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La crise économique? Quelle crise?

La crise économique? Quelle crise?

Les affaires restent bonnes – Ce que dit la banque de Montréal dans son dernier bulletin

Le violent recul des cours en Bourse a été l’événement du mois (fin novembre 1929). Jamais il n’y a eu de baisse aussi prolongée ni de ventes de titres en volume aussi énorme que ces dernières semaines.

La quasi-panique, toutefois, s’est terminée sans faillites importantes de courtiers ou d’institutions financières, sans trop de resserrement des marchés monétaires et sans réaction défavorable sur le commerce et l’industrie. C’est de quoi témoignent des personnes autorisées, comme aussi bien les états de profits et les bilans des grandes corporations commerciales et les statistiques du mouvement industriel. Sans doute y a-t-il quelques entraves, tel le déficit de la récolte de blé dans l’Ouest canadien et le refus de vendre une partie exceptionnellement élevée de cette récolte, avec la diminution du trafic ferroviaire et fluvial et la diminution des équipes de travailleurs qui en sont le corollaire; tel aussi le ralentissement de la production automobile et celui des industries connexes; mais le sentiment général est que les affaires sont bien assises et continuent sur une haute échelle. Le déficit de la récolte de blé ne peut disparaître, mais la désorganisation causée par le refus de vendre le grain prendra fin.

Le commerce extérieur du Canada en octobre a été de $236,614,060, soit environ $20,000,000 de moins que l’an dernier. Les importations ont augmenté de $2,837.000 et les exportations, diminué de $22,511,- 000. Cette diminution est due entièrement au recul des exportations de blé et de farine, dont la valeur est tombée de $55,288,000 l’an dernier à $32,130,000. Il y a eu recul aussi des exportations de fromage de $5,590,000 à $3,425,000, ou d’environ 40 p. 100. Il y a accroissement de $1,040,000 pour le cuivre, de $218,000 pour le nickel, et de $508,000 pour les automobiles et pièces de rechange. Pour les sept mois écoulés de la présente année fiscale, le commerce extérieur atteint $1,481,495,000, ou $44,092,000 de moins que pour la période correspondante de l’un dernier. Dans le même temps la balance favorable de $48,063,000 est devenue une balance défavorable de $69,447,000, la valeur des exportations de blé et de farine ayant fléchi de $106,488,- 000 par rapport à 1928.

Les chargements ferroviaires, le grain excepté, révèlent un fort trafic de marchandises. Le total des chargements au Canada, cette année, jusqu’au 12 octobre, était un peu au-dessus de l’an dernier; mais le 9 novembre il y avait 67,522 wagons de moins qu’en 1928. Le déficit de la récolte des provinces de la Prairie suffit, et au-delà, à expliquer cette diminution, les chargements de grains et des dérivés du grain, au 9 novembre, étant de 135,671 wagons au-dessous de 1928.

Les autres matières essentielles, de même que les marchandises et les produits divers, ont fourni un trafic très considérable. Les derniers relevés n’accusent pas de fléchissement, car les wagons chargés au cours des quatre semaines finissant le 9 novembre sont plus nombreux qu’il y a un an pour le bétail vivant, les pâtes et papiers, les minerais, les marchandises et les produits divers, et à peine moins nombreux pour les bois à construire.

Les travaux de construction deviennent moins actifs; Ils se continueront toutefois sur une assez forte échelle au cours de l’hiver. On enregistra cette année un chiffre plus élevé que jamais, non seulement pour les habitations, bureaux et usines, mais aussi pour les ouvrages d’art. On estime les contrats adjugés pendant le mois d’octobre à $57,083,000, une augmentation de 21 p. 100 par rapport à septembre, et de 28 p. 100 pur rapport a octobre 1928. L’industrie est assez active et ne présente pas de changements au cours du mois, les usines textiles produisent à quelque 80 p. 100 de leur capacité, les tricoteries sont occupées, la production du fer et de l’acier augmente, l’industrie papetière marche à 88,8 pour cent de sa capacité (octobre), la chaussure maintient sa production au niveau de l’an dernier, les ateliers de chemins de fer ont ralenti la production et les fabriques d’automobiles traversent une période de marasme saisonnier. À noter l’établissement dans les Cantons de l’Est de la Province de Québec de plusieurs filiales d’entreprise étrangères; les usines, actuellement en voie de construction amélioreront, une fois terminées, le marché de la main d’oeuvre.

Les dernières statistiques de l’Office fédéral de la Statistique montrent l’importance de la récolte canadienne de pommes de terre; celle-ci, quoique sensiblement plus faible, aura une valeur de $67,451,- 000, ou $26,577,000 de plus qu’en 1928. La récolte des pommes a été bonne dans tout le pays, et excellente en Nouvelle-Écosse, province qui compte exporter près de 2,000,- 000 de barils.

Les changements les plus importants qu’on relève dans le rapport des banques pour le mois de septembre sont une augmentation des dépôts à préavis, de la circulation, des prêts courants et des prêts à demande au Canada et ailleurs (augmentation peu marquée dans ce dernier cas).

Sur le marché des changes, la situation de New-York à la fin d’octobre a créé a Montréal une demande extraordinaire de papier sur New-York qui a fait monter le taux à 3 p. c. de prime; après s’être tenu plusieurs jours autour de 2 1-4 p. c„ celui-ci a reculé rapidement à 1 3-4 p. c. Ce mouvement a fait fluctuer la livre fortement, les câbles atteignant jusqu’à $5. pour réagir ensuite à $4.96. Les autres devises ont subi des fluctuations équivalentes sauf le florin, qui a atteint un sommet de 41.45, et la peseta, qui a coté 14.60, nuis reculé à 14.25.

Sur le marche des obligations, certains porteurs désireux de profiter de la baisse de la Bourse ont liquidé leurs titres, mais la tendance générale, grâce à l’abaissement du taux de l’argent à New-York, est restée ferme. A signaler sur le marché des titres de premier ordre une émission de $18,5(),000 d’obligations 5% à 40 ans de la Commission du Port de Montréal, avec garantie du Gouvernement du Canada, pour rapporter 5 p.c.

(Texte paru dans le journal Le Devoir, le 30 novembre 1929).

Ancienne bourse
Ancienne bourse de Montréal. Image de GrandQuebec.com.

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