Des nouvelles pas fraîches

Débordement dans les urgences

Débordement dans les urgences

Débordement dans les urgences des hôpitaux

Des lits, mais pas de personnel à Saint-Luc

Alors que plusieurs hôpitaux fonctionnent au-delà de leur capacité, ces jours-ci, le CHUM est forcé de laisser des lits fermés, faute de personnel infirmier pour s’occuper des patients…

À Saint-Luc depuis plusieurs années, entre 60 et 70 lits sont ainsi fermés toutes les fins de semaine et ne recommencent à être utilisés que le lundi matin, a indiqué hier le directeur des services professionnels, le docteur Louis Dufresne.

Dans une période de forte d’affluence comme celle que l’on vit présentement, les résultats d’une telle politique ne tardent pas à se faire sentir. Hier matin, dans les corridors étroits et tortueux des urgences de Saint Luc, on comptait 11 patients en attenté d’hospitalisation depuis plus de 48 heures.« Le problème n’est pas un problème de lits, mais de personnel » , concède le docteur Dufresne.

Dans les deux autres hôpitaux du CHUM, on ne ferme pas de lits, mais on ne dispose pas pour autant de tout le personnel nécessaire. « En fin de semaine, on aurait voulu ouvrir des unités de débordement à Notre-Dame et à l’Hôtel-Dieu, mais on n’avait pas d’infirmières disponibles, a indiqué le docteur Dufresne. Si on en avait, on pourrait au moins enlever les gens des corridors des urgences et faire en sorte que ça n’ait pas l’air d’un zoo. »

Infirmière-chef à Saint-Luc, Liliane Mayol se montre perplexe quand on lui souligne que, selon l’Ordre des infirmières, ce n’est qu’en 2005 que la pénurie d’infirmières commencera vraiment à se faire sentir. « On fait du recrutement en permanence, mais on n’arrive pas à en trouver », dit-elle.

En attendant une relève qui n’arrive pas, les infirmières du CHUM, comme celles de la plupart des hôpitaux, n’ont guère de répit. « J’en suis rendue que je dois obliger les infirmières à faire des heures supplémentaires à tour de rôle, souligne Mme Mayol. Et quand elles font des heures supplémentaires, la plupart n’entrent pas au travail le lendemain parce qu’elles sont trop fatiguées. »

Pour Mme Mayol, la charge de travail des infirmières des urgences s’approche dangereusement des limites de ce qu’on peut leur imposer. « Les patients qui sont dans les corridors sont plus ‘lourds’ qu’avant, dit-elle. Il faudrait avoir une infirmière pour cinq patients, alors qu’on est à une pour six ou sept. »

Ça déborde aussi en pédiatrie

Les urgences pédiatriques ne sont pas en reste dans cette nouvelle crise des urgences. Le directeur des urgences de l’Hôpital de Montréal pour enfants, le docteur David MacGillivray a convoqué la presse en catastrophe, hier midi, pour dénoncer la situation à laquelle le personnel de l’hôpital pédiatrique est confronté.

« J’ai travaillé ici au cours de sept des 10 dernières années, et la période actuelle est la plus occupée qu’il m’ait été donné de voir en dehors des périodes de vacances, a-t-il dit. Nous recevons jusqu’à 25 patients à l’heure, alors que notre capacité, pour être efficace et sécuritaire, est de neuf patients. »

Depuis le 23 décembre, les urgences de l’hôpital ont reçu 219 personnes par jour en moyenne, avec une pointe de 307 dimanche.

« Des chiffres comme ça, on en a déjà connu, admet le médecin. Mais, c’était pendant des épidémies, comme celle de méningoccoque, il y a quelques années. Là, ce n’est plus une épidémie, c’est en train de devenir la norme. »

Samedi soir, par exemple, presque 100 jeunes malades se trouvaient aux urgences simultanément, dont 65 dans la salle d’attente. Le docteur MacGillivray a alors fait le tour des parents qui attendaient avec leurs enfants.

« Pourquoi sont-ils venus à l’Hôpital de Montréal pour enfants même si l’attente était de sept heures? Parce qu’ils ne faisaient pas confiance au service d’Info-Santé et au CLSC pour traiter leur enfant atteint d’une maladie grave, parce qu’ils n’avaient pas de médecin de famille ou parce qu’ils n’étaient pas satisfaits du traitement reçu ailleurs. »

Pour le docteur MacGillivray, le message est clair : « Les parents estiment qu’ils n’ont pas accès à des ressources adéquates pour leurs enfants en dehors des hôpitaux pédiatriques» , dit-il.

Une situation déplorable, compte tenu qu’environ 40 % des patients vus aux urgences de l’Hôpital de Montréal pour enfants pourraient être traités par des médecins de famille.

Pour le directeur des urgences, il faut absolument que le gouvernement rehausse le nombre de places en résidence pour les pédiatres, qui est présentement de 17 par année.

« Là-dessus, à peine un ou deux feront de l’urgence, ce n’est pas assez » , souligne-t-il.

Des programmes de formation permettant aux omnipraticiens et aux infirmières de développer leur expertise pédiatrique sont également nécessaires, affirme-t-il.

Selon le docteur MacGillivray, des changements radicaux s’imposent : « Les urgentes sont actuellement en train d’essayer de réussir une mission impossible, compte tenu du nombre de patients que nous avons, «lu temps que nous avons et du personnel que nous avons », affirme-t-il.

Ce n’est pas un manque d’argent mais de débrouillardise, lance un médecin

« Ça prend pas des millions pour désengorger les urgences ; ça prend juste des docteurs qui décident de se grouiller ! »

Le docteur Jean Depelteau fulmine. Directeur adjoint des services professionnels du Centre hospitalier régional de Lanaudière (CHRDL) , il affirme que cet hôpital de Joliette —l’un des plus pauvres du Québec—a réussi à mettre un terme à l’engorgement de ses urgences depuis cinq ans. Sans le moindre sou du gouvernement.

C’est un peu démotivant, sinon révoltant, de voir se plaindre des hôpitaux engorgés de façon chronique, et les ministres qui se succèdent rajouter des ressources. Cela peut créer de l’amertume», dit le docteur Depelteau.

Il déplore notamment que le gouvernement semble récompenser les établissements qui persistent à récolter de mauvaises notes. La ministre de la Santé, Pauline Marois, a promis d’injecter 15 millions pour soulager les urgences des hôpitaux mal en point, tout comme l’avait fait son prédécesseur l’an dernier.

Les taux d’occupation aux urgences du CHRDL se situent nettement sous les normes fixées par le ministère de la Santé. M. Depelteau explique que l’hôpital a réglé le problème en empruntant dès 1993 le virage ambulatoire, à une époque où les soins à domicile n’étaient pas très répandus. Des protocoles d’entente ont été signés avec quatre CLSC.

Aujourd’hui, l’administration d’antibiotiques par intraveineuse est devenu « courant et même banal » dans les maisons de cette région du nord de Lanaudière.

Pas moins de 270 hôpitaux ont acheté le programme du virage ambulatoire du CHRDL, souligne M. Depelteau, qui croit de plus que la démographie de la région ne joue pas en sa faveur. La population, vieillissante, a besoin de 16 % plus de soins médicaux que dans l’ensemble du Québec, selon les chiffres du ministère. « Ce n’est pas pour nous vanter, mais je ne suis pas sûr que les autres hôpitaux utilisent tous les moyens à leur disposition » , dit le docteur Depelteau.

Le directeur général du CLSC Montcalm, Jean- Paul De Billy, est encore plus direct : « Ailleurs ils ont des problèmes de riches. Lanaudière a une pauvreté légendaire, et la nécessité crée la capacité de s’organiser de façon intelligente. Un des problèmes à Montréal, c’est qu’ils ont trop d’argent dans le système ! »

La crise actuelle dans les urgences n’a pourtant pas épargné le CHRDL, qui comptait hier 33 patients pour une capacité de 18 civières. « On manque de soins médicaux et c’est ce qui risque de compromettre notre situation », explique M. Depelteau.

Aux prises avec une sérieuse pénurie d’équipements et d’effectifs médicaux, la régie de la santé de Lanaudière demande d’ailleurs à la ministre Marois d’accorder 20 millions de plus à la région par année…

La plupart des infirmières retraitées ne pourraient reprendre le travail maintenant

« Je ne connais pas beaucoup d’infirmières retraitées qui seraient prêtes à reprendre le col lier dans le secteur public. Celles qui voulaient continuer à travailler un peu se sont débrouillées et ont trouvé des postes dans le privé… C’est une utopie de croire qu’on pourrait faire appel aux infirmières retraitées comme on l’a fait dans le temps du verglas. »

Mme Suzanne Gillanders est présidente de RIO 162, un regroupement spontané de dizaines d’infirmières qui s’étaient farouchement opposées à l’interdiction rétroactive pour les retraitées de pratiquer dans le secteur public pendant deux ans. Si certaines pourraient recommencer à travailler en avril, la plupart ne pourraient le faire avant juillet ou même décembre à moins d’une modification au décret.

Alors que le système de santé semble craquer de toutes parts, surtout dans les secteurs névralgiques que constituent les unités spécialisées (soins intensifs, urgences, unités coronariennes), de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer le retour de quelques-unes des 4000 retraitées de 1997, dont l’expérience pourrait être extrêmement utile dans le contexte actuel.

Si plusieurs ont conservé leur affiliation avec l’Ordre et pourraient pratiquement recommencer à travailler du jour au lendemain, les choses sont loin d’être aussi simples.

« Il faudrait d’abord que le gouvernement en arrive à une entente avec les autres parties » , déclare Mme Jennie Skene, présidente de la Fédération des infirmiers et infirmières, qui regroupe plus de 47 000 des 67 000 infirmières et quelque 90 % des syndiquées.

Or, les dirigeants de la FIIQ, Mme Skene en tête, ne sont pas très chauds à l’idée d’un retour des retraitées dans le secteur public et d’une modification au décret. « En nombre absolu, il nous semble que les infirmières peuvent suffire à la tâche. Mais elles sont mal réparties, sous employées, et 5000 d’entre elles ne peuvent même pas trouver d’emploi dans le réseau. C’est sans compter toutes celles qui ne veulent pas travailler à temps plein, celles qui préfèrent demeurer sur appel… Plusieurs aussi étudient dans d’autres domaines parce qu’elles veulent quitter le réseau de la santé. Des 2000 finissantes de 94, il n’en reste que la moitié dans le réseau.

Pourquoi ? » Si un retour des retraitées pourrait peut-être régler certains problèmes ici et là, Mme Skene semble croire qu’il s’agirait là d’une solution à très court terme : « Certains collèges n’arrivent même pas à remplir leurs classes, déclare-t-elle. À Jonquière, cette année, on n’a eu que quatre finissantes. Cette situation ne peut se répéter sans qu’il y ait des impacts sérieux sur l’avenir… Malgré le départ à la retraite de milliers d’infirmières, le nombre des 45-49 ans constitue le tiers des travailleuses, sans compter de plus âgées qui ont choisi de demeurer au travail malgré l’offre gouvernementale.

La population vieillit et va bientôt réclamer plus de soins. Ne peut-on pas comprendre l’importance que les jeunes demeurent dans le métier et y aient des perspectives d’avenir ? »

À l’Ordre des infirmières, Mme Sylvie Vallières explique ; que 2777 retraitées (celles de 97 mais d’autres aussi) paient une cotisation réduite et pourraient reprendre le travail, preuve visible qu’elles désirent conserver un lien avec le métier. En payant sa pleine cotisation, toute infirmière a le droit d’exercer si elle n’a pas quitté le métier depuis plus de cinq ans. Si son inactivité dans le domaine dépasse cinq ans, elle devra d’abord suivre un stage ou un cours de perfectionnement avant d’obtenir à nouveau son permis.

(Ces textes datent du 9 février 1999).

Graffiti à Montréal. Photo de Grandquebec.com.
Graffiti à Montréal. Photo de Grandquebec.com.

1 commentaire

  1. Nicole

    2021/03/23 at 8:31

    La crise, la pénurie, le débordement, voyez-vous, on continue toujours dans les mêmes termes et conditions 22 ans plus tard, aggravés par la pandémie et malgré le tout neuf CHUM à la place de l’hôpital Saint-Luc sur la rue Saint-Denis de Montréal. Hélas!

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