d’ordre.

« Tout comme mercredi soir, déclarait le directeur Alain St-Germain. nos policiers et policières ont fait un excellent travail et je tiens à leur rendre hommage. » Il y avait hier 1 200 policiers pour assurer le bon déroulement du défilé. Mercredi soir, au plus fort du saccage et du pillage, ils n’étaient que 983 pour défendre le centre ville.

La parade devait se mettre en branle à midi devant le parc LaFontaine, mais on a dû en retarder le départ de près d’une heure pour permettre aux policiers de dégager la rue Sherbrooke des partisans qui avaient envahi le macadam. « Une simple question de logistique », a reconnu le directeur Beaudin.

Les spectateurs ont commencé à se masser en avant-midi le long de Sherbrooke. Des arbres du parc LaFontaine se découvraient de curieux fruits, les balcons de l’Hôpital Notre-Dame étaient bondés, et coin Union, la statue de la reine Victoria avait un partisan sur chaque épaule.

Rêvant sans doute d’une telle affluence, des nationalistes distribuaient les invitations au rassemblement de lundi soir prochain contre la loi 86 du ministre Claude Ryan.

Un beau défilé de la cup Stanley sans Incident

Il y avait des amateurs partout, et de tous les âges. De Frédéric Fortier-Robado, 2 ans qui, juché sur les épaules de son père, criait fièrement ses «Canadien! Canadien ! » à Gaston Cinq-Mars, 60 ans et le visage peint en rouge, qui avait une excellente raison de fêter…

« J’ai gagé sur le Canadien pour la première fois cette année, disait-il. J’ai fait 5000$! »

D’autres espéraient sans doute en faire autant avec les fans réunis pour la parade. Tout le long du parcours, des vendeurs de souvenirs — dont l’omniprésente coupe gonflable à 5$ — d’« esquimau » et de hot dogs faisaient de bonnes affaires. On pouvait aussi entendre quelques «Qui veut du hasch?» près de Saint-Denis.

Coin Saint-Urbain, les producteurs du vin Harfang des Neiges continuaient de hanter les amateurs qui, tout au long des séries de la coupe Stanley, avaient dû se taper leur voyante publicité à la télé. Cette fois, ils imposaient leur logo sur une montgolfière!

La bière a coulé, mais pas à flots comme mercredi soir. Faut dire qu’hier, dame nature n’était pas tout à fait du bord des spectateurs, la fête se tenant sous couvert nuageux et une fraîche petite brise par moments. Reste que les policiers ont confisqué quelques cartons de bières en bouteille, tout en tolérant les cannettes.

Vers 12 h 1 S, on entendait quelques soupirs d’impatience dans la foule réunie devant le parc La- Fontaine. « Ils vont venir en prolongation », blaguait un quidam.

Une dizaine de minutes plus tard, un mélange d’applaudissements et de huées a accueilli les policiers casqués de l’escouade antiémeute.

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Mais quand les joueurs se sont pointés, même avec près d’une heure de retard, personne ne leur en a tenu rancune. Au passage des premiers Glorieux, les Stephan Lebeau, John LeClair et Brian Bellows, les applaudissements et les « Numéro 1 » ont retenti.

Le cabotin Bellows en profitant pour croquer quelques photos des partisans. Les fans ont réservé à Patrick Roy, Guy Carbonneau et Kirk Muller leurs plus ferventes salutations.

La réaction des joueurs tenait en peu de mots. Benoît Brunet: «C’est incroyable!» Vincent Damphousse, fort démonstratif sur sa plateforme: «le n’ai plus de voix». Mario Roberge: «C’est exceptionnel ! » Denis Savard et Guy Carbonneau: « Ouahh ! ! ! »

 » Le défilé est parvenu à destination — au coin de Guy, après avoir franchi une distance de 5,5 km — vers 14 h 30. Les camions du cortège ont grimpé la Côte-des-Neiges jusqu’au manège militaire situé plus haut et on ne les plus revus par la suite.

Comme en manque, une partie de la foule a pris le chemin du Forum dans l’espoir de voir une fois encore ses favoris, bloquant la circulation et forçant l’arrivée de la brigade anti-émeute. Heureusement, après trois avertissements, les 400 ou 500 irréductibles se sont dispersés.

Selon un policier interrogé sur place, on a cru reconnaître quelques-uns des fauteurs de troubles de mercredi dernier. Ainsi  mieux valait ne pas tenter le sort. Plus tard, le responsable de l’opération policière aux abords du Forum et directeur du poste 25, M. Guy La voie, n’a pas voulu commenter cette information. Certains fêtards ont également gagné la rue Sainte-Catherine. Mais ils ont été vitement interceptés par les policiers.

Défilé de la cup Stanley

Quant tout fut terminé, René, un vétéran chauffeur de taxi qui n’en était pas à ses premières célébrations de la coupe Stanley, attribuait sans hésiter à cette parade de 1993 la première étoile.

«En 1986, il y avait un feeling également, parce que là aussi la victoire était inattendue, disait-il. Mais aujourd’hui, pour l’ambiance, c’est certainement celle qui m’a donné !e plus satisfaction. On aurait dit que les gens voulaient bien faire ça pour réparer les pots cassés de mercredi soir.»

En matinée, la direction du Canadien, les joueurs et leurs épouses étaient les invités du maire de Montréal, Jean Doré, à l’hôtel de ville. D’où devait d’ailleurs partir le défilé de cette 24e coupe Stanley n’eut été du saccage et du pillage de mercredi sur la rue Sainte- Catherine.

Peu ou pas de badauds pour accueillir les Glorieux a leur arrivée à l’hôtel de ville. Mais à l’intérieur, fonctionnaires, conseillers municipaux — et leurs familles — et invités spéciaux ont réservé un accueil chaleureux à la Sainte-Flanelle.

Après avoir signé le Livre d’or de la Ville de Montréal, les joueurs et les dirigeants du club ont pris la direction du parc LaFontaine. Cependant pour des raisons de sécurité, les épouses ont été invitées à assister au défilé du haut de la terrasse d’un grand hôtel de la rue Sherbrooke.

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